Prochain sommet UE-UA, putschs en Afrique, questions sécuritaires, présence du groupe Wagner au Mali, accès aux vaccins… Sur tous ces dossiers chauds, le président rwandais s’exprime, en exclusivité dans « Jeune Afrique ».
L’année 2021 a été marquée par trois coups d’État militaires, au Mali, en Guinée et au Soudan, ainsi que par une guerre civile en Éthiopie. Chaque fois, l’UA a été quasi silencieuse et inefficace…
Dans le cas de l’Éthiopie, le conflit aurait pu être évité, mais il est désormais trop tard. Nous avons besoin d’une Éthiopie une et unie dans toute sa diversité. Nous espérons donc qu’un dialogue réel s’engagera.
S’agissant des trois coups d’État, je pense que ce type d’événement se produit avant tout parce qu’il y a, dans ces pays, des problèmes qui, depuis plusieurs années, ne sont pas résolus. C’est le cas du Soudan : il y avait des problèmes sous Omar el-Béchir, et ils subsistent depuis l’instauration de la transition.
Ce genre de situation est voué à se répéter, quelle que soit la position de l’Union africaine, parce que l’organisation n’a pas vocation à gérer les pays de manière individuelle, a fortiori pour régler des problèmes qui durent depuis longtemps.
Certes, l’UA et la communauté internationale peuvent apporter un soutien. Mais il arrive que les pays concernés trouvent leurs propres solutions, puis que les puissances étrangères tentent de dicter les leurs. La capacité insuffisante de l’Union africaine à gérer ces situations reste néanmoins une faiblesse, c’est indéniable.
Au Tchad, en Guinée et au Mali, le retour des transitions à durées indéterminées
Comment percevez-vous le retour des militaires sur la scène politique ? S’agit-il d’une régression démocratique ?
C’est, dans une certaine mesure, le résultat d’une défaillance dans la gouvernance. Ce n’est pas juste la faute des militaires, les civils ont aussi une responsabilité. Certes, le rôle des militaires n’est pas de conduire ce genre d’action, mais on ne peut ignorer que, dans certains cas, les civils commettent, eux aussi, des actes contestables.
Si, sous un gouvernement civil, la situation se détériore et que les gens meurent, que les problèmes s’accumulent et qu’en plus les autorités se servent des militaires pour truquer les élections, qui doit-on blâmer lorsque l’armée renverse ces gouvernements ? Je trouve inapproprié de ne critiquer que les militaires et de ne pas blâmer les civils qui les ont utilisés pour se maintenir au pouvoir. J’imagine que c’est à partir de ce genre d’analyse que certains disent qu’il y a des bons et des mauvais coups d’État.
Ensuite, même si l’armée trouve des justifications à son action et que les civils en sont au départ satisfaits, il reste une question : les militaires s’appliquent-ils réellement à mettre en place une transition pour régler les problèmes qui les ont amenés à faire leur coup d’État ? C’est cette situation que l’on va suivre de près en Guinée et au Mali.
Pensez-vous qu’un coup d’État soit impossible au Rwanda ?
Je ne le sais pas, mais laissez-moi présenter les choses autrement. D’abord, c’est aux Rwandais eux-mêmes de dire ce qu’ils en pensent, sachant d’où on est parti, ce qu’on a fait et ce qu’on fait.
Ensuite, je ne vois rien qui puisse mener, soit des militaires soit des civils, à un niveau de mécontentement et d’insatisfaction susceptible de provoquer un coup d’État. Notre système de gouvernance est, à mon sens, conçu pour répondre aux besoins des citoyens. Je ne vois pas de reproches que je puisse me faire ou faire aux institutions, et qui mèneraient à une telle situation.
La présence du groupe russe Wagner en Centrafrique, au Mozambique – où le Rwanda est aussi présent – et au Mali est un sujet de préoccupation pour la France et l’UE. Elle est aussi une cause majeure de conflit entre la France et les autorités maliennes. Condamnez-vous l’intervention de ces groupes de sécurité privés en Afrique, ou pensez-vous que leur présence relève de la souveraineté des États ?
Les pays africains doivent choisir ce qui est bon pour eux et qui, dans le même temps, relève des normes acceptables par la communauté internationale, dont nous faisons tous partie.
J’aimerais qu’il y ait un moyen pour deux grandes puissances comme la France et la Russie d’en parler directement et de résoudre le problème, car je ne vois pas comment le Rwanda pourrait s’en mêler sans se faire prendre en étau.
De notre côté, nous faisons ce que nous avons à faire et restons en dehors des problèmes auxquels on ne peut pas apporter de réelle contribution. Quel que soit le gouvernement en place au Mali, il devrait y avoir un moyen, pour l’UA et l’UE, de parler, notamment de la question de la présence du groupe Wagner dans ce pays.
L’année 2021 a été marquée par trois coups d’État militaires, au Mali, en Guinée et au Soudan, ainsi que par une guerre civile en Éthiopie. Chaque fois, l’UA a été quasi silencieuse et inefficace…
Dans le cas de l’Éthiopie, le conflit aurait pu être évité, mais il est désormais trop tard. Nous avons besoin d’une Éthiopie une et unie dans toute sa diversité. Nous espérons donc qu’un dialogue réel s’engagera.
S’agissant des trois coups d’État, je pense que ce type d’événement se produit avant tout parce qu’il y a, dans ces pays, des problèmes qui, depuis plusieurs années, ne sont pas résolus. C’est le cas du Soudan : il y avait des problèmes sous Omar el-Béchir, et ils subsistent depuis l’instauration de la transition.
Ce genre de situation est voué à se répéter, quelle que soit la position de l’Union africaine, parce que l’organisation n’a pas vocation à gérer les pays de manière individuelle, a fortiori pour régler des problèmes qui durent depuis longtemps.
Certes, l’UA et la communauté internationale peuvent apporter un soutien. Mais il arrive que les pays concernés trouvent leurs propres solutions, puis que les puissances étrangères tentent de dicter les leurs. La capacité insuffisante de l’Union africaine à gérer ces situations reste néanmoins une faiblesse, c’est indéniable.
Au Tchad, en Guinée et au Mali, le retour des transitions à durées indéterminées
Comment percevez-vous le retour des militaires sur la scène politique ? S’agit-il d’une régression démocratique ?
C’est, dans une certaine mesure, le résultat d’une défaillance dans la gouvernance. Ce n’est pas juste la faute des militaires, les civils ont aussi une responsabilité. Certes, le rôle des militaires n’est pas de conduire ce genre d’action, mais on ne peut ignorer que, dans certains cas, les civils commettent, eux aussi, des actes contestables.
Si, sous un gouvernement civil, la situation se détériore et que les gens meurent, que les problèmes s’accumulent et qu’en plus les autorités se servent des militaires pour truquer les élections, qui doit-on blâmer lorsque l’armée renverse ces gouvernements ? Je trouve inapproprié de ne critiquer que les militaires et de ne pas blâmer les civils qui les ont utilisés pour se maintenir au pouvoir. J’imagine que c’est à partir de ce genre d’analyse que certains disent qu’il y a des bons et des mauvais coups d’État.
Ensuite, même si l’armée trouve des justifications à son action et que les civils en sont au départ satisfaits, il reste une question : les militaires s’appliquent-ils réellement à mettre en place une transition pour régler les problèmes qui les ont amenés à faire leur coup d’État ? C’est cette situation que l’on va suivre de près en Guinée et au Mali.
Pensez-vous qu’un coup d’État soit impossible au Rwanda ?
Je ne le sais pas, mais laissez-moi présenter les choses autrement. D’abord, c’est aux Rwandais eux-mêmes de dire ce qu’ils en pensent, sachant d’où on est parti, ce qu’on a fait et ce qu’on fait.
Ensuite, je ne vois rien qui puisse mener, soit des militaires soit des civils, à un niveau de mécontentement et d’insatisfaction susceptible de provoquer un coup d’État. Notre système de gouvernance est, à mon sens, conçu pour répondre aux besoins des citoyens. Je ne vois pas de reproches que je puisse me faire ou faire aux institutions, et qui mèneraient à une telle situation.
La présence du groupe russe Wagner en Centrafrique, au Mozambique – où le Rwanda est aussi présent – et au Mali est un sujet de préoccupation pour la France et l’UE. Elle est aussi une cause majeure de conflit entre la France et les autorités maliennes. Condamnez-vous l’intervention de ces groupes de sécurité privés en Afrique, ou pensez-vous que leur présence relève de la souveraineté des États ?
Les pays africains doivent choisir ce qui est bon pour eux et qui, dans le même temps, relève des normes acceptables par la communauté internationale, dont nous faisons tous partie.
J’aimerais qu’il y ait un moyen pour deux grandes puissances comme la France et la Russie d’en parler directement et de résoudre le problème, car je ne vois pas comment le Rwanda pourrait s’en mêler sans se faire prendre en étau.
De notre côté, nous faisons ce que nous avons à faire et restons en dehors des problèmes auxquels on ne peut pas apporter de réelle contribution. Quel que soit le gouvernement en place au Mali, il devrait y avoir un moyen, pour l’UA et l’UE, de parler, notamment de la question de la présence du groupe Wagner dans ce pays.