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Pascal Soriot, le PDG d’AstraZeneca dans la tourmente

Mardi 16 Mars 2021

Après la France, l’Allemagne, l’Italie récemment, la Suède suspend à son tour les injections du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 ce mardi 16 mars. Une mesure de précaution liée au signalement de possibles effets secondaires, en particulier des hémorragies, mais dont le lien direct avec la vaccination n’est pas prouvé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) juge que la vaccination avec les doses d’AstraZeneca doit continuer. Mais le doute est là et le patron du groupe pharmaceutique suédo-britannique, le Français Pascal Soriot, est sur la sellette.


Pascal Soriot, 61 ans, est un combattant. Issu d’un milieu modeste, il raconte qu’il a appris à se battre adolescent pour défendre le territoire de sa bande, dans la grande banlieue de l’Oise où il a grandi. « C'est comme cela que ça marche dans ces endroits... Vous apprenez à ne pas vous laisser faire, à défendre vos amis et votre groupe », confiait-il en 2016 au journal suédois Affärsvärlden. Passionné de chevaux, il devient vétérinaire, puis décide de sauver des hommes plutôt que des animaux et décroche un MBA de HEC.

Globe-trotteur au sein de l’industrie pharmaceutique

À partir de là, commence une carrière de globe-trotteur dans l’industrie pharmaceutique. Il débute comme vendeur et gravit les échelons au sein de grands groupes français, allemands, suisses et britanniques : Roussel-Uclaf, Hoechst, Aventis-Sanofi, Roche... Il vit en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, aux États-Unis et, depuis 2012, à Cambridge en Angleterre, lorsqu’il prend la tête d’AstraZeneca. L’entreprise se porte mal. Pour la redresser, il supprime des milliers d’emplois, investit massivement dans la recherche et le développement et recentre les activités du groupe sur l’oncologie, autrement dit les cancers, les maladies cardiaques et respiratoires.

En 2014, il déjoue l’OPA (offre publique d’achat) hostile de l’américain Pfizer. Le résultat est à la hauteur des attentes des actionnaires : la valeur en Bourse du laboratoire passe de quelque 40 milliards d'euros à plus de 110 milliards d'euros. Pascal Soriot, qui a pris la nationalité de sa terre d’adoption, l’Australie où vit sa famille, devient le troisième patron le mieux payé du Royaume-Uni avec plus de 16 millions d’euros en 2019.

Sauver le monde de la pandémie

Face à la pandémie de coronavirus qui frappe le monde début 2020, Pascal Soriot veut jouer un rôle salvateur. L’année dernière, il s’associe avec les chercheurs de l’université d’Oxford pour fabriquer un vaccin contre le Covid-19 vendu à prix coûtant, dans un premier temps, facile à conserver, compétitif au niveau des prix, bien que moins protecteur que celui de ses concurrents Pfizer ou Moderna. Il ne compte pas faire d’argent avec ce vaccin dans l’immédiat, en tout cas, et envisage de remonter les prix ultérieurement.

En parallèle, cet adepte du vélo à ses heures perdues, continue à investir. Il rachète en décembre le groupe pharmaceutique américain Alexion pour quelque 39 milliards de dollars. C’est la plus importante acquisition de toute l’histoire du laboratoire, né de la fusion du suédois Astra et du britannique Zeneca.

Un PDG sur la sellette

Mais la production du vaccin se complique. La logistique est lente et Pascal Soriot, actuellement confiné en Australie, est critiqué pour des problèmes d’approvisionnements et des retards dans les livraisons. Bruxelles l’accuse également de privilégier l’accès des doses aux Britanniques, au détriment des pays membres de l’UE, ce dont il se défend.

À ces revers, vient s’ajouter la question de la sûreté du vaccin et aujourd’hui sa suspension « à titre préventif » dans plusieurs pays d’Europe principalement, jusqu’à ce que de nouveaux contrôles prouvent qu’aucun facteur de causalité n’intervient entre l’injection du vaccin et la survenue d’événements thromboemboliques.

Au 8 mars, selon un communiqué de l’entreprise, 15 cas de thrombose veineuse profonde (TVP) et 22 cas d'embolies pulmonaires ont été signalés parmi les personnes ayant reçu le vaccin au sein de l’UE et du Royaume-Uni, sur les 17 millions de personnes vaccinées dans cette zone géographique.

Pascal Soriot aura bien besoin de ses qualités de combattant pour défendre sa crédibilité. Crédibilité mise à mal pour avoir, selon ses détracteurs, sous-estimé la complexité d'un environnement vaccinal très strict, sans avoir eu le temps de faire des bénéfices. Les actionnaires pourraient lui reprocher une épreuve de trop, alors que le groupe s’apprête à rajouter une autre corde à son arc : les maladies rares, à la suite du rachat d’Alexion Pharmaceuticals. 


RFI

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