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Ousmane Sonko : Une réaction qui interroge le sens de l’État (Par Cheikh .A.Kane )

Samedi 23 Mai 2026

La déclaration de Ousmane Sonko après son limogeage par le président , affirmant : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à Keur Gorgui », mérite une réflexion sérieuse tant elle révèle une certaine conception du pouvoir, de l’État et de la responsabilité politique.


Dans toutes les grandes démocraties, le départ d’un Premier ministre est un moment institutionnel majeur. Ce n’est ni une affaire personnelle ni un simple épisode politique destiné à alimenter les réseaux sociaux. Lorsqu’un homme occupe les plus hautes fonctions de l’État, il représente la République, ses institutions et la stabilité nationale. Ses paroles, surtout dans un moment de rupture politique, doivent être mesurées, responsables et porteuses d’un message rassurant pour la nation.

Or, la sortie d’Ousmane Sonko donne malheureusement l’impression inverse. Au lieu d’un discours d’explication, de responsabilité ou d’apaisement, les Sénégalais ont assisté à une communication centrée sur sa personne, son émotion et son image politique. Cette phrase, largement relayée sur Facebook et dans les médias, ressemble davantage à une posture militante qu’à l’attitude attendue d’un ancien chef de gouvernement.

Cette manière de communiquer pose un véritable problème de culture institutionnelle. Elle participe à la personnalisation excessive du pouvoir, où les institutions passent au second plan derrière les émotions, les slogans et la mise en scène politique. Un Premier ministre ne devrait jamais donner le sentiment que les fonctions de l’État sont secondaires ou qu’un événement aussi sérieux peut être réduit à une formule destinée à faire le buzz ou à flatter une base partisane.

Le plus inquiétant dans cette séquence, c’est le message envoyé à la jeunesse et à l’opinion publique. Elle renforce l’idée que la politique moderne repose davantage sur la communication émotionnelle que sur la responsabilité républicaine. Pourtant, le Sénégal a longtemps été cité comme un modèle démocratique en Afrique grâce à la solidité de ses institutions et à une certaine tradition de retenue dans l’exercice du pouvoir.

Dans un contexte marqué par les difficultés économiques, le chômage des jeunes, la vie chère et les fortes tensions sociales, les Sénégalais attendent de leurs dirigeants autre chose que des déclarations symboliques ou des formules de communication. Ils veulent des responsables capables d’incarner la stabilité, le respect des institutions et la maturité politique.

Certains défenseurs d’Ousmane Sonko tenteront certainement de présenter cette déclaration comme une preuve de détachement du pouvoir ou une marque de simplicité. Mais un homme d’État ne peut pas uniquement parler à ses militants ; il doit parler à toute la nation. Et lorsqu’on a dirigé un gouvernement, chaque mot engage non seulement une personne, mais aussi l’image et la crédibilité des institutions républicaines.

Le Sénégal mérite une classe politique capable de dépasser les logiques de confrontation permanente, les stratégies de victimisation et les postures populistes. La démocratie ne peut se construire durablement dans l’émotion, le spectacle politique ou la communication permanente. Elle exige du respect pour les institutions, du sens de l’État et une capacité à placer l’intérêt national au-dessus des calculs politiques et des réactions personnelles.

La grandeur d’un dirigeant ne se limite pas à sa popularité ou à sa capacité de mobiliser les foules. Elle se mesure surtout dans sa façon de gérer les moments difficiles, de respecter les institutions et de préserver la dignité de la République, même lorsqu’il quitte le pouvoir.

C.A.K

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