Ouagadougou dans le viseur de Vladimir Poutine

Jeudi 22 Décembre 2022

C’est la nouvelle cible du Kremlin. Et ces derniers jours, les signes tendant à prouver que le Burkina Faso du capitaine Ibrahim Traoré est sur le point de s’aligner sur le Mali d’Assimi Goïta se multiplient.  

 Il y a eu, bien sûr, la spectaculaire sortie du président ghanéen en marge du sommet États-Unis – Afrique. « Aujourd’hui, des mercenaires russes sont à notre frontière nord. Le Burkina Faso a conclu un accord pour employer des forces de Wagner et faire comme le Mali », a asséné Nana Akufo-Addo mercredi à Washington. Une affirmation presque aussitôt démentie par les autorités burkinabè, qui ont convoqué dans la foulée l’ambassadeur ghanéen à Ouagadougou pour qu’il s’explique sur les propos de son président. Une passe d’armes diplomatique qui ne doit rien au hasard, comme l’a relevé Benjamin Roger dans son décryptage de l’influence grandissante de Moscou au Burkina.

 

Ligne rouge et mines d’or

 Outre que l’information « vient forcément des services de renseignement américains », selon une indiscrétion d’une source militaire française, le timing de la déclaration du chef de l’État ghanéen semble également répondre à l’agenda de l’administration Biden. But de la manœuvre ? Envoyer à la junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré le message selon lequel recourir à des soldats de fortune russes dans la lutte contre le jihadisme serait considéré par les États-Unis comme une ligne rouge.
 

Quelques jours plus tôt, l’annonce de l’octroi d’une nouvelle concession minière à une société russe a, elle aussi, été vue comme un signe que le Kremlin avançait ses pions petit à petit dans le pays. La société  Nordgold, qui exploite déjà trois gisements dans le Nord via la société des mines de Taparko (Somita) et Bissa Gold, ses deux filiales, a obtenu un permis d’exploitation de quatre ans de la mine d’or de Yimiougou, dans le Centre-Nord. À en croire le gouvernement – la décision a été prise en conseil des ministres –, la mine devrait produire 2,53 tonnes d’or sur cette période, pour une contribution directe au budget de l’État estimée à environ 8,1 millions d’euros, auxquels il faut ajouter environ 1 million d’euros reversé au fonds minier de développement local.  

 

Il n'en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s’emparent du sujet, reliant les déclarations du président ghanéen à cette annonce survenue dans le secteur aurifère. Au point que le gouvernement burkinabè s’est senti obligé de répondre. Mardi, lors d’une rencontre avec l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le ministre burkinabè des Mines, Simon-Pierre Boussim, a assuré qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une concession accordée au groupe Wagner…  

 

« Visite privée » à Moscou
Il n’en reste pas moins que la « visite privée » du Premier ministre burkinabè, Kyélem Apollinaire de Tambèla, le 7 décembre à Moscou, inquiète particulièrement les chancelleries occidentales. Dans un entretien accordé en marge de cette visite à Russia Today – mais diffusée en début de semaine –, le chef du gouvernement n’a pas hésité à enfoncer le clou. « La Russie figure parmi les grandes nations alors qu’elle est pratiquement inexistante au Burkina Faso. Nous aimerions que la Russie prenne la place qui lui revient », a-t-il notamment déclaré. Et d’ajouter son intention de « renforcer la coopération dans tous les domaines possibles », y compris, et surtout, dans le domaine sécuritaire, une « priorité au Burkina ».  

 
Mais plus que ces déclarations au micro d’un média considéré comme un vecteur de propagande russe, c’est l’absolue discrétion des autorités burkinabè sur le programme moscovite du Premier ministre qui ouvre la voie à toutes les spéculations. Plusieurs sources ouest-africaines et occidentales ont confié à Jeune Afrique que Kyélem Apollinaire de Tambèla a rencontré sur place des responsables de Wagner, et qu’il a multiplié les entretiens en vue d’acquérir du matériel militaire.  

Un rapprochement assumé par Ibrahim Traoré dès sa prise de pouvoir, et qui semble donc désormais s’accélérer. Au risque, pour le jeune capitaine, de se retrouver aussi isolé sur la scène internationale qu’Assimi Goïta ?

Jeune Afrique
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