ONU : Face à la déferlante latino-américaine, Macky Sall dos au mur pour la succession de Guterres

Samedi 22 Aout 2026

La course à la succession d’António Guterres entre dans une phase critique, et la diplomatie africaine vacille. Alors que la candidate du Guyana, Carolyn Rodrigues-Birkett, a pris un avantage décisif lors du second scrutin à huis clos du Conseil de sécurité, l’ancien chef d’État sénégalais, Macky Sall, peine à s’imposer dans le peloton de tête. Distancé par un trio latino-américain en pleine dynamique, le candidat sénégalais doit désormais orchestrer une contre-offensive majeure dans les salons secrets de Manhattan pour espérer déjouer les pronostics.


Le marathon diplomatique pour la succession d’António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations Unies (Onu) s’accélère et vire à l’épreuve de force pour la diplomatie africaine. À l’issue du second «vote indicatif», hier vendredi 21 août 2026, à huis clos au sein du Conseil de sécurité, la trajectoire s’est sérieusement obscurcie pour l’ancien Président Macky Sall. Alors que le continent africain espérait faire valoir ses droits, Macky Sall se retrouve aujourd’hui lourdement distancé par une impressionnante et méthodique poussée des candidatures latino-américaines.


Pour l’ex-chef d’Etat, la compétition s’annonce désormais comme une ascension de l’Everest. Arrivé dans la course avec le statut de chef d’État d’envergure, fort de son expérience à la tête du Sénégal et de l’Union africaine, il peine, pour l’instant, à s’imposer dans le peloton de tête. La dynamique actuelle semble, en effet, balayée par une règle non écrite d’alternance géographique qui favorise outrageusement le continent américain. Face à ce bloc uni et ultra-compétitif, Macky Sall, tout comme l’autre prétendant africain, l’Ougandais Olara Otunnu (75 ans), subit le contrecoup d’une dispersion des forces et d’un manque de ralliement global immédiat.

Le tableau clinique de ce second scrutin est sans appel et consacre la mainmise de l’Amérique latine. Carolyn Rodrigues-Birkett, benjamine des huit candidats en lice à 52 ans, a pris un avantage psychologique et politique décisif. L’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana a recueilli 8 mentions «encourage», 3 «décourage» et 4 «sans opinion». Elle devance d’une courte tête l’ex-vice-présidente du Costa Rica, Rebeca Grynspan (7-4-4) — pourtant arrivée en tête lors du premier scrutin en juillet —, ainsi que le très médiatique Directeur général de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (Aiea), l’Argentin Rafael Grossi (7-6-2). Derrière ce trio infernal, l’ombre de Michelle Bachelet (74 ans, Chili) et des Équatoriennes Maria Fernanda Espinosa (61 ans) et Ivonne A-Baki (75 ans) achève de verrouiller l'espace médiatique et diplomatique, ne laissant que des miettes aux ambitions de Dakar.

Pour Macky Sall (6 encourage, 7 discourage et 2 sans opinion), le défi ne consiste plus seulement à séduire, mais à inverser une tendance lourde : pour espérer voir son nom recommandé à l’Assemblée générale, il lui faudra arracher au moins neuf voix favorables sur les 15 membres du Conseil, sans essuyer le moindre veto de l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni).


Toutefois, rien n’est définitivement figé dans les couloirs feutrés de Manhattan. Les observateurs rappellent que ce processus de sélection reste l’un des plus secrets et imprévisibles de la planète. «Les membres permanents attendent souvent que le processus soit plus avancé pour dévoiler leurs véritables préférences», analyse Daniel Forti, spécialiste à l’International Crisis Group. Une lueur d’espoir subsiste pour Macky Sall : le représentant de la Russie, Vassili Nebenzia, a sous-entendu que de nouvelles candidatures pourraient encore émerger, ce qui pourrait totalement rebattre les cartes et briser le bloc latino-américain.

L'OBS
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