Niger : le général Amadou Ibro appelle à se préparer à une « guerre avec la France »

Vendredi 13 Février 2026

La tension verbale est montée d’un cran entre Niamey et Paris. Le général Amadou Ibro, chef d’état-major particulier du général Abdourahamane Tiani, a affirmé mercredi 11 février que la France s’apprêtait à « faire la guerre au Niger », appelant la population à se mobiliser en conséquence.

S’exprimant lors d’un meeting devant des jeunes dans un stade de Niamey, le haut gradé a tenu des propos particulièrement offensifs. « Cette mobilisation, elle est faite, elle est décrétée afin qu’on se prépare pour la guerre avec la France », a-t-il déclaré en français. Avant d’ajouter : « Sachez-le, on va entrer en guerre avec la France, on n’était pas en guerre, c’est maintenant qu’on va en guerre avec la France », sous les applaudissements d’une partie du public scandant « à bas la France ».

Le général Ibro a également justifié cette posture en accusant Paris d’être à l’origine de « la mauvaise situation » économique dans l’Hexagone, dans un discours mêlant souveraineté nationale et dénonciation d’ingérences extérieures.

Paris réfute toute velléité d’intervention

Du côté français, la réaction n’a pas tardé. Le porte-parole de l’état-major des Armées, le colonel Guillaume Vernet, a catégoriquement démenti toute intention belliqueuse. « Il n’est pas question d’intervention française au Niger », a-t-il assuré, qualifiant ces accusations de « manifestement de guerre informationnelle ».

La séquence vidéo du discours a été largement relayée sur les réseaux sociaux, alimentant un climat déjà tendu entre les deux pays.

Depuis le coup d’État qui a porté le général Tiani au pouvoir, les autorités nigériennes accusent régulièrement la France de chercher à déstabiliser le pays. Le chef de la junte a même publiquement mis en cause le président français Emmanuel Macron, ainsi que ses homologues béninois Patrice Talon et ivoirien Alassane Ouattara, les désignant comme « les sponsors » de groupes jihadistes opérant dans la région. Des accusations que Paris a toujours fermement rejetées.

Les soldats français engagés dans la lutte antijihadiste ont quitté le Niger fin 2023, après plusieurs mois de bras de fer diplomatique avec les nouvelles autorités militaires.

Bras de fer autour de l’uranium

Au-delà des déclarations politiques, les tensions s’inscrivent également dans un contexte économique sensible. Les autorités nigériennes, qui revendiquent une politique de souveraineté accrue sur leurs ressources naturelles, ont nationalisé la Somaïr, filiale du groupe français Orano, spécialisé dans l’uranium.

En réponse, Orano a engagé plusieurs procédures judiciaires. Niamey, de son côté, envisage de poursuivre le groupe pour préjudice écologique et a annoncé son intention de commercialiser directement son uranium sur le marché international.

Une cargaison d’environ 1 000 tonnes de « yellow cake » – concentré d’uranium – serait actuellement bloquée à l’aéroport de Niamey depuis plusieurs semaines. « Nous sommes face à des gens qui, à cause de nos biens, à cause de notre richesse, veulent coûte que coûte nous ramener à […] ce qui a fait leur prospérité », a encore déclaré le général Ibro.
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