Plus une goutte d'essence. Dans la ville de Mopti, célèbre pour sa mosquée en terre crue de style soudanais, plus de 330 000 âmes vivent désormais au rythme des panneaux solaires. Les mieux lotis arrivent encore à faire fonctionner des générateurs sur des réserves ou grâce à du combustible issu de la contrebande et acheté à prix d'or. Depuis le début du mois de septembre, le JNIM (le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda) procède à des attaques ciblées sur les convois de carburant qui pénètrent le sol malien.
Deux mois donc que la population vit au gré des pénuries. Devant la gravité de la situation, Bamako a décidé de suspendre les cours scolaires sur toute l'étendue du territoire national dès le 27 octobre. En l'état, la décision arrêtée jusqu'au dimanche 9 novembre pourrait bien se poursuivre. Si l'économie peine à se maintenir à flot en raison du manque d'électricité, les activités d'opérateurs étrangers sont également touchées. Le 2 novembre, Turkish Airlines suspendait tous ses vols au départ et à destination de la capitale malienne.
le Mali dépend d'États voisins disposant soit d'une façade maritime, soit de ressources pétrolières. En l'absence de raffinerie industrielle locale, le pays importe pour l'essentiel du pétrole déjà transformé sous forme de carburant. Dans ce contexte, le blocage opéré par les djihadistes du JNIM constitue un important moyen de pression sur ce territoire vaste comme deux fois la France métropolitaine. « Nous assistons à une stratégie de pourrissement sur le temps long ou à moyen terme », précise Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute et enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger du Sénégal.
Dans la droite ligne de ces signaux forts, les chancelleries des États-Unis ou de l'Allemagne ont d'ores et déjà appelé leurs ressortissants à quitter immédiatement le Mali. Ce vendredi 7 novembre, le ministère français des Affaires étrangères franchissait lui aussi le pas ; conseillant aux Français de quitter « dès que possible » le territoire. Pour l'heure, plusieurs vols commerciaux à destination de l'étranger restent disponibles.
Quant aux pénuries, l'État malien promet de sécuriser les convois d'hydrocarbures avec l'aide des Forces armées maliennes (FAMa). Si d'importants moyens sont déployés ? notamment aériens ? les camions-citernes demeurent des cibles vulnérables. Abdoulaye Maïga, Premier ministre du Mali, a beau souligner la bravoure des conducteurs, la réalité se heurte à la réticence croissante de ces derniers face au risque.
« Les attaques de poids lourds ne sont pas nouvelles. C'est leur fréquence et le ciblage du carburant qui ont changé la donne », note un professionnel du transport dans la sous-région. Si certains craignent que le JNIM domine demain Bamako et ses provinces, les ressorts de sa stratégie demeurent complexes. Outre le symbole de montée en puissance, le blocus semble aussi s'inscrire dans une logique de représailles. En effet, en juillet dernier, les autorités avaient interdit la vente d'essence en bidon et procédé à la fermeture de dizaines de stations « non-réglementaires ». La mesure, censée limiter les déplacements djihadistes, avait été appliquée à certaines zones comme Nioro, une ville proche de la Mauritanie, aujourd'hui coupée du monde.
Depuis sa création en 2017, le JNIM peine toutefois à administrer et sécuriser durablement des provinces. Au Sahel, ses membres seraient au nombre de 6 000, soit un effectif limité pour une expansion de large ampleur. « Au Mali, certaines parcelles du territoire telle que des zones de Kayes ont déjà noué des alliances avec les djihadistes », note cependant Bakary Sambe. Le chercheur perçoit dans la dynamique actuelle un possible changement de paradigme. « Jusqu'à présent, la Katiba Macina, une branche ethno-communautaire du JNIM occupait l'espace. Mais depuis peu, de nouvelles voix, à l'image de Hamza al-Bambari [NDLR, un porte-parole du JNIM] sont portées sur le devant de scène pour plus de mixité. Cela pourrait traduire une ambition nouvelle ; plus nationale », examine-t-il.
« Certains évoquent de discrètes discussions entre les autorités militaires maliennes et des responsables du JNIM. Il n'est pas impossible que les djihadistes deviennent un jour une force politique alternative avec qui le pouvoir central devra composer officiellement », analyse Bakary Sambe. En outre, le blocus à l'?uvre répond aussi à une logique économique : « en neutralisant l'accès au carburant, le JNIM opère comme un distributeur parallèle. » Des revenus qui viennent s'agréger à d'autres succès transactionnels. La libération de trois otages (deux Émiriens et un iranien) a récemment permis au groupe djihadiste de percevoir plus de 50 millions d'euros de liquidités.
Le POINT
Deux mois donc que la population vit au gré des pénuries. Devant la gravité de la situation, Bamako a décidé de suspendre les cours scolaires sur toute l'étendue du territoire national dès le 27 octobre. En l'état, la décision arrêtée jusqu'au dimanche 9 novembre pourrait bien se poursuivre. Si l'économie peine à se maintenir à flot en raison du manque d'électricité, les activités d'opérateurs étrangers sont également touchées. Le 2 novembre, Turkish Airlines suspendait tous ses vols au départ et à destination de la capitale malienne.
le Mali dépend d'États voisins disposant soit d'une façade maritime, soit de ressources pétrolières. En l'absence de raffinerie industrielle locale, le pays importe pour l'essentiel du pétrole déjà transformé sous forme de carburant. Dans ce contexte, le blocage opéré par les djihadistes du JNIM constitue un important moyen de pression sur ce territoire vaste comme deux fois la France métropolitaine. « Nous assistons à une stratégie de pourrissement sur le temps long ou à moyen terme », précise Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute et enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger du Sénégal.
Dans la droite ligne de ces signaux forts, les chancelleries des États-Unis ou de l'Allemagne ont d'ores et déjà appelé leurs ressortissants à quitter immédiatement le Mali. Ce vendredi 7 novembre, le ministère français des Affaires étrangères franchissait lui aussi le pas ; conseillant aux Français de quitter « dès que possible » le territoire. Pour l'heure, plusieurs vols commerciaux à destination de l'étranger restent disponibles.
Quant aux pénuries, l'État malien promet de sécuriser les convois d'hydrocarbures avec l'aide des Forces armées maliennes (FAMa). Si d'importants moyens sont déployés ? notamment aériens ? les camions-citernes demeurent des cibles vulnérables. Abdoulaye Maïga, Premier ministre du Mali, a beau souligner la bravoure des conducteurs, la réalité se heurte à la réticence croissante de ces derniers face au risque.
« Les attaques de poids lourds ne sont pas nouvelles. C'est leur fréquence et le ciblage du carburant qui ont changé la donne », note un professionnel du transport dans la sous-région. Si certains craignent que le JNIM domine demain Bamako et ses provinces, les ressorts de sa stratégie demeurent complexes. Outre le symbole de montée en puissance, le blocus semble aussi s'inscrire dans une logique de représailles. En effet, en juillet dernier, les autorités avaient interdit la vente d'essence en bidon et procédé à la fermeture de dizaines de stations « non-réglementaires ». La mesure, censée limiter les déplacements djihadistes, avait été appliquée à certaines zones comme Nioro, une ville proche de la Mauritanie, aujourd'hui coupée du monde.
Depuis sa création en 2017, le JNIM peine toutefois à administrer et sécuriser durablement des provinces. Au Sahel, ses membres seraient au nombre de 6 000, soit un effectif limité pour une expansion de large ampleur. « Au Mali, certaines parcelles du territoire telle que des zones de Kayes ont déjà noué des alliances avec les djihadistes », note cependant Bakary Sambe. Le chercheur perçoit dans la dynamique actuelle un possible changement de paradigme. « Jusqu'à présent, la Katiba Macina, une branche ethno-communautaire du JNIM occupait l'espace. Mais depuis peu, de nouvelles voix, à l'image de Hamza al-Bambari [NDLR, un porte-parole du JNIM] sont portées sur le devant de scène pour plus de mixité. Cela pourrait traduire une ambition nouvelle ; plus nationale », examine-t-il.
« Certains évoquent de discrètes discussions entre les autorités militaires maliennes et des responsables du JNIM. Il n'est pas impossible que les djihadistes deviennent un jour une force politique alternative avec qui le pouvoir central devra composer officiellement », analyse Bakary Sambe. En outre, le blocus à l'?uvre répond aussi à une logique économique : « en neutralisant l'accès au carburant, le JNIM opère comme un distributeur parallèle. » Des revenus qui viennent s'agréger à d'autres succès transactionnels. La libération de trois otages (deux Émiriens et un iranien) a récemment permis au groupe djihadiste de percevoir plus de 50 millions d'euros de liquidités.
Le POINT