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Mondial 2026 : l’Afrique divisée face à l’idée d’un boycott

Lundi 26 Janvier 2026

L’appel de Claude Le Roy à boycotter la Coupe du monde 2026, prévue aux États-Unis, au Canada et au Mexique, a ravivé un débat aussi récurrent qu’illusoire : peut-on réellement mêler le football mondial aux tensions politiques internationales ? Derrière l’indignation morale suscitée par les positions de Donald Trump sur l’Afrique, la réalité du jeu des fédérations, des joueurs et des intérêts économiques semble condamner d’avance toute idée de boycott.

Dans une interview accordée au Figaro le 20 janvier, l’ancien sélectionneur de plusieurs équipes africaines s’est interrogé ouvertement : « Ne faut-il pas boycotter la Coupe du monde 2026 ? » Une sortie motivée par ce qu’il qualifie de mépris du président américain envers le continent africain. « Il abîme l’Afrique, notamment en s’attaquant aux ONG », a-t-il dénoncé, avant de pointer la proximité entre Donald Trump et le président de la Fifa, Gianni Infantino, accusant les dirigeants du football mondial de ne penser « qu’au fric ».

Mais au-delà de la charge morale, la mécanique institutionnelle du football international rend ce scénario hautement improbable. Comme lors du Mondial au Qatar, les protestations existent, mais elles peinent à dépasser le stade du symbole. En Europe, quelques responsables politiques ont exprimé des réserves, notamment en Allemagne ou en France, mais sans jamais aller jusqu’à une remise en cause officielle de la participation de leurs sélections. À Berlin, le gouvernement a d’ailleurs rappelé que seule la fédération nationale serait compétente pour une telle décision.

Pour Joseph-Antoine Bell, ancien gardien emblématique du Cameroun, le débat est clos d’avance. « Un boycott ? Tout le monde sait que ça n’arrivera jamais », tranche-t-il. Selon lui, les fédérations africaines elles-mêmes portent une part de responsabilité : « Ce sont elles qui ont voté massivement pour que la Coupe du monde 2026 se joue en Amérique du Nord. » Attribuée en 2018, la compétition l’a été alors que Donald Trump était déjà à la Maison Blanche. « Il y aura peut-être des gestes isolés, mais rien de structuré », estime Bell.

Même scepticisme du côté de Rabah Saâdane. L’ancien sélectionneur de l’Algérie reconnaît la brutalité de la diplomatie trumpienne, mais refuse d’y voir une surprise. « Ce n’est pas un homme politique classique, c’est un homme d’affaires. Il agit par rapport de force. Il a annoncé ce qu’il fait aujourd’hui », rappelle-t-il, évoquant les restrictions migratoires et la suspension de certaines aides.

Surtout, tous soulignent l’écart abyssal entre les discours de boycott et la réalité du terrain. « Vous allez expliquer à des joueurs que leur rêve de Coupe du monde est annulé pour des raisons géopolitiques ? », interroge Saâdane. Joseph-Antoine Bell abonde : même en cas de tensions diplomatiques, « les équipes qualifiées joueront ».

Une position partagée par Idriss Diallo, président de la Fédération ivoirienne de football. Pour lui, la frontière doit rester claire : « Ce n’est pas aux footballeurs de régler des problèmes politiques et géopolitiques. Ceux qui ont un différend avec Donald Trump n’ont qu’à le régler ailleurs. Qu’ils laissent le football en dehors de ça. »

À moins d’un séisme diplomatique majeur, le boycott du Mondial 2026 apparaît ainsi comme une posture plus que comme une perspective crédible. Entre intérêts financiers, rêves sportifs et décisions déjà actées, la Coupe du monde se jouera, avec ou sans indignation.

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