Mobilité : ces grandes villes africaines en quête d’un nouveau souffle

Lundi 1 Juin 2026

Le Caire en Égypte, Lagos au Nigeria, Marrakech au Maroc, Johannesburg en Afrique du Sud pour ne citer qu’elles… De nombreuses grandes villes africaines suffoquent à cause de la pollution atmosphérique due à un trafic urbain extrêmement dense et à des infrastructures vieillissantes. Ce n’est pourtant pas une fatalité, car d’autres ont trouvé des solutions.

 

Bienvenue à Kinshasa, la ville la plus polluée du continent africain. La capitale de la République démocratique du Congo détient ce triste record, selon IQAir . Là-bas, l’indice de la qualité de l’air atteint parfois des sommets et a même plafonné à 165 le 25 juillet 2025, faisant de cette cité de la rive gauche du fleuve Congo la « ville la plus polluée au monde » ce jour-là. Même devant New Dehli qui détient tous les records. Ses habitants avaient alors été priés de rester chez eux et d’éviter toute activité en plein air. Sous peine de complications pulmonaires.

 

De manière générale, la pollution atmosphérique touche toutes les grandes villes africaines. Mais certaines d’entre elles ont mis en place des politiques publiques destinées à faire retomber la pression. Chacune a mis en place sa recette : cela va du désengorgement du trafic urbain – grâce au déploiement de flottes de bus électriques –, en passant par l’investissement dans des infrastructures plus respectueuses de l’environnement ou des réglementations plus strictes destinées à faire baisser le niveau des émissions de particules fines.

 

Partenariats public-privé : la bonne idée

Le meilleur exemple en la matière est sans nul doute la capitale sénégalaise, Dakar. En mai 2022, elle a fait partie des grandes agglomérations du continent à signer la C40 Clean Air Cities Declaration . « L’air que nous respirons aujourd’hui détermine notre santé et la durabilité de notre ville, estimait alors Barthelemy Toye Dias , le maire de Dakar. Ensemble, agissons avec des mesures ambitieuses et à fort impact pour assurer la transition énergétique, réduire les émissions de GES et améliorer la qualité de l’air, qui est un droit pour chaque citoyen. » Pour y parvenir, les pouvoirs publics sénégalais se sont appuyés sur le secteur privé afin de développer une flotte de bus 100% électrique, appelée BRT (bus rapide transit). Et les résultats sont là.

 

Dès 2020, un nouveau chantier vient bousculer les habitudes à Dakar, avec la construction de voies dédiées au futur BRT, sur 18km. Vingt-trois stations sont alors construites sur un axe nord-sud. Inauguré en janvier 2024, le BRT de Dakar a eu plusieurs impacts positifs : le désengorgement de la circulation et une baisse de la pollution atmosphérique. « Ce projet répond à un besoin fondamental de mobilité durable, efficace et de haute qualité à Dakar, explique Mete Saraçoğlu , directeur Afrique chez Meridiam, l’entreprise française qui a piloté le montage du projet, et qui le gère au quotidien. Nous avons ainsi introduit dans le pays un réseau de bus électriques, une technologie nouvelle reposant sur des ressources humaines locales pour la gestion, et permettant de développer savoir-faire, transfert de compétences et création d’emplois. Le modèle de concession retenu par l’État sénégalais lui apporte beaucoup de flexibilité sur la gestion du projet. » Et c’est bien ce modèle de partenariat public-privé qui pourrait faire des émules dans d’autres villes du continent.

 

Le choix de politiques restrictives

Mais Dakar n’est pas la seule grande ville africaine à avoir signé la déclaration du C40. Au Kenya, Nairobi était également signataire du projet – et des engagements attenants. Là-bas, les autorités ont choisi un angle d’attaque plus réglementaire, en équipant la ville et ses faubourgs de capteurs mesurant la qualité de l’air. Selon la gouverneur de la capitale kenyane, Anna Kananu Mwenda , « l’engagement de l’administration de Nairobi en faveur d’un air pur à I’échelle de la ville constitue une composante essentielle de la réalisation de notre vision de la ville la plus vivable, la plus propre et la plus durable. Nous renforçons le système de gestion de la qualité de l’air en élaborant un plan d’action, une politique et un projet de loi sur la qualité de l’air ». Objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 51% d’ici 2035 (par rapport à 2019), la capitale comptant environ 5000 décès par an à cause de la pollution. Pour y parvenir, les pouvoirs publics tentent également de sensibiliser et de mobiliser les acteurs étatiques et les communautés locales.

 

En 2022, Nairobi a également rejoint l’initiative internationale Breathe Cities et reçu des aides financières de Washington. Selon Dr. Victor Indasi , le directeur du projet Breathe Cities au Kenya, « Nairobi s’est engagé à collaborer avec des partenaires et des parties prenantes pour restaurer la véritable signification de Hakuna Matata – une vie exempte des fardeaux de la pollution atmosphérique, où chaque respiration prend dans l’air plus propre et plus sain ». Cela passe par une législation très stricte sur les rejets atmosphériques des industries, par une amélioration des transports publics, la promotion des modes de transport non motorisés comme le vélo et une meilleure gestion des déchets.

 

Combattre la pollution, c’est protéger la nouvelle génération

Plus à l’ouest, au Ghana, Accra est quant à elle en train de relever le même pari. La capitale ghanéenne faisait partie des villes les plus polluées d’Afrique, avec des conséquences catastrophiques en termes de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) , quelques 28000 personnes y décédaient chaque année à cause de la pollution atmosphérique. En 2021, les pouvoirs publics ont pris le problème à bras le corps en rejoignant l’Urban Health Initiative qui promeut une approche pluridisciplinaire, en visant plusieurs domaines comme les transports et l’énergie domestique ainsi que le renforcement du secteur de la santé, et en menant des campagnes de sensibilisation auprès du grand public.

 

Depuis 2024, les assemblées municipales du Grand Accra ont ainsi mis en place leurs plans d’action pour améliorer la qualité de l’air. L’un des projets plébiscités par les riverains a consisté à restreindre la circulation à proximité des écoles pendant les heures d’entrée et de sortie des classes. Plusieurs quartiers accueillant des établissements scolaires ont également été végétalisés, ce qui allie plusieurs avantages : baisse des émissions de GES et de poussières, baisse de la circulation et sécurisation des piétons. « Un air pur est essentiel à la santé et au développement des enfants : une exposition à des niveaux élevés de pollution atmosphérique durant leurs premières années peut entraîner des complications physiques et cognitives permanentes, remarque Desmond Appiah , responsable pour le Ghana au sein du Clean Air Fund. Un aménagement urbain réfléchi peut protéger directement la santé des enfants et créer des espaces où ils peuvent jouer et s’épanouir. »

 

Si les pouvoirs publics ont un rôle central à jouer pour donner l’impulsion et dicter les grandes orientations, les acteurs privés sont tout aussi essentiels à la réussite de tous ces projets, comme on a pu le voir avec le BRT de Dakar. Car sans les différents modes de financement qu’ils proposent, toutes les politiques publiques citées plus haut resteraient lettres mortes.

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