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Migration : au Maroc, ces jeunes prêts à mourir pour rejoindre l’Europe

Vendredi 21 Août 2026

À 19 ans, Lina Jouari vit avec ses cinq frères et sœurs dans un garage transformé en logement, dans un village situé à la périphérie de Tanger. Confrontée à la précarité et aux difficultés pour trouver un emploi, la jeune Marocaine a tenté, comme des dizaines de milliers de ses compatriotes, de rejoindre Ceuta fin juillet. Son témoignage illustre le désarroi d’une partie de la jeunesse marocaine, confrontée au chômage et au manque de perspectives.

À quelques kilomètres de Tanger, Lina Jouari, 19 ans, vit dans des conditions particulièrement difficiles. Son domicile : un garage aménagé sommairement qu’elle partage avec ses cinq frères et sœurs.

Avec une pointe d'ironie, la jeune femme présente son logement : « Venez, je vais vous montrer notre villa. Ça va aller vite. Quand il fait chaud, il fait très chaud, quand il fait froid, il fait très froid, quand il pleut, on est inondés. C'est vraiment la galère. Mais on s'est habitué à la situation. »

Dans cette famille, chacun tente de trouver un moyen de gagner sa vie. Mais les opportunités se font rares. « On s'est réveillées, hier, pour aller chercher du travail. Mais on n'a rien trouvé. On veut aller chercher à Tanger, mais il faut payer le taxi. J'essaie d'améliorer ma vie, mais c'est de plus en plus difficile », raconte Lina.

Pour rejoindre Tanger et prospecter, la jeune femme doit débourser sept dirhams pour le taxi. Lorsqu'elle parvient à décrocher une journée de travail, elle affirme gagner environ 100 dirhams.

« On n'avait pas peur de la mort »

Face à cette précarité, Lina a décidé de tenter l’une des routes migratoires les plus risquées. Le 30 juillet, elle faisait partie des milliers de Marocains qui ont essayé de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta.

Elle décrit une tentative désespérée, durant laquelle le risque de perdre la vie ne suffisait plus à décourager certains candidats au départ.

« On n'avait pas peur de la mort. C'était soit la frontière s'ouvrait et on passe, soit on meurt. On voyait les morts à côté de nous, mais on voyait Ceuta aussi à côté de nous », se souvient-elle.

Lina explique que sa volonté de quitter le Maroc repose d’abord sur des considérations économiques. Mais elle évoque également un sentiment d’injustice et le manque d’opportunités offertes aux jeunes issus des familles modestes.

« Pour étudier, tu dois soit être riche, soit avoir du réseau. Mais mon père n'a aucun des deux. Comment on fait alors ? », s’interroge-t-elle.

Une jeunesse confrontée au manque de perspectives

Le témoignage de Lina traduit une problématique plus large au Maroc. Pour le sociologue Mehdi Alioua, les difficultés économiques ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer la volonté de certains jeunes de partir coûte que coûte vers l’Europe. Le manque de perspectives et le sentiment de ne pas pouvoir construire leur avenir jouent également un rôle déterminant.

« Ce sont des jeunes qui n'arrivent pas à vivre pleinement leur vie. Ils acceptent moins facilement de ne pas avoir des marges de liberté. La fuite, ce n'est pas que la grogne, c'est le manque d'espoir. C'est de dire, en fait, je préfère être clandestin en Europe », analyse le sociologue.

Les chiffres officiels donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Selon le Haut-Commissariat au plan, environ un jeune Marocain âgé de 15 à 24 ans sur quatre n'est ni en emploi, ni en études, ni en formation. Cette catégorie représenterait près de 1,5 million de jeunes.

Derrière les tentatives de franchissement des frontières se dessine ainsi le malaise d’une partie de la jeunesse marocaine. Pour Lina, comme pour de nombreux candidats au départ, rejoindre l’Europe apparaît désormais comme une possibilité d’échapper à une vie marquée par la précarité et l’absence de perspectives.

 Avec DW

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