Me Aly Fall : « Le jugement reste un acte humain »

Jeudi 22 Janvier 2026

À l’heure où la justice sénégalaise s’engage résolument sur la voie du numérique, une ligne rouge demeure clairement tracée. Lors de la cérémonie de rentrée solennelle des cours et tribunaux, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Aly Fall, a tenu à rappeler un principe fondamental : « le numérique ne remplacera jamais la conscience du juge ». Une mise au point forte, dans un contexte où la transformation numérique du système judiciaire s’impose comme l’un des enjeux majeurs de la modernisation de l’État.

L’essor des technologies de l’information a profondément bouleversé la nature des contentieux portés devant les juridictions. Infractions liées au cyberespace, litiges fondés sur des preuves numériques, atteintes à la vie privée ou aux données personnelles requièrent désormais du juge une expertise renouvelée, sans jamais remettre en cause l’essence même de l’acte de juger.

« Courriels, publications sur les réseaux sociaux, enregistrements électroniques ou données informatiques sont aujourd’hui au cœur de nombreux procès. Leur exploitation exige rigueur et prudence », a souligné Me Aly Fall. Selon lui, le juge reste tenu de vérifier l’authenticité, la légalité et la valeur probante de ces éléments, dans le strict respect des droits de la défense et du principe du contradictoire.

Pour le Bâtonnier, cette mutation impose une adaptation permanente du droit ainsi qu’un renforcement de la formation des magistrats et des auxiliaires de justice, afin que la technologie soit un levier de consolidation de la justice, et non un facteur de fragilisation. Il reconnaît que la dématérialisation des procédures offre des perspectives positives, notamment en matière de célérité du traitement des dossiers, d’amélioration de l’accès à la justice et de transparence des décisions.

Toutefois, Me Aly Fall met en garde contre toute dérive vers une justice automatisée. « Le jugement demeure un acte profondément humain, fondé sur l’analyse des faits, l’écoute des parties et l’application éclairée de la loi », insiste-t-il.

L’intelligence artificielle sous contrôle humain

Abordant la question de l’intelligence artificielle, l’avocat précise que celle-ci peut utilement accompagner le travail judiciaire, notamment dans la recherche juridique ou la gestion des dossiers, sans jamais se substituer à la responsabilité du juge. « La décision de justice engage des valeurs fondamentales  liberté, dignité, équité  qui ne sauraient être déléguées à un algorithme », rappelle Me Aly Fall.

Face à ces défis, il plaide pour le renforcement du cadre juridique, l’investissement dans les infrastructures numériques et la formation continue des acteurs de la justice. Autant de conditions indispensables, selon lui, pour réussir la transition numérique tout en préservant l’indépendance judiciaire et les droits fondamentaux.

Avec seneweb
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