L’ONG Amnesty International a dénoncé, ce 28 octobre, le « rétrécissement des libertés individuelles » au Sénégal, déjà épinglé par la Cour de justice de la Cedeao en mai dernier. La preuve qu’Amnesty a raison ? Sur une trentaine de déclarations de manifestation auprès de l’autorité administrative, au moins 25 seraient interdites.
Le droit de manifester est-il menacé au Sénégal ? À cette question, l’ONG Amnesty International répond par l’affirmative. En visite dans le pays, sa secrétaire générale, Agnès Callamard, a en effet tiré la sonnette d’alarme le 28 octobre, après s’être entretenue avec le Premier ministre, Amadou Ba, avec le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, et avec le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome. Elle estime que le Sénégal s’achemine vers « un régime d’autorisation des manifestations », alors même que les rassemblements politiques sont « primordiaux dans un contexte électoral », le prochain scrutin présidentiel devant avoir lieu en février 2024.
La mauvaise foi de Ismaila Madior Fall
Apportant la réplique à la déclaration de Mme Callamard, le Garde des Sceaux affirme que le Sénégal n’a jamais manqué au respect de ces principes comme le démontrent les statistiques relatives à l’exercice des libertés publiques des quatre dernières années avec les pourcentages d’interdiction de manifestation sur la voie publique et de réunions publiques ».
Pour étayer son argumentaire, Ismaila Madior Fall souligne dans un communiqué publié par ses services que « sur les 4828 déclarations reçues, 108 sont interdites, soit, 2,24% en 2018 ; sur 5535 déclarations, 75 sont interdites, soit 1,36% en 2019 ; sur 2516 déclarations, seules 79 sont interdites, soit 4,33% en 2020 dont la hausse était liée aux mesures restrictives, prises par l’autorité dans le cadre de la proclamation de l’état d’urgence le 30 mars 2020 dans le cadre de la lutte contre la pandémie de COVID-19, telles que l’interdiction des réunions et des rassemblements dans certains lieux publics jusqu’au 05 janvier 2021. Au cours de cette dernière année, 45 interdictions, soit 1,95% sur les 6256 déclarations reçues ».
Les chiffres du ministre de la Justice sur les pourcentages de manifestations autorisées et interdites sont probablement vrais. Mais, ils sont trompeurs et teintés d’une mauvaise foi qui frise le manque de respect. Le garde des Sceaux choisi sciemment d’expliquer la nature des rassemblements qui sont souvent autorisés. Il s’agit en effet de rassemblements qui n’ont souvent rien à voir avec la politique et les combats de la Société civile. Pour la plupart, c’est des fêtes familiales (baptêmes, mariages etc.), des activités religieuses (Thiant, Gamou Magal, Ziarra…), des activités récréatives organisées par des tiers ou associations de quartiers, villes, communes, départements etc. Il y en a des milliers chaque année sur le territoire sénégalais.
Un ratio sur les manifestations politiques ou de la société civile interdites et autorisées par le régime en place ces dernières années édifieraient l’opinion sur la violation des libertés au Sénégal. Sur une trentaine de déclarations de manifestation auprès de l’autorité administrative, au moins 25 seraient interdites, si l’on fait le décompte.
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Marches politiques au Sénégal : Sur 30 manifestations, 25 sont interdites
Mercredi 2 Novembre 2022
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