Face à la multiplication des groupes armés, au terrorisme et à l'évolution des conflits, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies doivent impérativement se réinventer. C'est le message délivré, ce dimanche 25 octobre 2026, par l'ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye, lors d'une intervention à Xiong'an, en Chine. Fort de son expérience à la tête de la MINUSCA, en République centrafricaine, l'ancien Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU a proposé quatre axes de réforme destinés à rendre les missions de paix plus efficaces et mieux adaptées aux réalités du terrain.
Pour Mankeur Ndiaye, les opérations de maintien de la paix demeurent indispensables à la stabilité internationale. Elles ont notamment contribué à protéger des populations civiles, à accompagner des transitions politiques, à soutenir la mise en œuvre d'accords de paix et à stabiliser plusieurs pays en crise. Mais leur environnement a profondément changé. « Le maintien de la paix du XXIe siècle ne peut pas fonctionner avec les instruments du XXe siècle »
L'ancien chef de la MINUSCA estime que les mutations des conflits imposent une transformation des missions des Nations Unies. La fragmentation des groupes armés, la montée du terrorisme, le développement de la criminalité transnationale et la multiplication des trafics compliquent davantage les interventions internationales.
À ces menaces s'ajoutent désormais les campagnes de désinformation et l'utilisation croissante des nouvelles technologies dans les affrontements, notamment les drones et les moyens numériques. « Le maintien de la paix du XXIe siècle ne peut pas fonctionner avec les instruments du XXe siècle », a déclaré Mankeur Ndiaye.
Selon lui, certaines crises contemporaines ne correspondent plus aux situations traditionnelles dans lesquelles les Casques bleus étaient principalement chargés de surveiller un cessez-le-feu ou de séparer des forces adverses.
Pour répondre à ces nouveaux défis, Mankeur Ndiaye propose quatre grandes orientations. La première consiste à replacer la recherche d'une solution politique au cœur des opérations de maintien de la paix. L'ancien diplomate considère que les interventions militaires, aussi nécessaires soient-elles pour protéger les populations, ne peuvent à elles seules garantir une paix durable.
La force peut contribuer à sécuriser des territoires, à protéger les civils et à créer les conditions favorables au dialogue. Mais elle ne saurait remplacer la négociation politique. Mankeur Ndiaye recommande ainsi de renforcer la diplomatie, la médiation et les bons offices, afin de favoriser des solutions négociées aux crises.
Cette approche implique également une meilleure articulation entre les objectifs sécuritaires des missions et les processus politiques engagés dans les pays concernés.
Pour l'ancien responsable onusien, la stabilité durable passe nécessairement par la recherche de compromis politiques et la prise en compte des causes profondes des conflits.
Des mandats adaptés aux moyens disponibles
Le deuxième axe défendu par Mankeur Ndiaye concerne l'adéquation entre les missions confiées aux forces de maintien de la paix et les ressources mises à leur disposition. L'ancien chef de la MINUSCA souligne que les opérations onusiennes sont parfois confrontées à un décalage entre l'ampleur de leurs responsabilités et les moyens humains, financiers et matériels disponibles.
Pour l'ancien chef de la MINUSCA, une opération de paix ne peut durablement réussir si elle est perçue comme éloignée des préoccupations des habitants. La protection des civils doit ainsi demeurer une priorité, tout comme la sécurité des personnels engagés dans les opérations. « Le meilleur succès des Nations Unies, c'est parfois la mission qu'elles n'ont pas eu besoin de déployer »
Dans son intervention, Mankeur Ndiaye a également insisté sur la nécessité de renforcer la prévention des conflits. Selon lui, la communauté internationale doit agir suffisamment tôt pour empêcher l'aggravation des tensions et préserver les possibilités de dialogue. Il considère que la médiation et les initiatives diplomatiques doivent intervenir avant que les positions des parties deviennent irréconciliables. « Le meilleur succès des Nations Unies n'est pas toujours la mission de paix qu'elles déploient. C'est parfois la mission qu'elles n'ont pas eu besoin de déployer parce que la diplomatie a fonctionné à temps », a-t-il déclaré.
Mankeur Ndiaye à l’ONU : « Le maintien de la paix du XXIe siècle ne peut pas fonctionner avec les instruments du XXe siècle »
Dimanche 25 Octobre 2026
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