Mali : neuf civils, dont quatre enfants, tués par des paramilitaires russes selon HRW

Dimanche 23 Aout 2026

Human Rights Watch (HRW) accuse des membres de l’Africa Corps, force paramilitaire russe présente au Mali, d’avoir tué sommairement neuf civils, dont quatre enfants, dans la région de Mopti. Selon l’organisation de défense des droits humains, les faits se seraient déroulés en présence de militaires maliens. Des dizaines d’autres personnes auraient été battues et plusieurs habitations incendiées.

Human Rights Watch met une nouvelle fois en cause les forces russes engagées aux côtés de l’armée malienne. Dans un communiqué publié jeudi, l’organisation affirme que des combattants de l’Africa Corps ont exécuté neuf civils, parmi lesquels quatre enfants, au cours d’une opération menée dans le village de Bombori, dans la région de Mopti.

Les faits rapportés par HRW se seraient produits le 10 juillet 2026. Plus d’une centaine de combattants de l’Africa Corps auraient investi le village avant de rassembler au moins 80 hommes et garçons.

Selon les témoignages recueillis par l’organisation entre le 19 et le 30 juillet, plusieurs personnes auraient ensuite été interrogées sur leurs éventuels liens avec des groupes armés opérant dans la région.

Des civils battus et exécutés, selon HRW

HRW affirme que des hommes et des garçons ont été violemment battus au cours de ces interrogatoires, qui se seraient déroulés en présence de soldats maliens.

Six civils auraient été abattus alors qu’ils tentaient de prendre la fuite. Trois autres personnes auraient été arrêtées avant d’être exécutées. Selon HRW, l’une des victimes aurait été décapitée.

L'organisation fait également état de dizaines de personnes battues et d’au moins huit maisons incendiées au cours de l’opération.

« Le gouvernement militaire malien semble avoir donné le feu vert aux forces du Corps russe d’Afrique pour tuer des civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse principale sur le Sahel à Human Rights Watch.

Pour la responsable de HRW, Bamako ne peut se dégager de ses obligations en confiant une partie de ses opérations militaires à des forces étrangères.

« Les autorités maliennes ne peuvent se soustraire à leur responsabilité légale en laissant les atrocités à l’Africa Corps », a-t-elle ajouté, appelant à l’ouverture d’une enquête « rapidement et impartialement » et à ce que tous les responsables présumés, y compris au sein des forces maliennes, rendent des comptes.

Le JNIM absent du village au moment des faits, selon des habitants

Bombori se trouve dans une région fortement affectée par les activités des groupes armés. Des habitants interrogés par HRW affirment que le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, exerce une influence sur le village depuis 2017.

Toutefois, toujours selon les témoignages rapportés par l’organisation, aucun combattant du JNIM ne se trouvait dans le village au moment de l’opération incriminée.

Ces nouvelles accusations interviennent dans un contexte déjà marqué par de précédentes allégations de violations des droits humains impliquant les forces russes au Mali. HRW avait notamment accusé l’Africa Corps d’avoir tué des civils lors d’une frappe aérienne en juillet.

La Russie, partenaire militaire majeur de Bamako

Depuis le début de la crise sécuritaire en 2012, le Mali est confronté à plusieurs insurrections et à l'expansion de groupes armés, notamment ceux affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique.

Après la dégradation des relations entre Bamako et plusieurs partenaires occidentaux, particulièrement la France, les autorités maliennes se sont fortement rapprochées de Moscou.

La Russie est ainsi devenue l’un des principaux partenaires militaires du Mali. Après plusieurs années de présence du Groupe Wagner, l’Africa Corps a progressivement pris une place centrale dans le dispositif russe dans le pays.

Les autorités maliennes présentent cette coopération comme un élément essentiel de leur stratégie visant à restaurer la souveraineté nationale et à reconquérir les territoires affectés par les groupes armés.

Les accusations de Human Rights Watch viennent cependant relancer la question du comportement des forces engagées dans les opérations antiterroristes et de la protection des populations civiles.

HRW réclame désormais des investigations sur les événements de Bombori et demande que les responsabilités éventuelles des membres de l’Africa Corps comme des forces maliennes soient établies.
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