Mali : les secrets de l’exil algérien de l’imam Mahmoud Dicko

Dimanche 9 Aout 2026

Depuis son départ du Mali en décembre 2023, l’imam Mahmoud Dicko vit en Algérie, loin de la scène politique malienne sur laquelle il a longtemps exercé une influence considérable. Mais derrière les apparitions officielles aux côtés des autorités algériennes se dessine une réalité beaucoup plus complexe, marquée par une surveillance étroite et un rôle politique devenu particulièrement délicat.

La dernière apparition publique de l’ancien président du Haut Conseil islamique du Mali remonte au 27 mai, à l’occasion de l’Aïd al-Adha. Il avait alors été filmé dans la Grande Mosquée d’Alger aux côtés du président Abdelmadjid Tebboune.D'après Jeune Afrique,  quelques semaines auparavant, Dicko avait reçu dans cette même mosquée des ouvrages consacrés à l’émir Abdelkader ainsi qu’un boubou blanc ayant appartenu à cette figure historique de la résistance algérienne.

Mais cette proximité avec le pouvoir algérien ne signifie pas nécessairement que l’imam dispose d’une totale liberté de mouvement. Selon des sources citées dans le document, Mahmoud Dicko serait placé sous une surveillance rapprochée. « Les chauffeurs, les gardiens, toutes les personnes qui l’entourent, dépendent des services de renseignements algériens », affirme notamment une source malienne. Il résiderait dans une propriété gérée par les services de sécurité algériens.

Un sentiment d’être « piégé »

Cette situation aurait été particulièrement perceptible lors de son déplacement en Mauritanie, en février dernier, pour participer à une conférence consacrée à la promotion de la paix. Mahmoud Dicko avait effectué le voyage à bord de l’avion présidentiel algérien et plusieurs agents des renseignements figuraient dans la délégation qui l’accompagnait.

En marge de cette rencontre, l’imam aurait confié à un proche du pouvoir mauritanien son malaise et son sentiment d’être « piégé » en Algérie. Son interlocuteur lui aurait proposé de faciliter son départ vers une autre destination. Dicko aurait toutefois refusé, estimant qu’une telle démarche ne pouvait être entreprise sans l’accord préalable des autorités algériennes.

Pour une source citée dans le document, l’imam reste néanmoins une pièce importante dans les calculs politiques régionaux : « Dicko est une carte maîtresse pour l’Algérie qui veut l’utiliser pour l’après-junte car il est le seul qui a la capacité de discuter avec tout le monde en vue d’un éventuel dialogue inclusif. »



Malgré son exil, Mahmoud Dicko continue de recevoir des opposants maliens à Alger. Certains le considèrent comme l’un des rares acteurs capables de conserver une influence sur les équilibres politiques maliens, même à distance. Des responsables de l’opposition en exil sont notamment venus lui présenter des projets visant à fédérer les différentes composantes de l’opposition contre la junte dirigée par Assimi Goïta.

L’imam aurait toutefois rapidement exprimé des réserves sur cette dynamique. Il aurait fait part de son « incompréhension sur le mouvement » et expliqué avoir le sentiment d’avoir été entraîné dans une initiative dont il ne maîtrisait pas totalement les contours. Son rôle, selon Étienne Fakaba Sissoko, devait davantage être celui d’un « référent républicain » que celui d’un dirigeant politique.

Entre Alger, Rabat et Bamako

L’exil de Mahmoud Dicko s’inscrit également dans une rivalité diplomatique plus large entre l’Algérie et le Maroc. Le religieux malien a entretenu pendant des années des relations avec les deux pays, cultivant une position d’équilibre qui lui avait permis de bâtir d’importants réseaux régionaux.

Ses relations avec Rabat étaient notamment anciennes. Après la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, le Maroc avait cherché à comprendre les nouveaux rapports de force au Mali et avait accordé une attention particulière à l’imam, considéré comme un interlocuteur capable d’éclairer la situation politique.

De son côté, Alger avait également maintenu le contact avec Dicko. Après le second coup d’État de 2021, le ministre algérien des Affaires étrangères de l’époque, Ramtane Lamamra, avait rencontré l’imam à Bamako pour recueillir sa lecture de la situation. Dicko se disait alors capable de contenir les militaires et de préserver les équilibres politiques.

Une analyse qui, avec le recul, s’est révélée trop optimiste. Les militaires ont progressivement marginalisé l’imam, tandis que les relations entre Bamako et Alger se sont fortement dégradées.

Aujourd’hui, Mahmoud Dicko se retrouve donc dans une position paradoxale : figure toujours influente auprès de plusieurs acteurs maliens, mais éloignée de son pays et étroitement encadrée en Algérie. Cinq ans après les bouleversements politiques qui ont profondément transformé le Mali, l’ancien homme fort du paysage religieux malien demeure au cœur des calculs politiques régionaux, sans toutefois disposer de la liberté d’action qu’il avait autrefois à Bamako.
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