Mali : après Dioura, la multiplication des attaques jihadistes inquiète Bamako

Jeudi 24 Septembre 2026

Le Mali fait face à une nouvelle séquence particulièrement meurtrière de la guerre contre les groupes jihadistes. L’attaque du camp militaire de Dioura, le 10 septembre, a fait plus d’une centaine de morts dans les rangs des Forces armées maliennes (FAMa), selon plusieurs sources concordantes. Ce revers, suivi de nouvelles opérations contre des positions stratégiques, pousse l’état-major à revoir son dispositif sécuritaire dans le centre du pays.

L’assaut contre Dioura, dans la région de Mopti, apparaît comme l’un des plus lourds revers subis récemment par l’armée malienne. Le 10 septembre, des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont attaqué la garnison en nombre, prenant les militaires en tenaille.

Selon l’AFP, qui cite des sources militaire, sécuritaire et locale, au moins 100 soldats maliens et cinq membres russes de l’Africa Corps ont été tués. Reuters rapporte de son côté des estimations allant de 120 à 130 militaires maliens morts. Bamako n’a, à ce jour, communiqué aucun bilan chiffré officiel.

Le JNIM avance des chiffres encore plus élevés. Le groupe affirme avoir tué 150 militaires et capturé 93 soldats. Ces données, diffusées par l’organisation jihadiste, n’ont pas été vérifiées de manière indépendante. L’armée malienne a néanmoins reconnu avoir enregistré des pertes au cours des combats et de la contre-offensive qui s’est prolongée pendant plus d’une semaine.

Un important arsenal emporté

Au-delà des pertes humaines, l’attaque de Dioura a permis aux assaillants de mettre la main sur un important stock d’armes et de matériel militaire.

Dans sa revendication, le JNIM affirme avoir saisi notamment six véhicules militaires, dix motos, des mitrailleuses lourdes, plus de 200 fusils d’assaut Kalachnikov, des lance-roquettes RPG, des mortiers et un canon SPG. Des images de propagande diffusées après l’attaque montrent une partie de cet arsenal, même si l’ensemble des quantités revendiquées ne peut être confirmé indépendamment.

Les FAMa ont lancé leur riposte après l’assaut. L’état-major a annoncé des opérations terrestres et aériennes et affirmé avoir mené des frappes contre des positions jihadistes autour de Dioura. Le 19 septembre encore, l’armée disait poursuivre des opérations contre des positions résiduelles des assaillants.

Dioura, une position régulièrement attaquée

La vulnérabilité de Dioura n’est pas nouvelle. Cette garnison du cercle de Ténenkou, dans le delta intérieur du Niger, a déjà été la cible de plusieurs attaques au cours des dernières années.

Le terrain complique considérablement la défense du secteur. Entre zones inondables, chenaux et végétation, les groupes armés disposent d’une forte mobilité, notamment à moto. Les forces régulières restent davantage tributaires des axes routiers pour acheminer hommes, matériel et ravitaillement.

Cette configuration permet aux combattants jihadistes de harceler les positions militaires, d’isoler certaines garnisons puis de concentrer rapidement leurs forces avant de se disperser.

Après Dioura, Sévaré également ciblée

L’offensive ne s’est pas arrêtée à Dioura. Le JNIM a également multiplié les opérations contre d’autres positions militaires dans le centre du Mali.

La zone de Sévaré, qui abrite notamment des installations militaires et où sont présents des éléments russes de l’Africa Corps, a été visée à plusieurs reprises. Le JNIM a revendiqué des frappes contre l'aéroport et affirmé avoir détruit plusieurs équipements militaires, notamment des drones. Ces affirmations n’ont toutefois pas pu être confirmées indépendamment. Reuters rapporte également plusieurs nuits de tirs contre la zone aéroportuaire.

La succession des attaques contre Dioura, Sévaré et d’autres positions du centre du pays montre la capacité du JNIM à mener des opérations contre des installations militaires importantes malgré le renforcement des FAMa et leur coopération avec les forces russes.

Assimi Goïta réunit les responsables sécuritaires

Face à la dégradation de la situation, le général Assimi Goïta a réuni, le 20 septembre à Bamako, les principaux responsables militaires et sécuritaires du pays pour examiner la situation.

Aucune décision détaillée n’a été rendue publique à l’issue de cette rencontre. Mais la multiplication des attaques alimente les interrogations sur une possible réorganisation du dispositif militaire dans le centre du Mali.

Dans son discours prononcé à l’occasion de la fête de l’indépendance, le 21 septembre, Assimi Goïta n’a pas donné de bilan précis de l’attaque de Dioura. Il a rendu hommage aux soldats tombés au combat et annoncé sa volonté de renforcer la lutte contre les groupes armés.

La question dépasse désormais le seul sort du camp de Dioura. L’ampleur des pertes, la capture de militaires et d'armements ainsi que la capacité du JNIM à frapper plusieurs sites stratégiques placent l’état-major malien devant un défi majeur : adapter son dispositif à un adversaire capable de concentrer rapidement ses combattants, de s’emparer de matériel militaire et de multiplier les attaques sur plusieurs fronts.
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