Le climat politique sénégalais suscite de plus en plus d’inquiétudes chez certains observateurs de la vie démocratique. Dans une publication sur le réseau social X, Alioune Tine a exprimé ses craintes face à ce qu’il considère comme une dérive institutionnelle progressive, marquée selon lui par la montée du populisme et des tensions au sommet de l’État.
À l’origine de cette alerte, l’utilisation jugée excessive de la procédure d’urgence à l’Assemblée nationale. Pour le fondateur du think-tank Afrikajom Center, le pouvoir législatif serait aujourd’hui mobilisé pour satisfaire les « quatre volontés » d’un leader politique sur des questions démocratiques sensibles, au détriment du contrat social et de l’équilibre institutionnel. « On assiste, tous impuissants, à une confrontation d’ambitions présidentielles. Le résultat : un basculement politique et institutionnel majeur qui révèle au grand jour le caractère hybride de la Constitution sénégalaise : présidentialiste certes, mais aussi parlementaire », analyse Alioune Tine. Selon lui, le Sénégal serait en train de quitter progressivement le modèle d’hyper-présidentialisme hérité de l’ère de Léopold Sédar Senghor pour glisser vers ce qu’il qualifie de « despotisme parlementaire ». Une évolution qu’il considère comme une « anomalie démocratique » susceptible de fragiliser durablement les institutions du pays.
L’analyste pointe également le paradoxe d’une crise opposant des responsables issus du même camp politique. À ses yeux, cette situation nourrit une désorientation de l’action publique où ni le président Bassirou Diomaye Faye, ni le Premier ministre Ousmane Sonko, ni même le pays ne sortiraient gagnants. Il redoute par ailleurs une paralysie de l’État aux conséquences « catastrophiques ».
Plus préoccupant encore, Alioune Tine établit un parallèle avec la crise politique de décembre 1963 ayant opposé Léopold Sédar Senghor à Mamadou Dia, estimant que le Sénégal traverse un climat institutionnel rappelant certaines tensions du passé.
Face à ce qu’il considère comme une crise de maturité démocratique, le défenseur des droits humains appelle à une désescalade politique et à l’ouverture d’un dialogue national. Il exhorte les acteurs politiques à suspendre les polémiques et à privilégier le consensus sur les grandes questions démocratiques afin d’éviter une crise institutionnelle majeure. « Il ne reste qu’une seule solution : dialoguer », dit-il.