Mutilations génitales féminines au Sénégal : 27 ans après la loi, la pratique persiste encore

Mercredi 17 Juin 2026

Vingt-sept ans après l’adoption de la loi interdisant les mutilations génitales féminines (MGF) au Sénégal, la pratique reste encore une réalité dans certaines zones du pays. Une situation qui met en lumière les difficultés d’application de la législation et la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention, de protection et de sensibilisation auprès des communautés.
 

Pour réfléchir aux obstacles qui freinent l’effectivité de cette loi, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), a réuni plusieurs acteurs à Saly (Mbour) dans le cadre d’un atelier consacré aux défis liés à la lutte contre les mutilations génitales féminines. Pour la présidente de la CNDH, le Pr Amsatou Sow Sidibé, l’urgence demeure d’éradiquer une pratique considérée comme une violation grave des droits humains. « C’est une pratique qu’il faut abolir. Il y a une loi depuis vingt-sept ans et jusqu’à présent, cette pratique est importante dans certaines zones du pays », a-t-elle déclaré.
 

Selon elle, l’un des principaux problèmes reste le faible recours à la justice malgré l’existence de la loi. « On n’a même pratiquement pas de décisions de justice parce que la justice n’est pas saisie. Alors que la pratique, elle est là », a regretté la présidente de la Commission nationale des droits de l’homme, estimant que ces actes continuent d’avoir des conséquences profondes sur la société.
 

Au-delà de la réponse judiciaire, les acteurs engagés dans la lutte insistent sur la nécessité d’un travail de proximité avec les populations. La sensibilisation des communautés apparaît comme un levier essentiel pour déconstruire certaines normes sociales et encourager les victimes ou témoins à signaler les cas. « Nous sensibilisons parce qu’il faut aller vers les communautés pour parler et dire que ce sont des cas de violation des droits de l’homme qui sont graves et que c’est justiciable devant les juridictions », a expliqué le Pr Amsatou Sow Sidibé.
 

Mais la lutte reste confrontée à plusieurs obstacles, notamment le poids des traditions, la peur de dénoncer et le silence entretenu au sein de certaines familles. « Nous savons comment ça se passe. Il y a les obstacles d’ordre socioculturel, il y a les familles qui cachent ces pratiques, et ça, ça pose problème », a-t-elle souligné.
Face à cette persistance, les défenseurs des droits humains appellent à une mobilisation renforcée afin que la loi de 1999 ne reste pas seulement un texte juridique, mais devienne un véritable outil de protection pour les femmes et les filles exposées aux mutilations génitales.

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