Jeu, maîtrise et humilité : la méthode Pape Thiaw

Dimanche 18 Janvier 2026

Moins de deux ans après avoir pris la suite d’Aliou Cissé, Pape Thiaw va disputer sa première finale de CAN à la tête des Lions du Sénégal. Ancien attaquant discret devenu meneur d’hommes respecté, et amoureux du jeu, il a su imposer sa vision tout en fédérant un groupe rajeuni et ambitieux. Portrait d’un sélectionneur qui fait l’unanimité par sa méthode.

On l’imagine d’ici ! Ce dimanche 18 janvier, le décor est planté à Rabat. La capitale marocaine flamboie, les drapeaux rouges claquent, brassant les rêves de trophée. Le tumulte d’une finale inonde la ville. Le stade est prêt à s’embrasser et attend les 22 acteurs. À bout du tunnel, dans le calme qu’il influe à son vestiaire, Pape Thiaw parle. Sa voix est basse, mais chaque mot pèse. Il est loin le temps où, adjoint, il observait, notait, se préparait. Ce dimanche soir, il est le chef d’orchestre. Le sélectionneur qui veut donner aux Lions leur deuxième étoile.

Fan du Barça
Le Sénégal, champion d’Afrique en 2022, est de retour en finale pour la quatrième fois. Mais cette fois, Aliou Cissé, acteur principal des trois premières, n’aura pas son nom sur le générique. Son héritier, c’est Thiaw, celui que personne n’attendait si vite, si haut. Pour tout dire, peu de gens le voyaient sur le bord du terrain. « Quand on était joueur, je ne l’aurais jamais imaginé entraineur, avoue Alassane Ndour, ex-coéquipier en sélection de Thiaw. Mais au fil du temps, on a senti qu’il pouvait faire ce métier parce que c'est quelqu'un qui regarde les choses en profondeur, les matchs avec un œil avisé, en faisant attention à tous les détails. Il arrive souvent à prédire l’issue d’une rencontre quand on regarde un match ensemble ».



Les matchs du FC Barcelone surtout. Car Pape Thiaw s’est nourri à la sauce catalane, le football en mouvement perpétuel, le foot de possession. Le jeu du Sénégal qui respire, qui prend le temps, qui fait confiance à l’intelligence, porte incontestablement sa signature.

Arrivé presque sur la pointe des pieds après la longue ère Aliou Cissé, Pape Thiaw, a vite fait consensus : une qualification sans faute, une équipe régénérée, et un vestiaire rassemblé autour d’un projet clair. « Je veux une équipe dominante », a-t-il posé d’emblée. Mais la domination, chez lui, n’est pas affaire de muscles ou de slogans. Il cherche la maîtrise, la capacité à dicter le tempo, à jouer en bloc, à ressortir proprement, à faire tourner, à ouvrir des espaces.


Homme de peu de mots, « mauvais client » diraient les journalistes, Thiaw préfère les actes aux discours. Sauf quand son équipe est mise en danger comme lors de l’arrivée mouvementée des Lions à Rabat. Sa force, selon ceux qui le connaissent, c’est d’abord sa capacité à fédérer, à créer un groupe solidaire où chaque joueur, cadre ou remplaçant, trouve sa place et son importance.

Alassane Ndour, son ami et ancien coéquipier, souligne cette dimension :« Sa première qualité, c’est l’humilité. Il est humble, loyal, patient. Il sait fédérer, il sait s’adapter. »  

« L’intelligence de Pape, c'était d'avoir été aussi dans la continuité d’Aliou Cissé, mais aussi d'amener ses idées, et son fonctionnement, renchérit Habib Bèye, membre également de la génération 2002.

S’il a bénéficié d’un coup de pouce de la loi du foot en passant d’adjoint de Cissé à son successeur, Pape Thiaw a dû « ramper » selon ses propres mots, pour arriver là où il est. « J’ai vu Pape, et je sais d'où Pape est parti, je sais ce qu'il a fait avant, témoigne Habib Bèye. Aujourd'hui, il s’est construit pour être là où il est, et il le mérite. »


L’ancien attaquant de Metz est parti d’un limogeage « pour insuffisance de résultats » pour son premier job d’entraîneur dans le club dakarois de Niarry Tally. « Récupéré « par Joseph Koto pour le seconder en équipe nationale locale, il lui succède après la mort de celui-ci, victime d’un malaise. Il gagnera son premier tournoi, le Chan 2023 en Algérie.



Dans le vestiaire aujourd’hui, il fédère sans bruit. Il rappelle à tous – même aux stars – que le football est une affaire de groupe. Khalilou Fadiga apprécie : « Il arrive à transcender ceux qui sont sur le terrain et à faire comprendre à ceux qui sont sur le banc qu’ils ne sont pas simplement des remplaçants, mais de véritables potentiels titulaires. C’est là, selon moi, toute sa force : mettre tout le monde sur le même pied. »

Rien de surprenant pour celui qui a connu souvent la position du remplaçant en équipe du Sénégal lors des années fastes de la génération 2002. Alassane Ndour se rappelle :« Un jour, Pape avait senti un complexe de supériorité chez un de nos coéquipiers titulaires. Il lui a dit : ‘’Aujourd'hui, tu es titulaire, demain, tu peux être remplaçant. Respecte aussi les gens qui sont sur le banc. Il ne faut pas séparer les titulaires des remplaçants, il faut parler de groupe »

Dimanche, c’est son groupe de « 28 titulaires » qui défiera tout un peuple rouge pour tenter de décrocher une deuxième étoile. 

RFI
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