Près de deux tiers des avortements pratiqués au Sénégal sont faits par des personnes non qualifiées et sont considérés comme présentant un très haut risque. D’après la dernière étude menée par la Task force-Comité de plaidoyer sur la santé de la reproduction des femmes et des filles au Sénégal en 2023, sur les 244 femmes détenues dans l’ensemble des établissements pénitentiaires, 22,3% sont poursuivies pour infanticide et 22% pour avortement clandestin. L’application de la loi sur l’avortement médicalisé en cas de viol et d’inceste ne s’imposerait-elle pas pour freiner l’hémorragie ?
La législation du Sénégal sur l’avortement est l’une des plus restrictives du monde. Très souvent, des interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont effectuées de manière clandestine, donc non sécurisée. Selon les dernières statistiques de la Task force de 2023, sur les 244 filles et femmes détenues dans les prisons, 22,3% sont poursuivies pour infanticide et 22% pour avortement clandestin. L’étude menée dans l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays a montré que la majeure partie des détenues concernées sont issues de milieux modestes. À en croire la Task force, c’est dans les zones rurales que le phénomène est plus récurrent.
Dans ce contexte, les membres de la Task force ont relancé, ce jeudi 25 juillet, un plaidoyer pour une meilleure application de la loi sur l’avortement médicalisé. Il ressort de leur enquête que, chaque année, plus de 51 500 avortements sont provoqués au Sénégal. La majeure partie de ces avortements sont pratiqués dans la clandestinité, par des personnes non qualifiées, dans des conditions très risquées.
Lors de leur rencontre avec la presse, les membres du Comité de plaidoyer pour la santé de la reproduction des femmes et des filles au Sénégal ont pointé un doigt accusateur sur l’État, accusé de détourner le regard sur ce drame humain.
Selon Maputo, extrait de l’article 14 c, il est dit que les États doivent autoriser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé physique et mentale de la femme enceinte.
Cependant, l’étude de la Task force révèle que les procédures d’avortement médicalisé sont très longues. Le cas de la petite fille de 10 ans violée et tombée enceinte à Pikine en est une parfaite illustration. Cette dernière a été contrainte d’accoucher de jumeaux malgré son jeune âge. Le parquet a refusé d’autoriser l’avortement médicalisé.
Aly Sarr, membre de la Task force, s’insurge contre ces pratiques et demande à l’État de revoir ses priorités. « Il ne s’agit pas de faire la promotion de l’avortement, mais d’éviter des drames humains. Une fille de 10 ans n’a pas les capacités physiques ni mentales pour continuer une grossesse. Les femmes et les filles victimes de viol ou d’inceste sont souvent stigmatisées et rejetées par leur propre famille. C’est inhumain de les obliger à garder une grossesse qu’elles n’ont pas désirée. »
Il dénonce l’attitude de l’État et des professionnels de santé qui n’appliquent pas la loi sur l’avortement médicalisé prévue pour accompagner ces femmes et ces jeunes filles victimes d’inceste ou de viol.
« C’est un jugement dans une société très conservatrice qui pousse les victimes à se terrer dans le silence. Nous avons fait des descentes dans plusieurs régions du pays. Les femmes sont informées de leurs droits, mais elles ne peuvent pas les exercer. »
Il rappelle que l’application de la loi ne signifie pas qu’il y aura plus d’avortements, mais que ceux qui sont déjà pratiqués se feront dans de meilleures conditions.
Pour la plupart des avocats interrogés, le refus de l’application de la loi sur l’avortement médicalisé s’explique par des pesanteurs sociales et religieuses. Cela crée une injustice sociale et des drames humains évitables. Le cas des 244 femmes détenues dont une bonne partie sont poursuivies pour avortement clandestin ou infanticide est édifiant.
La Task force exige la vulgarisation de la loi sur l’avortement médicalisé. Le président de la Task force, Alioune Sarr, précise que les autorités judiciaires et sanitaires doivent accompagner les femmes dans le respect de la loi. Il regrette que les cas d’avortement médicalisé soient toujours bloqués au niveau du ministère de la Santé.
Selon Mme Sarr, il est temps que le Sénégal assume ses engagements internationaux.
Même sentiment chez les femmes leaders communautaires comme les « Badienou Gox » qui dénoncent l’inaction des autorités.
Ngoné Sarr, présidente des « Badienou Gox » de Ouakam, estime que l’État doit permettre aux professionnels de la santé de faire leur travail dans les règles. Elle cite le cas d’une fillette de 9 ans violée et décédée lors de l’accouchement : « Écoutez bien ! Je vous dis que 506 filles enceintes suite à un viol ou à un inceste ont été recensées dans les hôpitaux ces dernières années. Une bonne partie d’entre elles sont mortes des suites de l’accouchement. C’est une honte pour ce pays. J’ai reçu une fille de 9 ans qui a été violée et qui est morte en accouchant. »
Ndeye Madjiguène Sarr, coordonnatrice de la boutique de droit de Pikine, témoigne :
« Une jeune fille de 10 ans violée a accouché de jumeaux… » « Récemment, on a vu que la justice a laissé une jeune fille de 10 ans, victime de viol, accoucher de jumeaux. C’est inacceptable. Une fillette de 10 ans ne peut pas avoir les moyens physiques et mentaux de faire face à une grossesse. Elle a été obligée d’aller jusqu’au bout de cette obligation de continuer la grossesse. »
Les responsables de la Task force déplorent que les procédures soient longues et peu connues du public. Ils appellent l’État à revoir urgemment le circuit de l’autorisation judiciaire et médicale de l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste. En attendant, le Comité de plaidoyer multiplie les actions pour une application effective de la loi.
Ngoné Sarr, présidente des « Badienou Gox » de Ouakam :« J’avais reçu une fillette de 09 ans qui a été violée et qui est décédée lors de l’accouchement… »
« En tant que Badienou Gox à Ouakam, j’ai vu des choses terribles. J’ai reçu une fillette de 9 ans violée par un membre de sa famille. Elle est tombée enceinte. Malgré les alertes et les demandes d’avortement médicalisé, elle a été obligée de garder la grossesse. Vous vous imaginez ce que ça veut dire ? Elle est décédée à l’accouchement. Voilà ce que nous vivons dans ce pays. »
« Les avortements représentent 15% des décès maternels. Ce sont les femmes pauvres qui en meurent le plus souvent. » Pour rappel, le Sénégal a ratifié le protocole de Maputo en 2004. Ce texte contraint les États africains à autoriser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste et de danger pour la vie de la mère. Ce protocole reste toujours inappliqué dans notre pays.
« On ne peut pas autoriser une fille de 9 ans à accoucher alors qu’elle a été violée. Il faut que l’État assume ses responsabilités et que les professionnels de santé soient formés », a rappelé Alioune Sarr.
Liberation
La législation du Sénégal sur l’avortement est l’une des plus restrictives du monde. Très souvent, des interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont effectuées de manière clandestine, donc non sécurisée. Selon les dernières statistiques de la Task force de 2023, sur les 244 filles et femmes détenues dans les prisons, 22,3% sont poursuivies pour infanticide et 22% pour avortement clandestin. L’étude menée dans l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays a montré que la majeure partie des détenues concernées sont issues de milieux modestes. À en croire la Task force, c’est dans les zones rurales que le phénomène est plus récurrent.
Dans ce contexte, les membres de la Task force ont relancé, ce jeudi 25 juillet, un plaidoyer pour une meilleure application de la loi sur l’avortement médicalisé. Il ressort de leur enquête que, chaque année, plus de 51 500 avortements sont provoqués au Sénégal. La majeure partie de ces avortements sont pratiqués dans la clandestinité, par des personnes non qualifiées, dans des conditions très risquées.
Lors de leur rencontre avec la presse, les membres du Comité de plaidoyer pour la santé de la reproduction des femmes et des filles au Sénégal ont pointé un doigt accusateur sur l’État, accusé de détourner le regard sur ce drame humain.
Selon Maputo, extrait de l’article 14 c, il est dit que les États doivent autoriser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé physique et mentale de la femme enceinte.
Cependant, l’étude de la Task force révèle que les procédures d’avortement médicalisé sont très longues. Le cas de la petite fille de 10 ans violée et tombée enceinte à Pikine en est une parfaite illustration. Cette dernière a été contrainte d’accoucher de jumeaux malgré son jeune âge. Le parquet a refusé d’autoriser l’avortement médicalisé.
Aly Sarr, membre de la Task force, s’insurge contre ces pratiques et demande à l’État de revoir ses priorités. « Il ne s’agit pas de faire la promotion de l’avortement, mais d’éviter des drames humains. Une fille de 10 ans n’a pas les capacités physiques ni mentales pour continuer une grossesse. Les femmes et les filles victimes de viol ou d’inceste sont souvent stigmatisées et rejetées par leur propre famille. C’est inhumain de les obliger à garder une grossesse qu’elles n’ont pas désirée. »
Il dénonce l’attitude de l’État et des professionnels de santé qui n’appliquent pas la loi sur l’avortement médicalisé prévue pour accompagner ces femmes et ces jeunes filles victimes d’inceste ou de viol.
« C’est un jugement dans une société très conservatrice qui pousse les victimes à se terrer dans le silence. Nous avons fait des descentes dans plusieurs régions du pays. Les femmes sont informées de leurs droits, mais elles ne peuvent pas les exercer. »
Il rappelle que l’application de la loi ne signifie pas qu’il y aura plus d’avortements, mais que ceux qui sont déjà pratiqués se feront dans de meilleures conditions.
Pour la plupart des avocats interrogés, le refus de l’application de la loi sur l’avortement médicalisé s’explique par des pesanteurs sociales et religieuses. Cela crée une injustice sociale et des drames humains évitables. Le cas des 244 femmes détenues dont une bonne partie sont poursuivies pour avortement clandestin ou infanticide est édifiant.
La Task force exige la vulgarisation de la loi sur l’avortement médicalisé. Le président de la Task force, Alioune Sarr, précise que les autorités judiciaires et sanitaires doivent accompagner les femmes dans le respect de la loi. Il regrette que les cas d’avortement médicalisé soient toujours bloqués au niveau du ministère de la Santé.
Selon Mme Sarr, il est temps que le Sénégal assume ses engagements internationaux.
Même sentiment chez les femmes leaders communautaires comme les « Badienou Gox » qui dénoncent l’inaction des autorités.
Ngoné Sarr, présidente des « Badienou Gox » de Ouakam, estime que l’État doit permettre aux professionnels de la santé de faire leur travail dans les règles. Elle cite le cas d’une fillette de 9 ans violée et décédée lors de l’accouchement : « Écoutez bien ! Je vous dis que 506 filles enceintes suite à un viol ou à un inceste ont été recensées dans les hôpitaux ces dernières années. Une bonne partie d’entre elles sont mortes des suites de l’accouchement. C’est une honte pour ce pays. J’ai reçu une fille de 9 ans qui a été violée et qui est morte en accouchant. »
Ndeye Madjiguène Sarr, coordonnatrice de la boutique de droit de Pikine, témoigne :
« Une jeune fille de 10 ans violée a accouché de jumeaux… » « Récemment, on a vu que la justice a laissé une jeune fille de 10 ans, victime de viol, accoucher de jumeaux. C’est inacceptable. Une fillette de 10 ans ne peut pas avoir les moyens physiques et mentaux de faire face à une grossesse. Elle a été obligée d’aller jusqu’au bout de cette obligation de continuer la grossesse. »
Les responsables de la Task force déplorent que les procédures soient longues et peu connues du public. Ils appellent l’État à revoir urgemment le circuit de l’autorisation judiciaire et médicale de l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste. En attendant, le Comité de plaidoyer multiplie les actions pour une application effective de la loi.
Ngoné Sarr, présidente des « Badienou Gox » de Ouakam :« J’avais reçu une fillette de 09 ans qui a été violée et qui est décédée lors de l’accouchement… »
« En tant que Badienou Gox à Ouakam, j’ai vu des choses terribles. J’ai reçu une fillette de 9 ans violée par un membre de sa famille. Elle est tombée enceinte. Malgré les alertes et les demandes d’avortement médicalisé, elle a été obligée de garder la grossesse. Vous vous imaginez ce que ça veut dire ? Elle est décédée à l’accouchement. Voilà ce que nous vivons dans ce pays. »
« Les avortements représentent 15% des décès maternels. Ce sont les femmes pauvres qui en meurent le plus souvent. » Pour rappel, le Sénégal a ratifié le protocole de Maputo en 2004. Ce texte contraint les États africains à autoriser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste et de danger pour la vie de la mère. Ce protocole reste toujours inappliqué dans notre pays.
« On ne peut pas autoriser une fille de 9 ans à accoucher alors qu’elle a été violée. Il faut que l’État assume ses responsabilités et que les professionnels de santé soient formés », a rappelé Alioune Sarr.
Liberation