Haute Cour de justice : Moussa Bocar Thiam visé par trois chefs d’accusation

Vendredi 27 Février 2026

L’ancien ministre de la Communication, des télécommunications et de l’économie numérique, Me Moussa Bocar Thiam, devra répondre devant la Haute Cour de justice du Sénégal de faits qualifiés pénalement d’une particulière gravité. La Commission des Lois de l’Assemblée nationale a estimé que les éléments du dossier présentent des « indices et présomptions graves » de nature à justifier des poursuites.

L’examen du projet de résolution portant sa mise en accusation est inscrit à l’ordre du jour de la séance plénière de ce vendredi 27 février 2026 à l’Assemblée nationale. Trois principales infractions sont visées : l’association de malfaiteurs, le détournement de deniers publics et le blanchiment de capitaux.


Selon le dossier soumis aux députés, les investigations font état de l’implication présumée de plusieurs responsables administratifs et opérateurs économiques dans un mécanisme ayant conduit à l’émission de chèques et à la mobilisation de fonds publics en dehors des procédures normales de passation des marchés.

L’infraction d’association de malfaiteurs permettrait ainsi d’appréhender la dimension collective de l’organisation supposée.



Le cœur du dossier repose toutefois sur l’accusation de détournement de deniers publics. Le rapport évoque un écart significatif entre les montants décaissés et la valeur estimée des travaux réalisés au Parc des Technologies numériques du Sénégal, devenu Senegal Connect Park. Les expertises techniques mentionnées chiffrent cet écart à plus d’un milliard de francs CFA.

« Le détournement de deniers publics vise toute soustraction ou dissipation de fonds appartenant à l’État par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public. Dans cette affaire, les faits reprochés auraient été commis dans l’exercice des fonctions ministérielles, ce qui justifie la compétence de la Haute Cour de justice, conformément à l’article 101 de la Constitution », souligne le rapport parlementaire.


La troisième qualification retenue concerne le blanchiment de capitaux, réprimé par la législation sénégalaise relative à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Les enquêteurs évoquent des mouvements financiers et des acquisitions de biens portant sur plusieurs centaines de millions de francs CFA. Ces opérations pourraient, si l’infraction principale est établie, être constitutives d’actes de blanchiment destinés à donner une apparence licite à des fonds d’origine irrégulière.



Pour rappel, après les arrestations de Bassirou Abdoul Bâ, ancien directeur général, et de son responsable administratif Ismaïla Thimbo, l’attention des enquêteurs s’est portée sur Me Moussa Bocar Thiam. Au centre du dossier figure un marché controversé de 2,4 milliards de francs CFA relatif à l’aménagement du site.

Selon des informations publiées par le journal L’Observateur, le Pool judiciaire financier (PJF) a adressé des réquisitions à des notaires et à des établissements bancaires, au Sénégal et à l’étranger, afin d’établir un inventaire exhaustif du patrimoine de l’ancien ministre. Les investigations s’appuieraient notamment sur les déclarations de l’ex-DG Bassirou Abdoul Bâ, qui met en cause la responsabilité de son ancien ministre de tutelle.


La mise en accusation ne vaut ni condamnation ni reconnaissance de culpabilité. Elle constitue l’acte par lequel l’Assemblée nationale autorise la mise en mouvement de l’action publique devant la Haute Cour de justice. Il appartiendra désormais à cette juridiction d’instruire le dossier, d’entendre les différentes parties et de statuer, au terme d’une procédure contradictoire, sur la réalité ou non des infractions reprochées.
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