Guinée-Bissau : le Haut Commandement militaire lâche du lest à l’approche de l’an I de la junte

Samedi 7 Novembre 2026

À quelques jours du premier anniversaire du coup d’État qui a renversé le président Umrao Sissoco Embaló, le pouvoir militaire amorce une timide ouverture. À compter du 24 novembre 2026, les partis politiques pourront reprendre leurs réunions internes. Une concession stratégique qui ne lève pas pour autant le verrou sur l'espace public, alors que les élections de décembre s'éloignent.


Un geste d'ouverture ou une soupape de sécurité pour apaiser les tensions ? La question est sur toutes les lèvres à Bissau. Par un communiqué officiel diffusé le 5 novembre 2026, le Haut Commandement militaire a annoncé un assouplissement partiel des restrictions imposées à la vie politique du pays depuis près d’un an.
Cette mesure, qui prendra effet le 24 novembre 2026 — soit deux jours avant la date anniversaire du putsch de novembre 2025 —, dessine les contours d'une transition qui cherche son second souffle, entre promesses de normalisation et maintien d'un contrôle sécuritaire strict.


Le retour des partis dans les bureaux, mais pas dans la rue
Le décret militaire établit une frontière très nette entre ce qui relève de la réorganisation administrative des partis et ce qui relève de l’expression populaire.
D'un côté, les formations politiques légalement constituées retrouvent le droit de mener leurs activités organiques. Elles pourront de nouveau organiser : Des congrès nationaux et des assemblées générales, Des réunions internes de coordination, Des séances de concertation politique. Toutefois, cette liberté retrouvée reste sous haute surveillance : chaque rassemblement devra se tenir dans un lieu préalablement défini et faire l'objet d'une notification stricte auprès des autorités militaires.
De l'autre côté, la rue reste verrouillée. Le Haut Commandement maintient une interdiction totale et absolue sur les manifestations publiques, les marches et les meetings populaires (comices). Pour justifier ce blocus démocratique, la junte invoque invariablement les impératifs de « sécurité nationale » et de « préservation de l'ordre public ».
 
L'horizon électoral s'assombrir
Pour les observateurs indépendants, cet assouplissement technique vise avant tout à donner des gages de bonne volonté à la communauté internationale et à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), alors que le calendrier de la transition bat de l'aile.


En théorie, les Bissau-Guinéens devaient se rendre aux urnes le 6 décembre 2026 pour des élections présidentielle et législatives censées restaurer l'ordre constitutionnel. En pratique, ce scrutin n'aura pas lieu à la date prévue. En octobre dernier, la Commission nationale électorale (CNE), appuyée par le Premier ministre de transition, a acté l'évidence : les conditions logistiques, techniques et politiques ne sont absolument pas réunies pour garantir un vote crédible.


En permettant aux partis de réunir leurs instances dirigeantes, les militaires leur offrent la possibilité technique de préparer ces futurs congrès et de restructurer leurs listes. Mais en interdisant le contact direct avec les électeurs, la junte s'assure qu'aucun mouvement de contestation de masse ne pourra émerger dans l'immédiat.


Une démocratie sous perfusion
Si la classe politique locale accueille cette décision comme une bouffée d'oxygène nécessaire, le scepticisme demeure entier quant aux intentions réelles du pouvoir. Plus d'un an après la destitution d'Umaro Sissoco Embaló, la Guinée-Bissau reste dirigée par des militaires qui fixent seuls les règles du jeu.


En privant les citoyens de leur droit fondamental à manifester et en repoussant l'échéance des urnes, le Haut Commandement confirme que la transition bissau-guinéenne se conjugue encore au présent, et sous contrôle martial. Le chemin vers une véritable démocratie civile s'annonce encore long, sinueux et semé d'embûches.


Par Erick Salemon Bassène
 
exclusif net
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