Guinée-Bissau : Le silence complice de la BAD face au coup d'État, pendant que Saltinho fait miroiter l'espoir

Mercredi 4 Novembre 2026

En fermant les yeux sur le récent coup d'État militaire qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló, la Banque africaine de développement (BAD) prolonge son partenariat avec la junte du Général Horta Inta-A Na Man jusqu'en 2028. Une diplomatie du portefeuille qui valide le fait accompli politique et la suspension brutale du processus électoral en cours. Pourtant, derrière ce déni démocratique, le lancement du projet hydroélectrique de Saltinho porte en lui une promesse vitale pour le quotidien d'un peuple bafoué.



L'audience accordée par le Général d'armée Horta Inta-A Na Man à la délégation de la BAD est une pilule amère pour les défenseurs de la démocratie en Guinée-Bissau. Le pays venait à peine d'engager le déroulement des opérations électorales lorsque l'armée a brutalement interrompu le processus. En renversant le président Umaro Sissoco Embaló, la junte militaire a mis un coup d'arrêt net au scrutin qui était en cours, imposant le report sine die des élections initialement fixées à décembre 2026.
Face à cette confiscation du droit des citoyens à choisir leurs dirigeants, l'institution panafricaine choisit pourtant de faire comme si de rien n'était. Ce silence institutionnel est un blanc-seing accordé aux autorités de transition. En sanctuarisant un portefeuille de 245 millions de dollars, la BAD démontre que la stabilité de façade et la continuité des affaires importent plus que le respect des processus démocratiques. Cette Realpolitik financière affaiblit la portée des condamnations internationales et envoie un signal dangereux à toute la sous-région : prenez le pouvoir par la force, les banques s'adapteront.


L'effet Saltinho : Une lueur d'espoir énergétique pour un quotidien dans le noir
Pourtant, la tragédie bissau-guinéenne réside dans ce paradoxe : le pays ne peut pas se passer de cet argent. L'annonce du lancement imminent du concours international pour la centrale hydroélectrique de Saltinho est le parfait exemple de ce dilemme. Pour la population, ce projet n'est pas une simple ligne budgétaire, c'est une question de survie et de dignité au quotidien.


Aujourd'hui, la Guinée-Bissau subit un accès à l'électricité parmi les plus faibles et les plus coûteux d'Afrique de l'Ouest, plongeant les foyers dans l'obscurité et asphyxiant les hôpitaux, les écoles et les commerces. Le développement de la centrale de Saltinho promet de transformer radicalement ce paysage. Une énergie propre, stable et abordable permettrait enfin de conserver les récoltes, de propulser l'agro-industrie locale et d'alléger le budget des ménages étouffés par l'inflation.


Le peuple en otage : Entre besoin de développement et soif de liberté
Cette dualité place les citoyens face à un chantage moral insupportable. Faut-il applaudir la BAD pour la poursuite de projets indispensables comme Saltinho, ou dénoncer sa complaisance qui enracine un pouvoir illégitime issu d'un coup de force ?
En choisissant de financer le développement sans exiger de garanties sur le rétablissement de l'ordre constitutionnel, les institutions internationales maintiennent le pays sous perfusion tout en le privant de son avenir politique. Saltinho apportera peut-être la lumière dans les foyers, mais le calendrier démocratique bissau-guinéen, lui, reste plongé dans une opacité totale

 
Dans la même rubrique :