Guinée-Bissau : La fin de l’ambiguïté et le contrôle total de l’armée?

Jeudi 8 Octobre 2026


Par Erick Salemon Bassène


La Guinée-Bissau vient de franchir une étape décisive vers un régime militaire absolu, marquant la rupture définitive entre la junte au pouvoir et l'ancien président Umaro Sissoco Embaló.


Alors que le pays s'approchait de l'échéance électorale fixée au 6 décembre 2026, le président de la transition, le général Horta Inta-A Na Man (dit Horta N'Tam), a sifflé la fin de la récréation politique. À coup de décrets, de purges et de déploiements de forces, l’armée a mis un terme à des mois de flou politique pour s'installer durablement au centre du jeu.


Lors du renversement d'Umaro Sissoco Embaló le 26 novembre 2025, alors en plein cœur d’un scrutin présidentiel contesté, de nombreux observateurs avaient soupçonné une mise en scène. À l'époque, l'hypothèse d'un « auto-coup d'État » orchestré par Embaló lui-même avec la complicité de généraux pour stopper des résultats électoraux défavorables circulait avec insistance. Évacué sans violence, l'ex-président semblait avoir préservé ses réseaux.


Dix mois plus tard, l'illusion d'une transition bienveillante s'est totalement volatilisée. En annonçant depuis son exil son intention de rentrer à Bissau le 4 octobre pour se porter candidat à l'élection présidentielle, Umaro Sissoco Embaló a forcé la junte à abattre ses cartes. La réponse militaire a été immédiate et catégorique.

Le verrouillage méthodique du pouvoir par la junte
Pour asseoir son autorité et neutraliser le retour de l'ancien chef d'État, le général Horta N'Tam a déployé une stratégie de sécurité et de purge politique implacable.  Invoquant de stricts « impératifs de sécurité nationale » et la prévention des troubles à l'ordre public, le Haut Commandement militaire a officiellement interdit l'accès au territoire à Umaro Sissoco Embaló. Le message est limpide : le pouvoir en place refuse que l'ancien homme fort du pays vienne raviver ses soutiens populaires et militaires.

Sentant l'agitation gagner la capitale à l'approche de la date fatidique du retour avorté, le président de la transition a ordonné la mise sous contrôle et le désarmement de la garde présidentielle, restée historiquement fidèle à Embaló. Le général N'Tam a publiquement mis en garde les soldats récalcitrants en leur intimant l’ordre de « rendre les armes immédiatement » sous peine de sanctions majeures.


La purge politique du gouvernement
Afin de nettoyer les structures étatiques de toute interférence, Horta N'Tam a procédé au limogeage de ministres clés suspectés de mener des manœuvres clandestines en faveur de l'ancien régime. Le ministre de l’Intérieur et de l'Ordre public (Mamasaliu Embaló, propre frère de l'ex-président) ainsi que la ministre de la Pêche ont été évincés et remplacés par des figures alignées sur la direction de la junte.

Le report des élections 
Pour parachever ce contrôle total, le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, et la Commission électorale nationale (CNE) ont officiellement déclaré que les conditions politiques et techniques n'étaient pas réunies pour tenir le scrutin du 6 décembre 2026. En mettant en avant la désorganisation des partis civils et l'instabilité sécuritaire, les autorités ouvrent la voie à une prolongation de la transition militaire.  


Cette décision intervient après qu'un référendum constitutionnel, organisé fin août 2026 et boycotté par l'opposition civile, a validé le passage à un régime présidentiel fort. Désormais, l'armée dispose de tous les leviers constitutionnels et institutionnels pour diriger le pays sans l'ombre d'Umaro Sissoco Embaló.   Le bras de fer a révélé la véritable nature du pouvoir à Bissau : ce n'était pas un coup d'État pour préserver les intérêts d'un homme, mais une reprise en main définitive par l'institution militaire. 
 
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