Guinée-Bissau : Francisca N’Tchama demande à Umaro Sissoco Embaló de renoncer à la présidentielle

Mardi 6 Octobre 2026

La crise politique que traverse la Guinée-Bissau continue de susciter des réactions. Dans une lettre ouverte adressée à Umaro Sissoco Embaló, Mme Francisca N’Tchama, basée à Atlanta aux États-Unis, appelle le président bissau-guinéen à ne pas briguer un nouveau mandat à la prochaine élection présidentielle.

Dans sa correspondance, elle estime que le pays a suffisamment souffert des crises politiques et des interventions militaires pour connaître une nouvelle rupture de l’ordre constitutionnel. « La Guinée-Bissau a trop souffert de l’instabilité politique, des ruptures de l’ordre constitutionnel et de l’intervention récurrente de la force dans le fonctionnement de ses institutions pour que son peuple puisse accepter une nouvelle fois que son avenir démocratique soit confisqué », écrit-elle.

Mme Francisca N’Tchama revient également sur les événements qui ont interrompu le processus électoral. Elle demande que les circonstances ayant conduit à cette situation soient établies de manière indépendante.

« Des accusations et interrogations particulièrement graves ont été formulées sur les circonstances de cette rupture de l’ordre constitutionnel, sur son calendrier et sur les bénéficiaires politiques de l’interruption du processus électoral. Elles ne sauraient être simplement balayées. Elles doivent être éclaircies de manière indépendante et crédible », soutient-elle.

Des interrogations sur le processus électoral

Pour la signataire de la lettre, si les accusations faisant état d’une rupture provoquée ou instrumentalisée afin d’empêcher l’aboutissement du processus électoral venaient à être établies, les conséquences seraient particulièrement graves pour la démocratie bissau-guinéenne.

« Si les éléments avancés selon lesquels cette rupture aurait été provoquée, facilitée ou instrumentalisée pour empêcher l’aboutissement normal du processus électoral étaient établis, nous serions face à une atteinte d’une exceptionnelle gravité au principe même de la souveraineté populaire », affirme-t-elle.

Dans ce contexte, elle estime qu’une éventuelle candidature d’Umaro Sissoco Embaló à la prochaine présidentielle soulèverait une question de légitimité démocratique.

« Il ne s’agit pas seulement de savoir ce que permet formellement le droit. Il s’agit de savoir ce qu’exigent la démocratie, la responsabilité politique et l’intérêt supérieur de la Guinée-Bissau », poursuit-elle.

« Je vous demande solennellement de renoncer »

Francisca N’Tchama formule ainsi directement sa demande au chef de l’État bissau-guinéen : ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle.

« C’est pourquoi je vous demande solennellement de renoncer à vous présenter à la prochaine élection présidentielle », écrit-elle.

Selon elle, une telle décision ne constituerait ni un aveu ni une humiliation, mais pourrait contribuer à favoriser une sortie de crise et à restaurer la confiance dans le processus électoral.

« Une telle décision ne devrait pas être considérée comme un aveu ni comme une humiliation. Elle pourrait, au contraire, contribuer à créer les conditions d’une sortie de crise permettant aux Bissau-Guinéens de choisir librement leurs dirigeants, sans suspicion, sans intimidation et sans interférence des forces armées », estime-t-elle.

Appel à une rupture avec les interventions militaires

La signataire plaide également pour une transformation profonde du fonctionnement politique du pays. Elle estime que la Guinée-Bissau doit rompre avec un cycle marqué par les tensions institutionnelles et les interventions de l’armée dans la vie politique.

« La Guinée-Bissau a besoin d’une véritable rupture avec le cycle qui, depuis des décennies, associe compétition politique, tensions institutionnelles et interventions militaires », affirme-t-elle.

Elle appelle à la tenue d’élections crédibles, au respect des institutions et au placement définitif de l’armée sous l’autorité civile.

« Elle a besoin d’élections crédibles. Elle a besoin d’institutions respectées. Elle a besoin d’une armée définitivement placée sous l’autorité constitutionnelle civile », écrit-elle.

Mme N’Tchama insiste également sur le principe selon lequel aucun acteur politique ne devrait pouvoir recourir à la force pour parvenir au pouvoir. « Elle a surtout besoin que personne  pouvoir comme opposition  ne puisse utiliser la force, directement ou indirectement, pour obtenir ce que les urnes pourraient lui refuser », ajoute-t-elle.

La responsabilité des organisations internationales

Dans sa lettre, Francisca N’Tchama interpelle également la CEDEAO, la CPLP, l’Union africaine, les Nations unies ainsi que les partenaires internationaux de la Guinée-Bissau. Elle leur demande de soutenir un processus politique destiné à établir les faits, restaurer l’ordre constitutionnel et garantir la transparence des prochaines élections.

« Il appartient également à la CEDEAO, à la CPLP, à l’Union africaine, aux Nations Unies et aux partenaires internationaux de la Guinée-Bissau de soutenir un processus politique permettant d’établir les faits, de restaurer pleinement l’ordre constitutionnel et de garantir que les prochaines élections traduisent exclusivement la volonté souveraine du peuple bissau-guinéen », souligne-t-elle.

« Aucun dirigeant ne doit être au-dessus de la Constitution. Aucune ambition personnelle ne doit être au-dessus de la stabilité d’un pays. Et aucune stratégie politique ne doit pouvoir se substituer au verdict des urnes », rappelle-t-elle.

Avant d'ajouter : « Monsieur le Président, pour la Guinée-Bissau, pour sa démocratie et pour la paix, renoncez à être candidat et laissez le peuple bissau-guinéen ouvrir librement une nouvelle page de son histoire. Pensez au peuple bissau-guinéen fatigué, martyrisé et troublé et non à votre personne… »
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