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Gabon : Justine Judith Lekogo refuse de devenir une députée « béni-oui-oui »

Lundi 31 Août 2026

À la veille du troisième anniversaire du renversement du régime d’Ali Bongo, la députée gabonaise Justine Judith Lekogo livre un témoignage personnel sur les heures qui ont précédé le 30 août 2023. Entre menaces présumées contre sa vie, fuite dans la forêt et reconnaissance envers le président Brice Clotaire Oligui Nguema, la parlementaire défend surtout une conviction : la rupture politique de 2023 ne doit pas conduire à réduire les députés au silence.

Dans une longue déclaration publiée le 29 août 2026, Justine Judith Lekogo revient sur ce qu’elle présente comme l’une des périodes les plus éprouvantes de sa vie. La veille du changement de régime, elle affirme avoir été informée de menaces particulièrement graves à son encontre.

« On parlait de ma disparition », raconte-t-elle, affirmant que la possibilité de son empoisonnement avait même été évoquée. Selon son témoignage, sa mère avait également reçu des messages annonçant sa mort.

« J’étais simplement une femme qui avait peur de mourir »

Face au danger qu’elle dit avoir ressenti, la future députée explique avoir décidé de fuir son domicile. Elle raconte s’être réfugiée dans la forêt, en direction du fleuve Mpassa, en empruntant des chemins qu’elle connaissait depuis son enfance à Franceville.

« Je me suis enfuie parce que je pensais sincèrement que l’on venait m’arrêter. Et peut-être pire », écrit-elle. Dans cette forêt, poursuit-elle, son objectif n’était plus politique : « J’étais simplement une femme qui avait peur de mourir. »

Puis arrive le 30 août 2023. L’armée annonce la fin du régime d’Ali Bongo après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. Pour Justine Judith Lekogo, cette journée dépasse la seule dimension politique.

« Pour moi, c’est une date intime. Une date douloureuse. Une date de survie. Une date de renaissance », confie-t-elle, considérant que sa vie a également été « sauvée » ce jour-là.

Une « dette morale » envers Oligui Nguema, mais pas une dette de silence

La parlementaire adresse une reconnaissance particulière à Brice Clotaire Oligui Nguema, devenu depuis président de la République. Elle estime avoir envers lui une « dette morale » et une « dette de reconnaissance ».

Mais Justine Judith Lekogo pose immédiatement une limite : « Cette reconnaissance ne doit jamais devenir une dette de silence. »

Elle assure ainsi qu’elle continuera à soutenir le chef de l’État lorsqu’elle estimera que ses décisions vont dans le sens de l’intérêt du Gabon, tout en se réservant le droit de l’interpeller lorsqu’elle sera en désaccord avec lui.

« Le député n’est pas le député d’un parti »

C’est sur la question de l’indépendance des parlementaires que son discours devient particulièrement politique. La députée s’interroge sur les tentatives visant, selon elle, à faire du parlementaire un simple exécutant des décisions de son parti.

« Si nous avons parlé de libération, pourquoi chercher à ramener le député au “béni-oui-oui” ? Pourquoi vouloir faire du député un simple exécutant d’une ligne politique ? Pourquoi vouloir remettre en cause son indépendance ? », questionne-t-elle.

Pour Justine Judith Lekogo, l’appartenance politique ne saurait primer sur la mission nationale du parlementaire.

« Le député n’est pas le député d’un parti. Il est le député de la Nation. Il doit écouter son parti. Mais il doit surtout écouter sa conscience, ses électeurs et l’intérêt général », affirme-t-elle.

Elle va plus loin : « Un Parlement où tout le monde dit “oui” n’est plus véritablement un Parlement. C’est une chambre d’enregistrement. »

« Je ne veux pas être une béni-oui-oui »

Trois ans après les événements du 30 août, la députée estime que la « libération » du Gabon doit également concerner les institutions, le Parlement, la parole publique et les consciences.

« Je ne veux pas être une “béni-oui-oui”. Je veux rester libre de soutenir. Libre de questionner. Libre d’approuver. Libre de désapprouver. Libre de parler », martèle-t-elle.

Justine Judith Lekogo affirme également ne rechercher aucune fonction à travers ses prises de position : « Je ne cours pas après un poste. Je ne me suis pas cachée dans une forêt pour obtenir un fauteuil. Je me suis engagée parce que je croyais en quelque chose. Le Gabon. »

Son message se termine ainsi sur un appel à poursuivre la transformation politique amorcée le 30 août 2023. Pour elle, changer les dirigeants ne suffit pas : il faut également changer le rapport au pouvoir et préserver le droit à la contradiction.

« Ne transformons jamais la reconnaissance en obligation de se taire », insiste-t-elle, avant de conclure : « J’ai eu peur de mourir. Mais je n’ai jamais eu peur de défendre mes convictions. Et ça, personne ne pourra me l’enlever. »

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