France : Zaho raconte le racisme subi en radio à cause du refrain en arabe de « Kif’n’dir »

Lundi 23 Mars 2026

La chanteuse algéro-canadienne Zaho, de son vrai nom Zahera Darabid, est revenue sur une expérience marquante vécue au début de sa carrière en France. En pleine promotion de son nouvel album Versatile, attendu le 3 avril 2026, l’artiste a raconté au micro de Brut qu’une radio française lui avait demandé de modifier l’une de ses chansons en raison du refrain chanté en arabe.

Connue pour des titres comme « C’est chelou », « La roue tourne », « Je te promets » ou encore « Kif’n’dir », Zaho explique que l’incident concernait précisément ce dernier morceau, dans lequel elle évoque son départ contraint d’Algérie vers le Canada pendant la décennie noire.

« J’arrive, je fais mon morceau Kif’n’dir, où je parle de mon départ d’Algérie, de ma souffrance d’avoir quitté, de l’exil », raconte-t-elle. Selon ses propos, la radio lui aurait alors demandé de proposer une version « en français, full français ».
 

« On a beaucoup de racistes qui nous écrivent »
Dans « Kif’n’dir », le refrain est interprété en arabe. Zaho y exprime sa douleur et son désarroi face à l’exil. Lorsque la chanteuse a demandé pourquoi ce passage posait problème, la réponse qui lui aurait été faite l’a profondément choquée : « Parce qu’on a beaucoup de racistes qui nous écrivent. »

Face à cette demande, l’artiste affirme avoir refusé de céder. « Et donc on va leur dire oui ? Ne jouez pas, c’est tout », a-t-elle répondu. Elle dit également avoir perçu, à l’époque, une forme de pression implicite : on lui aurait laissé entendre que ce refus pourrait compromettre la diffusion future de ses titres sur cette radio.

Malgré cela, Zaho dit ne pas avoir transigé. « Ça m’avait prise aux tripes, ça m’avait vexée. Je parle de ma vraie histoire. Il est hors de question que je renie mon identité juste pour faire plaisir à certaines personnes », confie-t-elle.

Une chanson devenue un succès malgré tout
L’interprète souligne toutefois que toutes les radios n’ont pas adopté cette position. Certaines ont diffusé le morceau, permettant à « Kif’n’dir » de s’imposer malgré les réticences rencontrées ailleurs. « D’autres l’ont joué et c’est quand même devenu un single malgré tout », rappelle-t-elle.

Avec le recul, cette séquence illustre selon elle un racisme assumé, qu’elle dit ne pas avoir connu de la même manière au Canada, pays où elle s’est installée avec sa famille à l’adolescence. Née à Alger, Zaho a quitté l’Algérie à l’âge de 16 ans, en 1998, avant de construire sa carrière musicale outre-Atlantique puis en France. Ce parcours, profondément lié à l’exil et à l’identité, irrigue une partie de son œuvre. Des éléments repris par la presse people française sur son parcours et son installation au Canada. 

En racontant cet épisode aujourd’hui, la chanteuse remet au centre une question sensible : celle de la place des langues, des origines et de l’identité dans l’industrie musicale française. Ce qui frappe dans son témoignage, ce n’est pas seulement la violence de la remarque, mais le fait qu’elle ait refusé très tôt de séparer sa réussite de ce qu’elle est.
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