France : Édouard Philippe crée la polémique en refusant de qualifier la colonisation de « crime »

Lundi 31 Aout 2026

Les déclarations d’Édouard Philippe sur la colonisation provoquent une vive polémique à La Réunion. Candidat déclaré à l’élection présidentielle française, l’ancien Premier ministre a réaffirmé, lors d’une interview accordée mardi 25 août au journal télévisé de 19 heures d’Antenne Réunion, qu’il ne considérait pas la colonisation, dans son ensemble, comme un « crime ». Une position qui a immédiatement suscité de vives réactions au sein de la classe politique réunionnaise.

Interrogé sur des propos qu’il avait déjà tenus en décembre 2025, Édouard Philippe a maintenu sa position tout en reconnaissant l’existence de nombreux crimes durant la période coloniale.

« C’est une question simple pour un sujet complexe. Il y a eu beaucoup de crimes pendant la colonisation, je le sais. Mais dire que la colonisation était un crime en un seul mot… Je ne suis pas favorable à la colonisation, je ne trouve pas ça bien. Je trouve qu’énormément de crimes ont été commis, mais que tous ceux qui ont participé à cet épisode sont des criminels me paraît inexact », a déclaré l’ancien chef du gouvernement.

Le PLR dénonce des propos « inacceptables »

Cette déclaration n’a pas tardé à faire réagir Pour La Réunion (PLR). Dans un long communiqué, le mouvement politique estime que le déplacement d’Édouard Philippe sur l’île aurait dû l’inciter à mesurer davantage ses propos, compte tenu de l'histoire de La Réunion.

Pour le PLR, la colonisation ne peut être réduite à une période historique durant laquelle des crimes isolés auraient été commis. Le mouvement la décrit comme un « système fondé sur la conquête, la dépossession, la domination politique et militaire, l’exploitation économique et l’établissement d’une hiérarchie entre les peuples ».

Le parti rappelle notamment les violences liées à la colonisation en Algérie, la répression de l’insurrection malgache de 1947, l’esclavage aux Antilles, mais aussi l'histoire particulière de La Réunion.

« À La Réunion, cette histoire n’est ni abstraite, ni lointaine. Elle est la nôtre », souligne le PLR, rappelant que l’esclavage a constitué pendant près de deux siècles l’un des fondements de l’organisation économique et sociale de l’île.

Le mouvement évoque également l’engagisme, les avortements et stérilisations pratiqués sur des femmes réunionnaises sans consentement éclairé ainsi que l'affaire dite des « Enfants de la Creuse », durant laquelle plus de 2 000 mineurs réunionnais ont été transférés vers la France hexagonale entre les années 1960 et 1980.

« Un profond aveuglement historique »

Pour le PLR, les déclarations d’Édouard Philippe témoignent « au mieux d’un profond aveuglement historique, au pire d’un mépris pour la mémoire des peuples qui l’ont subie ».

Le mouvement conteste également l’argument de l’ancien Premier ministre selon lequel qualifier la colonisation de crime reviendrait à considérer toutes les personnes ayant participé à cette période comme des criminels.

« Reconnaître la nature criminelle d’un système colonial ne consiste pas à décréter que chaque individu ayant vécu aux XVIIIe ou XIXe siècles serait personnellement un criminel », rétorque le PLR.

Le parti estime qu'il s'agit plutôt de porter un jugement historique et politique sur « un système fondé sur la privation de liberté et de souveraineté et sur les violences qu’il a rendues possibles, organisées et légitimées ».

Philippe Naillet monte également au créneau

Le député de la première circonscription de La Réunion, Philippe Naillet, a lui aussi vivement réagi. Selon lui, la position exprimée par Édouard Philippe s’inscrit dans une orientation politique déjà perceptible lors de son déplacement à Mayotte.

Le parlementaire rappelle que la colonisation fut, selon lui, « une entreprise de domination, de dépossession et d’exploitation systématique, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui dans notre société ».

« Ne pas reconnaître la colonisation comme crime, c’est oublier les meurtres, les tortures, les déportations dont ont souffert les populations au sein des colonies », affirme Philippe Naillet.

Le député va plus loin en jugeant la position d’Édouard Philippe « indigne d’un candidat qui se rêve chef de l’État ».

À l’approche de la présidentielle française, cette controverse replace ainsi la question de la mémoire coloniale au cœur du débat politique, particulièrement dans les territoires ultramarins où les conséquences de cette histoire continuent d’occuper une place importante dans le débat public.
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