Le débat sur les fonds spéciaux ou fonds politiques alloués aux autorités publiques prend une nouvelle tournure au Sénégal. Alors qu’Aly Ngouille Ndiaye affirme qu’Ousmane Sonko aurait été le premier Premier ministre à bénéficier d’une telle dotation, des déclarations de l’ancien chef du gouvernement Souleymane Ndéné Ndiaye et d’Idrissa Seck apportent un autre éclairage sur l’existence et la gestion de ces fonds au sommet de l’État.
Invité lundi sur Sen TV, Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Intérieur, a soutenu qu’Ousmane Sonko était le premier chef du gouvernement à avoir bénéficié de fonds politiques. Selon lui, ses prédécesseurs Mahammed Boun Abdallah Dionne et Amadou Ba n’en auraient pas disposé.
« En réalité, il a été le premier chef du gouvernement à y avoir droit. Tous les Premiers ministres du Sénégal sont là, il n’y a que Boun Abdallah Dionne qui n’est plus. Et je sais qu’il n’avait pas de fonds politiques. Donc, ça a commencé par lui (Sonko). Amadou Bâ aussi n’en avait pas. Sidiki Kaba, qui l’a remplacé, n’a même pas duré à la Primature », a déclaré Aly Ngouille Ndiaye. L’ancien ministre s’est également interrogé sur la dotation de 1,7 milliard de francs CFA attribuée à Ousmane Sonko, notamment sur la période à laquelle cette enveloppe correspondrait.
Une déclaration de Souleymane Ndéné Ndiaye qui interpelle
Invité de l’émission « Faram Facce », il avait expliqué que les fonds politiques existaient déjà lorsqu’il exerçait des responsabilités au sommet de l’État. « Même quand j’étais Directeur de cabinet du président de la République, j’avais déjà des fonds politiques. Chaque fin du mois, on me donnait mes fonds politiques », avait-il déclaré.
L’ancien Premier ministre avait également expliqué que le mécanisme s’était poursuivi après sa nomination à la Primature, avec une périodicité différente. « Quand j’étais Premier ministre, tous les trois mois, c’est un chèque qu’on signait pour moi. C’est l’aide de camp qui établissait le chèque, Me Wade signe, puis Birame Thiam m’amène l’argent en liquide », avait-il affirmé.
Idrissa Seck : « Les fonds politiques sont des moyens d’intervention politique et sociale »
L’ancien Premier ministre a ensuite relaté une anecdote qui lui aurait été rapportée concernant Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, pour illustrer, selon lui, la manière dont les fonds politiques pouvaient être suivis au sommet de l’État.
« Je vais vous raconter une chose. Quelqu’un m’a dit une fois à l’aéroport que Abdou Diouf a gagné la confiance de Senghor dans le cadre de la gestion des fonds politiques », a-t-il raconté.
Selon son récit, Senghor aurait un jour reçu un marabout auquel il devait remettre une somme de 3,5 millions de francs CFA. « Un jour, Senghor reçoit un marabout. Il doit lui donner trois millions cinq cents. Il lui donne deux millions cinq cents. Et il écrit une note à Abdou Diouf en lui disant : "Je vous envoie tel marabout. Donnez-lui le million cinq cents qui vous reste." Le gars arrive, Abdou Diouf prend le million cinq cents et lui donne », a poursuivi Idrissa Seck.
Pour l’ancien Premier ministre, cet épisode montre que Senghor assurait un suivi des sommes engagées. « Ça veut dire que Senghor tenait la comptabilité de ses fonds politiques. Puisqu’il a su que Abdou Diouf devait encore avoir un solde de un million cinq cents », a-t-il expliqué.
« Les fonds politiques ne doivent pas intégrer le patrimoine personnel »
Idrissa Seck insiste toutefois sur la nécessité de distinguer les fonds politiques des ressources personnelles.« Donc je dis que les fonds politiques ne doivent pas intégrer le patrimoine personnel des gens. C’est tout. Même si la loi ne l’interdit pas par ailleurs », a-t-il affirmé.
Selon lui, ces ressources doivent être destinées à répondre à certaines situations relevant de l’intérêt national. « Les fonds politiques servent à servir la nation dans des questions de sécurité ou des questions d’équilibre social », a-t-il ajouté
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Trois déclarations, un débat relancé
Les déclarations des trois anciens responsables politiques ouvrent ainsi une nouvelle séquence dans le débat sur les fonds politiques au Sénégal.
D’un côté, Aly Ngouille Ndiaye affirme qu’Ousmane Sonko aurait été le premier Premier ministre à bénéficier de cette dotation. De l’autre, le témoignage de Souleymane Ndéné Ndiaye fait état de l’existence de fonds politiques lorsqu’il était directeur de cabinet puis Premier ministre sous Abdoulaye Wade.
Idrissa Seck, pour sa part, situe l’existence de ces fonds dans une histoire politique beaucoup plus ancienne, remontant aux présidences de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf. Il insiste surtout sur leur vocation publique et sur la nécessité de ne pas les confondre avec le patrimoine personnel des responsables qui en disposent.
Ces prises de position interviennent alors que la question de la transparence, de la gestion et du contrôle des fonds spéciaux occupe une place importante dans le débat public. La dotation de 1,7 milliard de francs CFA attribuée à la Primature sous Ousmane Sonko fait notamment l’objet de demandes d’explications.
Au-delà de la polémique politique, ces différentes déclarations relancent donc une question de fond : quel est exactement le statut des fonds politiques au Sénégal, comment sont-ils attribués et quels mécanismes permettent d’en assurer le contrôle et la traçabilité ?