Depuis son installation à la tête du Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP) en 2024, Ndèye Fatou Mbodj communique volontiers sur les chiffres de son bilan : garanties octroyées, crédits mobilisés pour l'économie réelle, emplois soutenus. Ce discours de résultats, largement relayé, tranche pourtant avec une autre réalité, moins mise en avant : des contentieux sociaux à répétition devant les tribunaux, et des petites et moyennes entreprises prestataires qui peinent, depuis plusieurs mois voire plusieurs années, à obtenir le règlement de factures pourtant dûment exécutées. Deux visages d'une même institution, qu'il convient de mettre en regard.
Un bilan chiffré mis en avant
Selon les éléments de communication de l'institution et les articles qui en reprennent la teneur, l'exercice 2024-2025 se serait traduit, sous la direction de Mme Mbodj, par environ 13,5 milliards de FCFA de garanties octroyées, 1,1 milliard de FCFA de refinancement en microfinance et 26,5 milliards de FCFA de crédits mobilisés en faveur de l'économie réelle, pour environ 20 000 emplois revendiqués. L'Administrateur Général met également en avant plusieurs partenariats structurants, dont un protocole de 5 milliards de FCFA avec la BNDE pour la campagne agricole, ainsi qu'un soutien renforcé aux groupements d'intérêt économique de femmes dans plusieurs régions. Ces chiffres, qu'aucun organe de contrôle indépendant n'a, à notre connaissance, encore audités publiquement de façon détaillée, méritent d'être suivis avec attention — dans un sens comme dans l'autre — plutôt que pris pour argent comptant sur la seule base de la communication institutionnelle.
Une série de contentieux sociaux qui interroge le climat de gouvernance interne
C'est sur le terrain social que la gouvernance de la nouvelle direction a le plus été mise à l'épreuve devant la justice. Dès décembre 2024, plusieurs agents du FONGIP ont été licenciés peu après l'arrivée de Mme Mbodj, officiellement pour des absences non justifiées remontant parfois à l'époque des directions précédentes. Selon des informations reprises par plusieurs médias sénégalais, certains agents ayant répondu aux demandes d'explications qui leur avaient été adressées auraient malgré tout été licenciés, et l'inspection du travail aurait été saisie par des employés concernés.
Ces contentieux ont depuis trouvé un prolongement judiciaire. En 2025, le tribunal du travail a condamné le FONGIP à verser plus de 35 millions de FCFA à deux anciens agents, Amadou Sy et Safiétou Dieng, pour licenciement jugé abusif. Dans une autre affaire portée devant le tribunal de Dakar, si le licenciement d'un agent a été qualifié de légitime et pour faute grave, le FONGIP a néanmoins été condamné à verser plusieurs indemnités — préavis, reliquat de congé, dommages-intérêts pour non-délivrance de certificat de travail — assorties d'une astreinte journalière pour la délivrance de ce certificat. Ces décisions, même lorsqu'elles donnent partiellement raison à la direction sur le fond du licenciement, pointent des manquements procéduraux répétés dans la gestion des ressources humaines de l'institution.
Interrogée sur ces vagues de licenciements, Mme Mbodj a défendu sa politique de redéploiement des agents vers les régions, rappelant que le FONGIP n'est pas là que pour les Dakarois, tout en justifiant les départs par des absences non justifiées de certains agents. Le service de communication de l'institution a de son côté confirmé l'existence des licenciements tout en contestant les accusations d'irrégularités.
Le point aveugle : les PME prestataires toujours dans l'attente
Mais c'est peut-être sur un autre terrain que la gouvernance du FONGIP est la plus directement mise en cause par ceux-là mêmes qu'elle est censée servir : des PME rapportent avoir exécuté des missions dûment mandatées par le FONGIP, déposé leurs factures dans les règles, sans obtenir de règlement — parfois depuis plusieurs mois, parfois depuis plusieurs années. Contrairement aux contentieux sociaux, ce volet n'a pour l'heure pas donné lieu à une communication publique de l'institution, ni à un chiffrage officiel des arriérés dus aux prestataires. C'est précisément ce silence qui interroge : une institution qui communique abondamment sur ses garanties octroyées aux PME devrait, en toute cohérence, être en mesure de communiquer avec la même transparence sur l'état de ses propres dettes envers les PME qui travaillent pour elle.
Des questions de gouvernance, pas un procès d'intention
Il ne s'agit pas ici d'opposer un bilan chiffré à un jugement sur la personne, ni de instruire un procès en compétence à partir du seul parcours professionnel de l'Administrateur Général simple « Comptable », du Port Autonome de Dakar. Le parcours d'un dirigeant ne dit rien, à lui seul, de la qualité de sa gouvernance : c'est cette dernière, et elle seule, qui doit être évaluée sur des faits vérifiables.
Or les faits vérifiables, aujourd'hui, dessinent un contraste : d'un côté, une communication institutionnelle offensive et des chiffres de résultats mis en avant sans audit indépendant public ; de l'autre, des contentieux sociaux à répétition tranchés par la justice, et des PME prestataires qui affirment attendre, dans le silence, le paiement de services déjà rendus. Ce contraste appelle moins un procès personnel qu'une exigence simple : que le FONGIP publie l'état de ses arriérés de paiement envers ses prestataires, qu'un audit indépendant de sa gestion soit rendu public, et que sa tutelle le ministère de l'Économie, du Plan et de la Coopération — s'assure que l'institution reste fidèle à sa mission : soutenir les PME sénégalaises, pas les fragiliser.
Par Alé Mbaye Quotidien L'INDÉPENDANT
Un bilan chiffré mis en avant
Selon les éléments de communication de l'institution et les articles qui en reprennent la teneur, l'exercice 2024-2025 se serait traduit, sous la direction de Mme Mbodj, par environ 13,5 milliards de FCFA de garanties octroyées, 1,1 milliard de FCFA de refinancement en microfinance et 26,5 milliards de FCFA de crédits mobilisés en faveur de l'économie réelle, pour environ 20 000 emplois revendiqués. L'Administrateur Général met également en avant plusieurs partenariats structurants, dont un protocole de 5 milliards de FCFA avec la BNDE pour la campagne agricole, ainsi qu'un soutien renforcé aux groupements d'intérêt économique de femmes dans plusieurs régions. Ces chiffres, qu'aucun organe de contrôle indépendant n'a, à notre connaissance, encore audités publiquement de façon détaillée, méritent d'être suivis avec attention — dans un sens comme dans l'autre — plutôt que pris pour argent comptant sur la seule base de la communication institutionnelle.
Une série de contentieux sociaux qui interroge le climat de gouvernance interne
C'est sur le terrain social que la gouvernance de la nouvelle direction a le plus été mise à l'épreuve devant la justice. Dès décembre 2024, plusieurs agents du FONGIP ont été licenciés peu après l'arrivée de Mme Mbodj, officiellement pour des absences non justifiées remontant parfois à l'époque des directions précédentes. Selon des informations reprises par plusieurs médias sénégalais, certains agents ayant répondu aux demandes d'explications qui leur avaient été adressées auraient malgré tout été licenciés, et l'inspection du travail aurait été saisie par des employés concernés.
Ces contentieux ont depuis trouvé un prolongement judiciaire. En 2025, le tribunal du travail a condamné le FONGIP à verser plus de 35 millions de FCFA à deux anciens agents, Amadou Sy et Safiétou Dieng, pour licenciement jugé abusif. Dans une autre affaire portée devant le tribunal de Dakar, si le licenciement d'un agent a été qualifié de légitime et pour faute grave, le FONGIP a néanmoins été condamné à verser plusieurs indemnités — préavis, reliquat de congé, dommages-intérêts pour non-délivrance de certificat de travail — assorties d'une astreinte journalière pour la délivrance de ce certificat. Ces décisions, même lorsqu'elles donnent partiellement raison à la direction sur le fond du licenciement, pointent des manquements procéduraux répétés dans la gestion des ressources humaines de l'institution.
Interrogée sur ces vagues de licenciements, Mme Mbodj a défendu sa politique de redéploiement des agents vers les régions, rappelant que le FONGIP n'est pas là que pour les Dakarois, tout en justifiant les départs par des absences non justifiées de certains agents. Le service de communication de l'institution a de son côté confirmé l'existence des licenciements tout en contestant les accusations d'irrégularités.
Le point aveugle : les PME prestataires toujours dans l'attente
Mais c'est peut-être sur un autre terrain que la gouvernance du FONGIP est la plus directement mise en cause par ceux-là mêmes qu'elle est censée servir : des PME rapportent avoir exécuté des missions dûment mandatées par le FONGIP, déposé leurs factures dans les règles, sans obtenir de règlement — parfois depuis plusieurs mois, parfois depuis plusieurs années. Contrairement aux contentieux sociaux, ce volet n'a pour l'heure pas donné lieu à une communication publique de l'institution, ni à un chiffrage officiel des arriérés dus aux prestataires. C'est précisément ce silence qui interroge : une institution qui communique abondamment sur ses garanties octroyées aux PME devrait, en toute cohérence, être en mesure de communiquer avec la même transparence sur l'état de ses propres dettes envers les PME qui travaillent pour elle.
Des questions de gouvernance, pas un procès d'intention
Il ne s'agit pas ici d'opposer un bilan chiffré à un jugement sur la personne, ni de instruire un procès en compétence à partir du seul parcours professionnel de l'Administrateur Général simple « Comptable », du Port Autonome de Dakar. Le parcours d'un dirigeant ne dit rien, à lui seul, de la qualité de sa gouvernance : c'est cette dernière, et elle seule, qui doit être évaluée sur des faits vérifiables.
Or les faits vérifiables, aujourd'hui, dessinent un contraste : d'un côté, une communication institutionnelle offensive et des chiffres de résultats mis en avant sans audit indépendant public ; de l'autre, des contentieux sociaux à répétition tranchés par la justice, et des PME prestataires qui affirment attendre, dans le silence, le paiement de services déjà rendus. Ce contraste appelle moins un procès personnel qu'une exigence simple : que le FONGIP publie l'état de ses arriérés de paiement envers ses prestataires, qu'un audit indépendant de sa gestion soit rendu public, et que sa tutelle le ministère de l'Économie, du Plan et de la Coopération — s'assure que l'institution reste fidèle à sa mission : soutenir les PME sénégalaises, pas les fragiliser.
Par Alé Mbaye Quotidien L'INDÉPENDANT