États-Unis : un Sénégalais poursuivi pour fraude et corruption internationale, deux anciens ministres sénégalais cités

Vendredi 4 Septembre 2026

Le Département américain de la Justice (DOJ) poursuit le Sénégalais Amadou K. D. pour 18 chefs d’accusation, dont quinze pour fraude électronique, deux liés à des transactions portant sur des biens présumés d’origine criminelle et un pour corruption internationale. L’affaire implique également, selon l’accusation, deux anciens ministres du gouvernement de Macky Sall, dont les identités ne sont pas révélées.

Résident permanent aux États-Unis et installé à Laguna Niguel, dans le comté d’Orange en Californie, Amadou K. D. dirigeait notamment Virtual Advisors LLC et Liquide Inc, des sociétés actives, selon le Département américain de la Justice, dans le commerce électronique et les technologies de l’information.

L’acte d’accusation avait été initialement déposé en mai 2023 avec 21 chefs. Un vingt-deuxième avait été ajouté quatre mois plus tard. En février dernier, le parquet américain a abandonné quatre charges concernant des transferts de fonds suspects d’un montant cumulé de 193 000 dollars, soit environ 110 millions de FCFA. Il reste ainsi poursuivi sur 18 chefs.

Plus d’un milliard de FCFA versé par onze investisseurs

Selon les éléments de l’accusation rapportés par Les Échos, Amadou K. D. aurait, entre 2015 et 2020, sollicité plusieurs personnes pour investir dans des projets liés notamment aux technologies, à la santé, à l’immobilier et aux services destinés à la diaspora africaine.

Les investisseurs auraient notamment signé des reconnaissances de dette convertibles d’une durée d’un an leur garantissant un rendement minimal de 10 %, le remboursement du capital ou la conversion de leur créance en participation dans les entreprises.

Le DOJ estime qu'au moins onze investisseurs ont versé au total 1 878 729 dollars, soit un peu plus d’un milliard de FCFA, à Amadou K. D. ou à ses sociétés.

D’après l’accusation, une grande partie des sommes collectées n’aurait pas été affectée aux projets annoncés mais à des dépenses personnelles : logement, véhicules de luxe, vêtements, restaurants, salles de sport, spas et achats en ligne.

Parmi les acquisitions citées figurent une Rolls-Royce Ghost d’occasion à 133 778 dollars et une Ferrari 458 Spider d’occasion à 177 185 dollars, soit respectivement environ 75 millions et 100 millions de FCFA.

Deux anciens ministres de Macky Sall dans le dossier

Le volet corruption internationale du dossier concerne notamment deux anciens ministres sénégalais sous la présidence de Macky Sall. Leurs noms ne sont pas mentionnés dans les éléments rapportés. La justice américaine les désigne sous les appellations « Official 1 » et « Official 2 ».

Selon l’accusation, « Official 1 » aurait bénéficié, lors d’un séjour aux États-Unis en 2018, de dépenses prises en charge par Virtual Advisors. Celles-ci auraient notamment concerné son hébergement, ses déplacements, des activités de divertissement ainsi qu’un déplacement en hélicoptère pour assister à un match des Lakers.

Concernant « Official 2 », le DOJ affirme qu’il avait invité Amadou K. D. au Sénégal en décembre 2018. Durant ce séjour, l’homme d’affaires aurait promis cinq véhicules destinés à une campagne politique.

L’accusation estime que ces avantages auraient été offerts ou promis dans le but d’obtenir une assiette foncière au Sénégal.

Les éléments rapportés ne permettent toutefois pas d’établir que les cinq véhicules ont effectivement été remis, ni que les terrains recherchés ont été attribués à Amadou K. D.

Une audience prévue le 10 septembre

Avant l’examen au fond de l’affaire, une nouvelle étape judiciaire est prévue le 10 septembre. La justice américaine doit se prononcer sur un différend opposant la défense au parquet au sujet d’expertises financières.

Les avocats d’Amadou K. D. invoquent les analyses de trois cabinets d’experts pour soutenir que certaines opérations financières visées par l’accusation seraient licites. Le parquet demande pour sa part que ces éléments soient écartés, contestant notamment les conditions et le délai dans lesquels ils ont été communiqués.

Amadou K. D. reste présumé innocent des faits qui lui sont reprochés tant qu’il n’a pas été définitivement condamné par la justice américaine.
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