En route vers la rupture totale : Pourquoi la tournée d’Assimi Goïta à Niamey et Ouagadougou scelle le virage historique du Sahel

Jeudi 5 Novembre 2026

Par Erick Salemon Bassène


Alors que l'Afrique de l'Ouest subit une recomposition géopolitique majeure, le Président en exercice de l'AES, Assimi Goïta, effectue une tournée cruciale au Niger et au Burkina Faso. Entre nouveaux pactes militaires avec l'Algérie et la Libye, et l'après-sommet de Dakar avec la CEDEAO, Bamako, Niamey et Ouagadougou accélèrent leur intégration souveraine et s'imposent en pivot incontournable du continent.


Ce jeudi 5 novembre 2026, le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la transition malienne et Président en exercice de la Confédération des États du Sahel (AES), a entamé une double visite de travail hautement stratégique. Ce déplacement l'a conduit successivement à Niamey, au Niger, puis à Ouagadougou, au Burkina Faso, marquant une nouvelle étape décisive dans l'affirmation du bloc sahélien.
Cette offensive diplomatique intervient dans un contexte de reconfiguration géopolitique sans précédent, alors que l’espace sahélien redéfinit ses alliances tant avec ses voisins du Nord qu’avec ses partenaires historiques ouest-africains.


Sécurité et opérations militaires conjointes au cœur des échanges
Cette tournée diplomatique s'inscrit dans un calendrier militaire précis. Quelques jours à peine après la validation par les chefs d’État-major de l’AES d’un plan d’action renforcé pour le pilier "Défense et Sécurité", le Général Goïta est allé acter la mise en œuvre de ces mesures sur le terrain avec ses homologues, le Général Abdourahamane Tiani et le Capitaine Ibrahim Traoré.


L’objectif est clair : intensifier la coordination des forces armées des trois pays pour traquer les groupes terroristes et sécuriser définitivement la zone des "trois frontières". En unifiant leurs commandements et leurs moyens, Bamako, Niamey et Ouagadougou entendent démontrer leur autonomie militaire complète.


Le Sahel au centre du jeu : Entre normalisation algérienne et pragmatisme libyen
Ce déplacement d’Assimi Goïta revêt une résonance particulière au regard des récents accords bilatéraux conclus par les membres de l'AES. En effet, la tournée fait suite à un dégel spectaculaire et à la signature d'accords de coopération militaire majeurs entre Alger et Bamako, ainsi qu’entre Alger et Niamey le 21 octobre dernier. Ce rapprochement avec l'Algérie s'est même concrétisé par le déploiement inédit de troupes algériennes au Niger pour sécuriser les flux énergétiques et la frontière commune.


Cependant, l'AES ne s'enferme pas dans un tête-à-tête exclusif. Preuve du pragmatisme et de la quête de diversification sécuritaire du bloc, le Niger vient tout juste de signer, le 1er novembre à Benghazi, un protocole d'accord stratégique militaire avec les forces de l'Est de la Libye dirigées par le clan Haftar. En se rendant chez ses alliés, le Général Goïta vient harmoniser la doctrine de l’AES face à ce réseau de partenariats transsahariens en pleine expansion.


L'après-Dakar : Négocier avec la CEDEAO en position de force
Sur le plan politique, cette tournée constitue le premier grand acte des chefs d’État sahéliens depuis la rencontre hautement symbolique CEDEAO - AES à Dakar, le 17 octobre 2026. Ce premier dialogue formel dans la capitale sénégalaise a posé les bases d'un futur accord-cadre institutionnel et juridique entre les deux blocs.
En affichant une unité de fer à Niamey et à Ouagadougou juste après les discussions de Dakar, le Président en exercice de l’AES envoie un signal clair à la CEDEAO : si le dialogue pour préserver les intérêts des populations ouest-africaines est ouvert, l’intégration de la Confédération du Sahel est désormais irréversible et se négociera strictement d'égal à égal.


Vers une intégration économique et citoyenne concrète
Le volet de la souveraineté économique et de l'intégration des peuples n'a pas été en reste. Les discussions ont également porté sur l'avancement des grands chantiers de l'AES, notamment la mise en circulation prochaine des nouveaux documents d'identité et passeports biométriques propres à l'espace sahélien. Des projets d'infrastructures énergétiques et de transport communs ont aussi été passés en revue, visant à transformer cette alliance militaire en un pôle de développement économique viable.
En reliant Bamako, Niamey et Ouagadougou, le Général Assimi Goïta démontre que l’AES maîtrise son agenda. Solidement adossée à de nouvelles alliances stratégiques avec ses voisins du Nord et forte de sa posture face à la CEDEAO, la Confédération sahélienne s'impose désormais comme le pivot incontournable de la sécurité régionale.
 
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