La réaction de Alice Nkom ne s’est pas fait attendre. Figure emblématique de la défense des droits humains en Afrique, l’avocate camerounaise a exprimé une profonde indignation après l’annonce du durcissement de la législation sénégalaise sur l’homosexualité, qu’elle considère comme une rupture avec l’image historique du pays. Alice Nkom dit avoir été profondément choquée par cette évolution. « C'est une nouvelle qui m'a profondément atterrée de la part du Sénégal. Un Sénégal géré par des jeunes qui sont dans la modernité, dont on attend des choses qui permettent au Sénégal de rester ce pays phare des libertés, ce pays phare qui reçoit des touristes du monde entier et qui en vit », a-t-elle déclaré.
L’avocate évoque notamment l’héritage du Léopold Sédar Senghor, symbole d’un Sénégal ouvert et humaniste. « Est-ce que c'est ça le Sénégal ? Beaucoup de gens qui vont au Sénégal, le pays de Senghor, l'écrivain, l'académicien… et que c'est ce pays qui, des décennies après la mort de Senghor, fait de grands bonds dans l'obscurité du passé », s’interroge-t-elle, dénonçant une politique qu’elle juge discriminatoire.
Selon elle, la nouvelle orientation législative constitue une atteinte directe aux principes d’égalité. « Cette loi vient de décider de la mort et de l'enterrement de la Teranga sénégalaise. Vous voulez me dire que si j'ai des enfants qui sont homosexuels, je ne dois pas les envoyer étudier au Sénégal parce que vous allez me les mettre en prison alors qu'ils n'ont fait de mal à personne », a-t-elle poursuivi.
Alice Nkom insiste également sur les engagements internationaux du Sénégal, notamment en matière de droits humains. « Je pense que le Sénégal a ratifié la Convention internationale sur la Déclaration universelle des droits de l'homme qui met en valeur des valeurs de liberté, d'égalité, de droits pour tous, pas seulement pour les Sénégalais hétérosexuels », affirme-t-elle, rappelant que « tous les hommes naissent libres et égaux en droit et en dignité ».
Dans son argumentaire, l’avocate conteste la criminalisation de l’homosexualité, qu’elle ne considère pas comme une infraction. « Un crime, c'est un acte qu'on pose et qui doit causer un préjudice à autrui. Ce n'est pas le cas de l'homosexualité. C'est un acte d'amour, l'expression de l'amour, l'expression de la vie pour tout le monde », a-t-elle soutenu.
Elle met également en garde contre les conséquences de cette politique sur la société sénégalaise et son image à l’international. « J'espère que ça va impacter le tourisme qui est une source de revenus. Parce que vos touristes blancs, étrangers, noirs, jaunes, il y en aura des homosexuels dedans, vous allez faire quoi avec ? Prendre leur argent et les mettre en prison ? », a-t-elle lancé.
Enfin, Alice Nkom dénonce ce qu’elle perçoit comme une dérive autoritaire et intolérante. « On doit réfléchir par deux fois parce qu'il y a à la tête du Sénégal des extrémistes, des intolérants », a-t-elle prévenu, appelant à un sursaut pour préserver les valeurs de liberté et d’ouverture.