Disparition et réapparition de Kim Jong-un

Jeudi 7 Mai 2020

Des médias internationaux disaient Kim Jong-un mort, en grave danger ou plus prosaïquement à la plage. Suite à son absence remarquée lors d’un événement majeur célébrant l’anniversaire de son défunt grand-père et fondateur de la nation Kim Il-sung, le 15 avril, la machine à rumeurs s’est de nouveau emballée autour de l’état de santé du « cher leader ».



La mine joviale et visiblement en pleine possession de ses moyens, Kim Jong-un est finalement réapparu, après 20 jours sans activités publiques, pour participer à l’inauguration d’une usine d’engrais le 1er mai dernier. Si le mystère de son absence n’a pas été élucidé, de nombreux experts aguerris s’attendaient à ce type de dénouement.

Depuis son accession au pouvoir en 2011, ce n’est pas la première fois que Kim se tient éloigné de la vie publique sans que Pyongyang ne daigne livrer la moindre explication. Il avait disparu des radars pendant plus d’un mois en 2014 avant de refaire surface, appuyé sur une béquille à la suite d’une opération de la cheville, et plus tôt dans l’année, on ne l’a plus vu pendant trois semaines. En parallèle, les rumeurs sur un sérieux problème de santé ou une crise politique interne enflent immanquablement.

Pour Daniel Pinkston, spécialiste de la Corée du Nord à l’International Crisis Group, « Kim Jong-un a peut-être eu un problème de santé ou subi une opération, mais si les choses avaient été aussi graves que certaines sources l'ont spéculé, nous aurions vu beaucoup plus d'activités au Nord. Il est important de noter que les sources officielles du renseignement sud-coréen ont systématiquement minimisé les dangers ».


Face aux spéculations, le service national de renseignement (NIS) de la Corée du Sud a constamment démenti toutes les assertions quant à une maladie cardiaque ou une opération chirurgicale, affirmant que Kim gérait les affaires du régime de manière habituelle et se serait simplement concentré sur les affaires locales et l'impact de l'épidémie de nouveau coronavirus.

La Corée du Nord dispose encore aujourd’hui d’un pouvoir quasi total de manipulation et de contrôle du flux d'informations pour ne pas que ce type de secret lui échappe. Ainsi, le régime peut construire et maintenir un récit qui vante le régime de la famille Kim depuis trois générations pour justifier son emprise sur le pouvoir. Brendan Howe, professeur au département d’études internationales de l’université féminine Ewha, à Séoul, souligne que « les dictatures sont particulièrement vulnérables lors des transferts de pouvoir. Si un groupe a pour ambition de contester le régime, c'est le bon moment pour le faire. Pour le successeur, lui et ses partisans doivent s'assurer qu'ils ont bien pris les rênes, donc pour eux, garder le secret pendant une courte période jusqu'à ce qu'ils soient sûrs de pouvoir rendre publiques ces informations est rationnel. Pour le leader, il faut également minimiser ou dissimuler tout problème de santé, car cela peut être perçu comme une faiblesse potentiellement exploitable ».

RFI
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