Diomaye Faye à Bamako : les raisons d'un rapprochement avec Assimi Goïta

Mercredi 29 Juillet 2026

Dix jours après son élection à la présidence de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a effectué son premier déplacement officiel à Bamako. Une visite hautement symbolique qui marque une nouvelle étape dans les relations entre l'organisation sous-régionale et les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES).

Reçu au palais de Koulouba par son homologue malien Assimi Goïta, le chef de l'État sénégalais a réaffirmé la volonté de Dakar d'accompagner le Mali face aux défis sécuritaires qui secouent la région. « Le Sénégal est disponible pour accompagner le Mali face aux défis multiples et aux menaces qui pèsent sur la paix et la stabilité dans toute la région », a déclaré Bassirou Diomaye Faye à l'issue de son entretien avec le président malien, tout en reconnaissant que les tensions entre la CEDEAO et l'AES ont contribué à fragiliser davantage la stabilité régionale.


Pour plusieurs observateurs, cette visite revêt une double dimension, à la fois bilatérale et communautaire. Selon l'analyste politique sénégalais Abdoulaye Kanté, le président sénégalais agit simultanément au nom du Sénégal et de la CEDEAO. « La présidence de Bassirou Diomaye Faye à la CEDEAO est placée sous le signe de la sécurité régionale. Sa diplomatie privilégie la solidarité africaine et la recherche de solutions régionales face à une menace commune », explique-t-il.

Les préoccupations sécuritaires sont en effet grandissantes. Depuis plusieurs années, le Sénégal renforce son dispositif à sa frontière orientale grâce notamment aux Groupes d'action rapide de surveillance et d'intervention (GARSI), installés à Kidira, afin de contenir l'expansion des groupes armés opérant au Mali.

Mais la progression du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) dans la région de Kayes, à proximité du territoire sénégalais, inquiète de plus en plus les autorités. Les attaques répétées contre les convois commerciaux sur le corridor Dakar-Bamako menacent désormais les échanges économiques entre les deux pays.

Des intérêts économiques partagés

Au-delà des questions sécuritaires, cette visite répond également à des enjeux économiques majeurs.

Le corridor reliant Dakar à Bamako demeure vital pour le Mali, dont une grande partie des importations transite par le port de Dakar. Les perturbations provoquées par les groupes armés affectent donc directement les économies malienne et sénégalaise.

Pour Dakar, préserver cette route commerciale représente un intérêt stratégique tant pour les opérateurs économiques que pour l'activité portuaire sénégalaise.

Vers un rapprochement entre la CEDEAO et l'AES

Cette visite traduit également une volonté d'apaisement entre la CEDEAO et les États de l'AES. Après plusieurs années marquées par des sanctions économiques et de fortes tensions diplomatiques à la suite des coups d'État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les nouvelles autorités de la CEDEAO semblent privilégier une approche plus pragmatique fondée sur le dialogue.

Le déplacement de Bassirou Diomaye Faye à Bamako intervient ainsi dans un contexte où plusieurs dirigeants ouest-africains multiplient les initiatives pour renouer les échanges avec les pays sahéliens. Quelques jours après son investiture, le président béninois Romuald Wadagni s'était également rendu au Niger afin de relancer les discussions sur la réouverture de la frontière entre les deux pays.

En choisissant Bamako pour son premier déplacement en tant que président en exercice de la CEDEAO, Bassirou Diomaye Faye envoie un signal fort : celui d'une volonté de restaurer le dialogue avec les pays de l'AES, tout en faisant de la sécurité et de la coopération régionale les priorités de son mandat à la tête de l'organisation ouest-africaine.
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