Déclaration de patrimoine : le double jeu de Sonko et l’hypocrisie des députés de Pastef (Par Abdoulaye Gallo DIAO)

Jeudi 13 Aout 2026

« Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Cet adage prend aujourd’hui une résonance particulière dans le débat sur la transparence dans la gestion des finances publiques au Sénégal.

La contradiction apparaît d’abord dans la volonté d’Ousmane Sonko de faire renforcer, par sa majorité parlementaire, les obligations de déclaration de patrimoine auprès de l’OFNAC. Cette démarche a notamment conduit à l’adoption de la loi n° 2025-13 relative à la déclaration de patrimoine, qui élargit le champ des personnes assujetties à cette obligation légale. 

Mais la contradiction est surtout flagrante lorsqu’on compare les comportements du Président Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko. Le 22 mars 2024, deux jours avant l’élection présidentielle, alors qu’il n’était encore que candidat et ne savait donc pas qu’il deviendrait Président de la République, Bassirou Diomaye Faye avait volontairement rendu publique sa déclaration de patrimoine.

 Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et actuel président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’État, refuse, jusqu’à présent, de rendre volontairement publique la sienne, malgré les accusations et interrogations, y compris dans certains milieux qui lui étaient favorables, portant sur l’ampleur supposée de ses richesses, ainsi que sur de présumées techniques de dissimulation de biens et de recours à des prête-noms. 

À cela s’ajoutent les interrogations relatives aux moyens financiers dont il disposait lorsqu’il était Premier ministre, notamment autour des 1,77 milliard de FCFA par trimestre évoqués au titre des fonds politiques. Toutes ces accusations et interrogations appellent non pas le silence, mais la transparence, la traçabilité et l’exemplarité.

Dès lors, une question s’impose : comment peut-on demander aux autres responsables publics de se soumettre à des obligations toujours plus étendues de déclaration de patrimoine tout en refusant soi-même d’aller au-delà du strict dépôt administratif et de rendre public son propre patrimoine ?

La même contradiction apparaît dans la session extraordinaire de l’Assemblée nationale ouverte le 10 août 2026, au cours de laquelle ont notamment été inscrites des demandes de création de commissions d’enquête parlementaire.

 Mais pourquoi Ousmane Sonko n’avait-il pas engagé ces mêmes procédures lorsqu’il était Premier ministre et qu’il se présentait lui-même comme le chef de la majorité parlementaire ?

 Il disposait alors de l’autorité gouvernementale et du soutien de sa majorité pour exercer pleinement les prérogatives de contrôle parlementaire. Leur activation après son départ de la Primature donne légitimement le sentiment d’un contrôle devenu instrument de confrontation politique.
À cette même session figurait également la proposition de modification de l’article 37 de la Constitution, destinée à imposer au Président de la République une déclaration de patrimoine également à la fin de son mandat. Là encore, le paradoxe est saisissant.

Pendant qu’Ousmane Sonko et sa majorité veulent imposer au Président Bassirou Diomaye Faye une obligation supplémentaire de déclaration à la fin de son mandat, Ousmane Sonko, lui-même ancien Premier ministre et aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, ne choisit toujours pas de rendre publique sa propre déclaration de patrimoine.

Le problème n’est donc pas la transparence.  Le problème est la transparence à géométrie variable : une exigence renforcée pour le Président Bassirou Diomaye Faye, mais limitée lorsqu’elle concerne l'ancien Premier ministre et actuel président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko.

La majorité parlementaire de Pastef doit avoir le courage de regarder cette contradiction en face. Les députés ne doivent pas être les instruments d’une stratégie politique personnelle, mais les gardiens de l’intérêt général. La transparence ne peut être une arme contre les autres. Elle doit être une règle pour tous, et d’abord pour ceux qui prétendent en être les principaux défenseurs.

Abdoulaye Gallo Diao

Membre du Bureau politique du PS, Secrétaire national adjoint chargé des TIC
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