DPG : Ndiawar Seck dénonce la place « au second plan » accordée à la culture par Al Aminou Lô

Mercredi 9 Septembre 2026

La place accordée à la culture dans la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, présentée le 8 septembre 2026, suscite la déception de Ndiawar Seck. L’acteur culturel lougatois reproche au chef du Gouvernement une approche essentiellement technocratique du développement et estime que les industries culturelles et créatives auraient dû occuper une place beaucoup plus importante dans sa feuille de route.


Ndiawar Seck ne cache pas sa déception après la Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Pour l’acteur culturel, le fait que le chef du Gouvernement soit originaire de Louga, région à laquelle il attribue un important héritage artistique et intellectuel, rend cette déception encore plus forte. « Voir Ahmadou Al Aminou Lô, un fils de Louga, terre historique de culture, de grands intellectuels, de poètes et de foyers artistiques majeurs au Sénégal, reléguer la culture au second plan de sa Déclaration de politique générale du 8 septembre 2026, suscite une profonde déception chez les acteurs du secteur », déplore Ndiawar Seck.


Pour expliquer cette orientation, l’acteur culturel pointe d’abord le profil du Premier ministre, dont la formation et le parcours auraient, selon lui, fortement influencé la conception des priorités gouvernementales. « Al Aminou Lô n’est pas un homme politique de terrain, mais un économiste et ancien haut fonctionnaire de la BCEAO. Sa grille de lecture du développement est essentiellement comptable, financière et macroéconomique », analyse-t-il. Ndiawar Seck estime que le contexte économique et financier difficile a également conduit le Premier ministre à privilégier la dette, les finances publiques et les discussions avec les partenaires financiers. « Face à une crise budgétaire aiguë, à la gestion de la dette et aux négociations avec le FMI, sa priorité absolue a été de rassurer les marchés financiers et de restructurer les finances publiques », soutient-il.

Selon lui, cette approche favoriserait les secteurs dont les retombées sont plus facilement mesurables. « Pour un banquier central de formation, les investissements prioritaires sont quantifiables à court terme : infrastructures, énergie, fiscalité », relève-t-il. À l'inverse, poursuit Ndiawar Seck, « la culture, bien qu’étant une industrie, souffre d’un manque de données statistiques standardisées au Sénégal, ce qui la rend invisible dans les tableurs des technocrates de la Primature ».

Le « piège des grands projets »

L’acteur culturel critique également ce qu’il considère comme une conception trop centrée sur les infrastructures physiques. Il cite notamment les projets dits « catalytiques » évoqués dans la DPG, dont le Dakar Millenium Center à Ouakam. À ses yeux, « le Gouvernement conçoit la culture à travers le prisme du BTP et des infrastructures d’accueil, pensant que construire des bâtiments modernes suffit à développer le secteur ».

Or, estime-t-il, les attentes des professionnels dépassent largement la construction d'infrastructures. « Les acteurs culturels, eux, attendent des réformes sur le statut de l’artiste, des fonds de roulement, la protection des droits d’auteur et des subventions à la création », énumère Ndiawar Seck. Il considère ainsi que « l’économie de la culture a été réduite à une simple dimension immobilière et touristique ».

Une « déconnexion avec l’héritage de Louga »

Ndiawar Seck revient ensuite sur les origines lougatoises du Premier ministre. Pour lui, la DPG aurait pu constituer une occasion de donner une nouvelle impulsion aux industries culturelles et créatives. « Louga a vu naître et grandir des figures culturelles mondiales et des traditions artistiques qui ont façonné l’identité sénégalaise », souligne-t-il.

Dès lors, poursuit-il, « qu’un natif de cette région n’utilise pas la DPG comme une tribune pour sanctuariser les Industries Culturelles et Créatives démontre une rupture ».

L’acteur culturel dénonce, par ailleurs, une politique encore trop centralisée autour de la capitale. « Les politiques culturelles restent pensées depuis Dakar, ignorant le potentiel de décentralisation des industries créatives dans les régions comme Louga », regrette-t-il.

« Une erreur stratégique majeure »

Au-delà de la défense des artistes, Ndiawar Seck présente la culture comme un véritable enjeu économique et un levier d’emploi pour la jeunesse. « En ignorant le poids économique de la culture, qui crée pourtant des milliers d’emplois directs pour la jeunesse et génère de la valeur immatérielle, Al Aminou Lô commet une erreur stratégique majeure », accuse-t-il.

Pour l’acteur culturel lougatois, considérer la culture comme un secteur secondaire reviendrait à sous-estimer son importance dans le développement et le rayonnement du Sénégal. « Il traite comme un luxe ou un folklore ce qui constitue, partout dans le monde, un pilier du PIB et le soft power d’une nation », ajoute  Ndiawar Seck.
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