À l’occasion du 47ᵉ Congrès ouest-africain de pharmacologie, couplé à la deuxième Journée ivoirienne de pharmacologie et de pharmacovigilance, ouvert mardi 13 octobre 2026 à Abidjan, la professeure Geneviève N’Guessan-Irié, présidente de la Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique (SIPT), a tiré la sonnette d’alarme sur la circulation des médicaments de qualité inférieure et falsifiés. Elle a également plaidé pour un rapprochement entre les praticiens de la médecine traditionnelle et les scientifiques, afin d’améliorer la prise en charge des patients.
La circulation des faux médicaments, les risques liés à l'automédication et les difficultés de collaboration entre médecine traditionnelle et médecine moderne figurent parmi les préoccupations soulevées à Abidjan par la professeure Geneviève N’Guessan-Irié. Spécialiste ivoirienne de la pharmacologie des plantes médicinales et présidente de la Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique (SIPT), elle s'est exprimée en marge de l'ouverture du congrès régional, qui réunit des spécialistes venus de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.
Pour l'universitaire, cette rencontre constitue une occasion de renforcer la coopération scientifique régionale tout en sensibilisant les populations aux bonnes pratiques d'utilisation des médicaments.,« En Afrique de l'Ouest, nous organisons des congrès de pharmacologie au niveau sous-régional depuis la création de la Société ouest-africaine de pharmacologie en 1971. Mais en Côte d'Ivoire, c'est l'année dernière que nous avons commencé à organiser une journée nationale de pharmacologie », a-t-elle expliqué.
La présidente de la SIPT souligne que l'organisation du congrès régional à Abidjan a permis de réunir les deux manifestations. « Nous sommes donc à notre deuxième édition et il était bon pour nous, puisque nous bénéficions de l'organisation tournante du congrès ouest-africain, de pouvoir jumeler cela avec notre journée nationale, parce que nous parlons uniquement de pharmacologie et de thérapeutique », a-t-elle précisé. « Nous voulons briser les barrières » entre médecine traditionnelle et scientifiques
L'un des principaux défis identifiés par la professeure Geneviève N’Guessan-Irié concerne les relations entre les praticiens de la médecine traditionnelle et les chercheurs.
Selon elle, les connaissances traditionnelles constituent une ressource importante pour la découverte et le développement de traitements. Toutefois, leur valorisation scientifique se heurte encore à des obstacles. « La médecine traditionnelle est pourvoyeuse de médicaments. Mais comment passer de la médecine traditionnelle aux médicaments de façon concrète ? C'est difficile, parce qu'il y a un manque de confiance entre les praticiens de la médecine traditionnelle et les scientifiques », a-t-elle relevé.
Face à cette situation, elle appelle à dépasser les méfiances réciproques et à développer des collaborations permettant de mieux exploiter les connaissances disponibles. « Nous voulons briser ces barrières-là et nous voulons que toutes nos populations puissent bénéficier de nos savoir-faire, que ce soient des savoir-faire ancestraux ou des savoir-faire scientifiques », a-t-elle insisté.
Pour la présidente de la SIPT, l'objectif est de faire converger les connaissances au bénéfice des malades. « Nous voulons, à travers ce congrès, amener les uns et les autres à faire converger leurs connaissances pour la prise en charge du patient et de la population, et surtout pour une bonne prise en charge », a-t-elle expliqué.
Les médicaments vendus dans la rue pointés du doigt
La professeure Geneviève N’Guessan-Irié a également exprimé ses inquiétudes face à la commercialisation incontrôlée de produits pharmaceutiques., Elle dénonce notamment la vente de médicaments dans les transports et sur les marchés, sans garanties suffisantes concernant leur qualité et leur sécurité. « Il y a des médicaments qu'on vend un peu partout, notamment dans les cars. Et vous voyez combien de fois il y a des insuffisances rénales. Nous voulons combattre ces choses-là », a-t-elle déclaré, en évoquant les risques sanitaires liés à l'utilisation de produits inadaptés ou dangereux. Elle résume l'ambition des organisateurs par une formule : « Nous voulons que le médicament ne tue plus, mais qu'il soigne. »
« Nous ne maîtrisons pas tout ce qui se passe »
Interrogée sur l'existence de données fiables concernant les médicaments de qualité inférieure et falsifiés (MTIF) en Côte d'Ivoire, la présidente de la SIPT reconnaît les limites des informations disponibles. « Je ne dirais pas oui, parce que la lutte est complexe. Pour avoir des données, cela veut dire qu'on maîtrise tout l'environnement. Or, nous ne maîtrisons pas tout ce qui se passe », a-t-elle reconnu. Elle souligne que ces produits ne circulent pas uniquement dans les marchés informels, mais peuvent également se retrouver dans les circuits officiels de distribution. « Nous luttons et c'est une lutte multidisciplinaire. Les forces de l'ordre et les professionnels de santé, tout le monde doit pouvoir se donner la main pour lutter contre ces médicaments de qualité inférieure et falsifiés qu'on retrouve sur nos marchés, à Roxy, mais aussi ailleurs, même dans le circuit licite », a-t-elle averti. Pour elle, la lutte contre ce phénomène exige une mobilisation collective associant les autorités sanitaires, les services de sécurité et les professionnels du médicament.
Des opérations de contrôle aux résultats limités
La spécialiste ivoirienne a également évoqué les actions entreprises pour lutter contre la vente de médicaments suspects. Selon elle, des échanges sont régulièrement organisés entre les acteurs concernés, parallèlement à des opérations de terrain menées avec la police sanitaire.
Cependant, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. « En collaboration avec la police sanitaire, nous faisons des descentes. Mais malheureusement, ces descentes portent très peu de fruits, parce que dès qu'on va sur le terrain, on ne voit plus personne », a-t-elle regretté.
Cette situation soulève, selon elle, des interrogations sur l'efficacité des interventions. « Qu'est-ce qui fait que cela ne marche pas ? Nous nous posons la question, mais nous continuons. Nous ne nous décourageons pas », a-t-elle assuré.
Au-delà des discussions scientifiques, la deuxième Journée ivoirienne de pharmacologie et de pharmacovigilance entend contribuer à une meilleure information du public. La professeure Geneviève N’Guessan-Irié estime que les populations doivent disposer de connaissances fiables pour éviter les risques liés à une mauvaise utilisation des produits pharmaceutiques. « Cette deuxième journée veut vraiment expliquer aux populations comment il faut prendre les médicaments, quelles sont les précautions à avoir et quelles sont les bonnes manières de les utiliser », a-t-elle expliqué.
Elle insiste sur la nécessité de ne pas laisser les patients dépendre uniquement des recommandations informelles ou des affirmations commerciales. « Nous voulons donner la réalité des produits pharmaceutiques qui se trouvent sur notre marché. Nous ne voulons pas que les populations soient livrées à elles-mêmes, à se dire : tel médicament, on dit que c'est bon, donc je le prends. Nous voulons leur présenter les bases scientifiques d'un médicament », a-t-elle conclu.
À travers ce congrès, la Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique entend ainsi renforcer le dialogue entre les différents acteurs de la santé, promouvoir une utilisation rationnelle des médicaments et encourager la valorisation scientifique des savoirs traditionnels.
La circulation des faux médicaments, les risques liés à l'automédication et les difficultés de collaboration entre médecine traditionnelle et médecine moderne figurent parmi les préoccupations soulevées à Abidjan par la professeure Geneviève N’Guessan-Irié. Spécialiste ivoirienne de la pharmacologie des plantes médicinales et présidente de la Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique (SIPT), elle s'est exprimée en marge de l'ouverture du congrès régional, qui réunit des spécialistes venus de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.
Pour l'universitaire, cette rencontre constitue une occasion de renforcer la coopération scientifique régionale tout en sensibilisant les populations aux bonnes pratiques d'utilisation des médicaments.,« En Afrique de l'Ouest, nous organisons des congrès de pharmacologie au niveau sous-régional depuis la création de la Société ouest-africaine de pharmacologie en 1971. Mais en Côte d'Ivoire, c'est l'année dernière que nous avons commencé à organiser une journée nationale de pharmacologie », a-t-elle expliqué.
La présidente de la SIPT souligne que l'organisation du congrès régional à Abidjan a permis de réunir les deux manifestations. « Nous sommes donc à notre deuxième édition et il était bon pour nous, puisque nous bénéficions de l'organisation tournante du congrès ouest-africain, de pouvoir jumeler cela avec notre journée nationale, parce que nous parlons uniquement de pharmacologie et de thérapeutique », a-t-elle précisé. « Nous voulons briser les barrières » entre médecine traditionnelle et scientifiques
L'un des principaux défis identifiés par la professeure Geneviève N’Guessan-Irié concerne les relations entre les praticiens de la médecine traditionnelle et les chercheurs.
Selon elle, les connaissances traditionnelles constituent une ressource importante pour la découverte et le développement de traitements. Toutefois, leur valorisation scientifique se heurte encore à des obstacles. « La médecine traditionnelle est pourvoyeuse de médicaments. Mais comment passer de la médecine traditionnelle aux médicaments de façon concrète ? C'est difficile, parce qu'il y a un manque de confiance entre les praticiens de la médecine traditionnelle et les scientifiques », a-t-elle relevé.
Face à cette situation, elle appelle à dépasser les méfiances réciproques et à développer des collaborations permettant de mieux exploiter les connaissances disponibles. « Nous voulons briser ces barrières-là et nous voulons que toutes nos populations puissent bénéficier de nos savoir-faire, que ce soient des savoir-faire ancestraux ou des savoir-faire scientifiques », a-t-elle insisté.
Pour la présidente de la SIPT, l'objectif est de faire converger les connaissances au bénéfice des malades. « Nous voulons, à travers ce congrès, amener les uns et les autres à faire converger leurs connaissances pour la prise en charge du patient et de la population, et surtout pour une bonne prise en charge », a-t-elle expliqué.
Les médicaments vendus dans la rue pointés du doigt
La professeure Geneviève N’Guessan-Irié a également exprimé ses inquiétudes face à la commercialisation incontrôlée de produits pharmaceutiques., Elle dénonce notamment la vente de médicaments dans les transports et sur les marchés, sans garanties suffisantes concernant leur qualité et leur sécurité. « Il y a des médicaments qu'on vend un peu partout, notamment dans les cars. Et vous voyez combien de fois il y a des insuffisances rénales. Nous voulons combattre ces choses-là », a-t-elle déclaré, en évoquant les risques sanitaires liés à l'utilisation de produits inadaptés ou dangereux. Elle résume l'ambition des organisateurs par une formule : « Nous voulons que le médicament ne tue plus, mais qu'il soigne. »
« Nous ne maîtrisons pas tout ce qui se passe »
Interrogée sur l'existence de données fiables concernant les médicaments de qualité inférieure et falsifiés (MTIF) en Côte d'Ivoire, la présidente de la SIPT reconnaît les limites des informations disponibles. « Je ne dirais pas oui, parce que la lutte est complexe. Pour avoir des données, cela veut dire qu'on maîtrise tout l'environnement. Or, nous ne maîtrisons pas tout ce qui se passe », a-t-elle reconnu. Elle souligne que ces produits ne circulent pas uniquement dans les marchés informels, mais peuvent également se retrouver dans les circuits officiels de distribution. « Nous luttons et c'est une lutte multidisciplinaire. Les forces de l'ordre et les professionnels de santé, tout le monde doit pouvoir se donner la main pour lutter contre ces médicaments de qualité inférieure et falsifiés qu'on retrouve sur nos marchés, à Roxy, mais aussi ailleurs, même dans le circuit licite », a-t-elle averti. Pour elle, la lutte contre ce phénomène exige une mobilisation collective associant les autorités sanitaires, les services de sécurité et les professionnels du médicament.
Des opérations de contrôle aux résultats limités
La spécialiste ivoirienne a également évoqué les actions entreprises pour lutter contre la vente de médicaments suspects. Selon elle, des échanges sont régulièrement organisés entre les acteurs concernés, parallèlement à des opérations de terrain menées avec la police sanitaire.
Cependant, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. « En collaboration avec la police sanitaire, nous faisons des descentes. Mais malheureusement, ces descentes portent très peu de fruits, parce que dès qu'on va sur le terrain, on ne voit plus personne », a-t-elle regretté.
Cette situation soulève, selon elle, des interrogations sur l'efficacité des interventions. « Qu'est-ce qui fait que cela ne marche pas ? Nous nous posons la question, mais nous continuons. Nous ne nous décourageons pas », a-t-elle assuré.
Au-delà des discussions scientifiques, la deuxième Journée ivoirienne de pharmacologie et de pharmacovigilance entend contribuer à une meilleure information du public. La professeure Geneviève N’Guessan-Irié estime que les populations doivent disposer de connaissances fiables pour éviter les risques liés à une mauvaise utilisation des produits pharmaceutiques. « Cette deuxième journée veut vraiment expliquer aux populations comment il faut prendre les médicaments, quelles sont les précautions à avoir et quelles sont les bonnes manières de les utiliser », a-t-elle expliqué.
Elle insiste sur la nécessité de ne pas laisser les patients dépendre uniquement des recommandations informelles ou des affirmations commerciales. « Nous voulons donner la réalité des produits pharmaceutiques qui se trouvent sur notre marché. Nous ne voulons pas que les populations soient livrées à elles-mêmes, à se dire : tel médicament, on dit que c'est bon, donc je le prends. Nous voulons leur présenter les bases scientifiques d'un médicament », a-t-elle conclu.
À travers ce congrès, la Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique entend ainsi renforcer le dialogue entre les différents acteurs de la santé, promouvoir une utilisation rationnelle des médicaments et encourager la valorisation scientifique des savoirs traditionnels.