Corridor Dakar–Praia : le Sénégal et le Cap-Vert accélèrent leur coopération économique

Vendredi 17 Avril 2026

Pendant trois jours, la capitale capverdienne, Praia, a servi de cadre à une mission de prospection économique à forte portée stratégique pour les relations bilatérales entre le Sénégal et le Cap-Vert. Conduite par le Conseil sénégalais des chargeurs (COSEC), la délégation sénégalaise, composée notamment de responsables de l’ARM, du COSAMA et de l’ASEPEX, a multiplié les rencontres de haut niveau avec un objectif clair : renforcer le corridor Dakar–Praia et consolider l’intégration économique sous-régionale.

Cette mission s’inscrit dans le prolongement de la visite officielle effectuée l’an dernier par le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, au Cap-Vert. Elle traduit la volonté des autorités sénégalaises de faire du pays un hub logistique en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant notamment sur le développement des échanges maritimes.

Dès les premiers échanges, un constat s’est imposé : malgré l’excellence des relations diplomatiques entre Dakar et Praia, le volume des échanges commerciaux demeure largement en deçà du potentiel. Dans un contexte où le Cap-Vert dépend à près de 90 % des importations, les opportunités apparaissent considérables pour les exportateurs sénégalais.

La Directrice générale du COSEC, Ndéye Rokhaya Thiam, a ainsi rappelé l’importance stratégique de ce corridor : « Le Président de la République considère le corridor Dakar–Praia comme un axe prioritaire. Le transport et la logistique doivent être au cœur de la réflexion pour concrétiser cette ambition. »



Reçue par les autorités capverdiennes, dont le Premier ministre, la délégation sénégalaise a noté une forte volonté politique de renforcer les relations économiques bilatérales. Les échanges avec les ministères sectoriels et les structures techniques ont permis d’identifier trois principaux obstacles : l’irrégularité des liaisons maritimes, certaines barrières non tarifaires et les contraintes liées aux normes phytosanitaires.

Toutefois, ces difficultés apparaissent surmontables. Les normes sont globalement harmonisées entre les deux pays, et l’expertise sénégalaise, déjà reconnue sur des marchés exigeants, constitue un gage de crédibilité. Le principal défi reste donc d’ordre logistique.

Sur ce point, le COSAMA a affiché sa détermination à accompagner la dynamique en cours. Son directeur général a assuré que « toutes les dispositions seront prises pour fluidifier les échanges », évoquant même la possibilité de mobiliser un navire pour assurer une liaison régulière entre les deux pays.

Vers une phase opérationnelle et des projets concrets

La mission a franchi une étape décisive lors de sa dernière journée, marquée par une orientation résolument opérationnelle. Les autorités capverdiennes, notamment à travers leur ministre des Finances, ont proposé le lancement d’une expérience pilote de liaison maritime, destinée à tester et ajuster le modèle d’échanges.

Dans cette perspective, une équipe technique mixte sera mise en place afin de suivre et d’accompagner la mise en œuvre des engagements. La Direction générale des Douanes de Praia a, de son côté, facilité le cadre en clarifiant les procédures de dédouanement et en mettant en place un point focal dédié à l’accompagnement des opérateurs sénégalais.



Les secteurs agricoles et halieutiques sénégalais se positionnent déjà pour tirer parti de cette dynamique. Mangue, oignon, tomate, carotte, produits halieutiques, sel ou encore arachide : autant de filières qui disposent de capacités de production importantes et d’un savoir-faire reconnu.

Le directeur de l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (ASEPEX) a tenu à rassurer sur la qualité des produits : « Les produits sénégalais sont présents sur les marchés européens et américains, preuve de leur conformité aux standards internationaux. »

La rencontre avec les opérateurs sénégalais établis à Praia a d’ailleurs débouché sur des résultats concrets, avec des commandes déjà enregistrées pour certains produits destinés à l’exportation.



Au terme de cette mission, un constat s’impose : les bases d’un renforcement durable des échanges entre le Sénégal et le Cap-Vert sont désormais posées. Entre volonté politique affirmée, complémentarité économique et mobilisation des acteurs publics et privés, le corridor Dakar–Praia entre dans une nouvelle phase. Reste désormais à concrétiser ces engagements sur le terrain, afin de transformer cette proximité géographique en un véritable levier d’intégration régionale et de croissance économique partagée.




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