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Corrélation pharmaceutique — subordonner la cadence à la preuve de la capacité réelle des opérateurs (Par Alhassane Ahmed DATHE )

Dimanche 14 Juin 2026

Madame le Directeur Général de l'Agence de Réglementation Pharmaceutique,

Nous avons pris connaissance de la sortie des industriels conditionneurs déplorant le retard de publication de la troisième liste des produits soumis à la corrélation (l'Obs, 12 juin 2026). 

Cette sortie appelle, de notre part, une mise au point.

Disons-le d'emblée : nous ne contestons ni le principe ni la finalité de la corrélation.  Le transfert de technologie, la création d'emplois industriels, le renforcement de la souveraineté sanitaire et l'amélioration de l'accès des populations au médicament sont des objectifs que nous partageons pleinement.

Le débat ne porte pas sur le cap, mais sur les conditions de sa réussite.

Or ces conditions imposent une exigence simple et non négociable : 
la cadence de la corrélation ne peut précéder la preuve de la capacité. 

On ne saurait accélérer un dispositif au seul motif que certains opérateurs le réclament ; encore faut-il que ces opérateurs démontrent, pièces à l'appui, qu'ils sont prêts sur le plan de la qualité comme sur le plan financier à assumer les responsabilités qu'ils revendiquent. 

La charge de la preuve incombe à ceux qui sollicitent l'accélération, non à ceux qui appellent à la prudence.

Sur le plan de la qualité, la corrélation ne sert la souveraineté sanitaire que si les produits conditionnés localement offrent un niveau de sécurité et d'efficacité strictement équivalent à celui qu'ils remplacent.

 À défaut, elle troquerait une souveraineté de façade contre un risque sanitaire réel. 

Avant toute extension du dispositif, il est donc légitime et c'est précisément le rôle de l'ARP d'exiger de chaque unité candidate la preuve documentée de :

sa certification aux Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF/GMP), assortie d'inspections récentes ;
la qualification de ses installations, de ses équipements et de son personnel pharmaceutique responsable ;
l'existence d'un système de pharmacovigilance et de libération de lots réellement opérationnel ;
le cas échéant, la démonstration de la bioéquivalence des produits concernés.

Tant que ces preuves ne sont pas réunies et vérifiées, toute accélération revient à faire peser sur le patient un risque que nul ne maîtrise.

Sur le plan financier, conditionner localement n'est pas un acte déclaratif, c'est un engagement industriel durable. Il suppose des fonds de roulement suffisants, une capacité d'investissement réelle et la garantie d'un approvisionnement continu, sans rupture. 

Une unité incapable de financer une production régulière ne renforce pas le marché, elle le fragilise, en transformant des produits aujourd'hui disponibles en produits demain manquants. 

Il est donc tout aussi légitime d'exiger des candidats la preuve de leur surface financière, de leurs investissements engagés et de leurs garanties d'approvisionnement.
Car le risque est concret. 

Précipiter la corrélation sans filtre de capacité, c'est concentrer la production sur quelques unités fragiles, au détriment de la diversité thérapeutique et de la continuité de l'approvisionnement des officines.

Les premières victimes ne seraient ni les laboratoires ni les délégués médicaux : ce seraient les patients confrontés aux ruptures de stock.

Nous appelons par ailleurs au strict respect des Autorisations de Mise sur le Marché déjà accordées ou en cours de validité, pour lesquelles les laboratoires ont régulièrement acquitté leurs frais d'enregistrement et engagé des investissements conséquents.

La sécurité juridique et la prévisibilité réglementaire ne sont pas des privilèges, elles sont la condition même de la confiance des opérateurs et de la continuité de l'approvisionnement national.C'est la raison pour laquelle nous proposons que l'inscription de tout produit sur une nouvelle liste de corrélation soit subordonnée, en amont, à la validation par l'ARP d'un cahier des charges objectif et vérifiable, attestant pour chaque unité candidate de sa conformité qualité et de sa solidité financière. La cadence de la réforme serait ainsi indexée non sur la pression de quelques-uns, mais sur la capacité démontrée du tissu industriel à honorer ses engagements,c'est le sens d'une transition séquencée, équitable et soutenable.

Dans ce débat, l'ARP est le garant naturel de l'intérêt général.
Nul mieux qu'elle ne peut faire prévaloir la preuve sur la pression, et la sécurité du patient sur l'empressement commercial. Nous formons le vœu que la troisième liste qui renferme le PARACÉTAMOL (GROS MARCHÉ), lorsqu'elle paraîtra, soit le fruit de cette exigence et non d'une précipitation dont le secteur, et au premier chef les populations, paieraient le prix en plus de produire l'évaluation objective des deux premières listes. Au-delà de nos intérêts respectifs, nous poursuivons tous le même objectif : servir la santé des Sénégalais et contribuer durablement au développement de notre industrie pharmaceutique nationale.


Alhassane Ahmed DATHE 
Secrétaire Général 
SYNDICAT DES DÉLÉGUÉS MEDICAUX ET FONCTIONS SUPPORTS DU SENEGAL (SYDEMS

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