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Chine : la campagne anticorruption frappe le sommet de l’armée

Mardi 27 Janvier 2026

En Chine, la campagne anticorruption s’attaque à la tête de l’armée. Samedi 24 janvier, le ministère chinois de la Défense a annoncé que deux généraux faisaient l’objet d’une enquête pour « suspicion de graves violations de la discipline et de la loi ». Parmi eux figure le plus haut gradé de l’Armée populaire de libération (APL) et un ami personnel de Xi Jinping. Une purge sans précédent, qui suscite de nombreuses interrogations sur l’avenir et les capacités opérationnelles de l’armée chinoise.

Un simple communiqué d’une ligne, publié ce samedi 24 janvier, mais un véritable tremblement de terre pour une institution forte de deux millions d’hommes. L’annonce de l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Zhang Youxia et Liu Zhenli, deux membres de la puissante Commission militaire centrale (CMC), « est incroyable », assure Alex Payette, PDG de la société de conseil Cercius et spécialiste de l’armée chinoise.

Le motif avancé – « suspicion de graves violations de la discipline et de la loi » –, les rumeurs de possibles fuites d’informations militaires, ainsi que l’éditorial du quotidien de l’armée publié dimanche, affirmant que les deux hommes ont « gravement bafoué et sapé le système de responsabilité ultime incombant au président de la Commission militaire centrale » (NDLR : Xi Jinping), laissent peu de doute sur leur avenir au sein d’un appareil militaire chinois désormais privé de leadership.

Un compagnon d’armes du père de Xi Jinping

Depuis 2023, de nombreux dirigeants militaires ont été victimes de purges — une vingtaine de généraux, dont deux ministres de la Défense — dans le cadre d’une vaste campagne anticorruption. Mais aucun n’avait le parcours du général Zhang Youxia.



Âgé de 75 ans, il était de facto le numéro deux de l’armée, derrière Xi Jinping, président de la Commission militaire centrale, l’organe garant du contrôle du Parti communiste sur les forces armées. Fils d’un compagnon d’armes de Xi Zhongxun, le père de Xi Jinping, il était perçu comme un proche du secrétaire général, qui l’avait reconduit à son poste de premier vice-président de la CMC malgré le dépassement de la limite d’âge réglementaire.

Zhang Youxia faisait également partie des rares officiers de l’état-major à disposer d’une expérience de combat significative, acquise lors de la guerre sino-vietnamienne de 1979. « C’était un homme avec un certain prestige, une présence rassurante pour les troupes, analyse Alex Payette. Une vraie source de stabilité pour équilibrer les mouvements internes, alors que les purges se sont multipliées. »

La Force des missiles, chargée du programme balistique et nucléaire, ainsi que la marine chinoise, ont vu leur commandement se réduire drastiquement ces deux dernières années sous l’effet d’une campagne anticorruption sans précédent depuis Mao Zedong.

Cette série de purges vise à « nettoyer les dérives de corruption ou d’accumulation d’argent sur les dernières décennies », assure Emmanuel Véron, géographe, spécialiste de la Chine contemporaine, associé à l’INALCO et au centre HEC Géopolitique. Mais elle est également utilisée par Xi Jinping comme « un levier opérationnel pour éliminer tous ses rivaux », estime le chercheur.

« Aujourd’hui, mobiliser l’armée semble difficile à envisager »

Une stratégie qui semble se faire au détriment du fonctionnement de l’appareil militaire, désormais largement vidé de son commandement. Des sept membres qui composaient la CMC en juin 2024, il n’en resterait plus que deux : Xi Jinping, le président, et le deuxième vice-président chargé de la discipline. Et si l’expulsion de deux nouveaux généraux de la commission n’est pas encore officielle, elle ne fait guère de doute.

En même temps que le numéro deux de son armée, le dirigeant chinois s’est également séparé de Liu Zhenli, chef de l’état-major interarmées. Le général de 61 ans était en charge du renseignement, des opérations et de l’entraînement, « un poste qui ne se remplace pas du jour au lendemain », souligne Alex Payette.

« Aujourd’hui, mobiliser l’armée semble difficile à envisager : il y a trop de manques à combler. La chaîne de commandement est extrêmement suboptimale. »


Pourtant, une date figure dans de nombreux agendas, notamment à Washington. Selon l’ancien directeur de la CIA, William Burns, « Xi Jinping a donné l’ordre à l’Armée populaire de libération d’être prête à envahir Taïwan à partir de 2027 ». Un calendrier non confirmé par Pékin, mais qui coïncide avec le centenaire de l’APL et la tenue du congrès du Parti, lors duquel le secrétaire général pourrait briguer un quatrième mandat.

Mais avec ces purges, Xi Jinping a « affaibli de fait les forces armées à court comme à moyen terme », estime Emmanuel Véron. À cela s’ajoutent les lacunes héritées de décennies de corruption endémique, malgré la volonté affichée de modernisation.


L’opacité du système politique chinois complique l’analyse des motivations derrière cette nouvelle déstabilisation de l’armée, pourtant cruciale si le secrétaire général ambitionne de réaliser son rêve de « réunification », à savoir la conquête de Taïwan.

Certains avancent l’hypothèse d’une influence jugée excessive. « Zhang Youxia était réputé, depuis deux à trois ans, avoir du poids politique », note Emmanuel Véron, qui souligne l’exigence de loyauté totale imposée par Xi Jinping. L’approche du XXIᵉ congrès du Parti n’est sans doute pas étrangère à cette purge soudaine, avance de son côté Alex Payette.

« Si vous faites table rase en nommant des cadres plus jeunes qui doivent tout à Xi Jinping, vous vous offrez un soutien durable, au-delà de 2027. Car, tôt ou tard, il devra partir, et pour cela il vaut mieux conserver une forme de contrôle sur l’Armée populaire de libération. »

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