Casamance : entre Diomaye et Sonko, qui protège le « tout-puissant » Directeur général du CNAMS ?

Jeudi 20 Novembre 2025

Le Centre national d’action antimines au Sénégal (CNAMS), structure publique chargée du déminage humanitaire en Casamance, traverse une crise d’une gravité exceptionnelle. Alors que plus de 1,2 million de m² restent à dépolluer, l’institution est aujourd’hui paralysée, et les agents réclament un audit immédiat, accusant une « mauvaise gouvernance » qui menace directement la sécurité des populations.


À Ziguinchor, l’exaspération a atteint son paroxysme. Les travailleurs du CNAMS n’ont pas perçu le moindre salaire depuis sept mois, tandis que leur directeur est injoignable depuis cinq mois, présumé en fuite. Le personnel, abandonné à lui-même, parle d’une situation « insoutenable » et « profondément injuste ».

Selon leur porte-parole, Dioguaye Sène, les agents ont décidé de briser le silence en s’alliant au mouvement Vision Citoyenne afin d’alerter l’opinion publique et de mettre l’État face à ses responsabilités.

« Qui protège ce directeur ? » : Vision Citoyenne hausse le ton

Sur le terrain, le coordonnateur de Vision Citoyenne, Madia Diop Sané, ne cache pas sa colère : « Entre Diomaye et Sonko, qui protège ce directeur ? Parce que, à vrai dire, il a des protecteurs. Ce directeur n’a pas peur de faire du mal à ses employés. »

Il poursuit, interpellant directement le sommet de l’État : « Dites-moi : dans la fonction publique, qui sont ces gens qui peuvent rester sept mois sans salaire ? Est-ce que le Président, le Premier ministre, les ministres ou les députés ont déjà passé un seul mois sans être payés ? »

Rappelant le slogan gouvernemental « Jub, Jubal, Jubanti », il ajoute : « Si c’est le Président ou le PM qui le protège, qu’on nous le dise. Et s’ils veulent fermer ce centre, qu’ils aient l’audace de le faire. » Madia Diop Sané dénonce également les incohérences de gestion : « On nous dit que des engins de déminage sont arrivés, alors que les travailleurs sont sept mois sans salaire. Est-ce que les autorités respectent vraiment la Convention d’Ottawa ? »

Un système bloqué malgré la volonté politique affichée

Le personnel reconnaît pourtant une impulsion forte au sommet de l’État :
« La volonté politique réelle existe », disent-ils, rappelant le Plan Diomaye pour la Casamance et l’augmentation de 50 % du budget du PALAC. Mais pour les agents, cette dynamique est « totalement neutralisée par des dérives internes », dont l’absence du directeur pendant cinq mois et la gestion opaque des ressources. « Au point où nous en sommes, seul un audit indépendant pourra faire la lumière sur cette gestion », affirme l’un des travailleurs.

Un risque direct pour la sécurité des populations

Le ralentissement du déminage survient alors que des milliers de personnes se réinstallent dans les zones anciennement minées. « Chaque jour sans opération met des vies en danger », alertent-ils, rappelant que les mines continuent de menacer les agriculteurs, les enfants et les communautés rurales. Les agents soulignent que, malgré l’absence de salaire et un management fantôme, ils continuent d’assurer leurs missions « par sens du devoir », mais préviennent que cette situation ne peut plus durer.

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