Candidature de Macky Sall : la démesure du procès (Dr Cheikh Omar DIALLO)

Mardi 20 Octobre 2026

Cher ami et frère Babacar Justin Ndiaye, grand Dieu, que cela fait longtemps !
Depuis dix mois, je n’ai jamais été véritablement convaincu de la justesse de la candidature du Président Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU. Mais une fois la démarche engagée, nous l’avons soutenu. Il a perdu. Il s’est retiré. Nous saluons son retrait avec le respect et la dignité qui lui sont dus.


On peut contester une candidature sans rabaisser une institution. On peut critiquer un ancien Chef de l’Etat sans transformer son échec en humiliation nationale. On peut avoir le verbe haut. Encore faut-il avoir la preuve à hauteur du verbe.


Ta tribune, « La mère des erreurs », soulève une question fort légitime : cette candidature était-elle suffisamment préparée et soutenue ? Mais cette question reste ensevelie sous une avalanche de qualificatifs excessifs : « sous-honneur », « quitus toxique », « obscurs fonctionnaires ». Le réquisitoire impressionne. La démonstration convainc moins.


D’abord, depuis quand servir le monde serait-il déchoir ?
Ton argument central surprend : un ancien président s’abaisserait en devenant Secrétaire général des Nations unies. Sur quelle échelle ? Selon quel classement ? Une présidence passée conférerait-elle une dignité supérieure à toute responsabilité future ?


La grandeur d’une fonction se mesure aussi à la cause qu’elle permet de servir. Prévenir une guerre, porter une médiation, mobiliser les nations : faudrait-il y renoncer pour préserver son rang ? On ne descend pas de l’Histoire parce qu’on change de responsabilité.

Le secrétaire général subit, certes, les rapports de force internationaux. Qui les ignore ? Mais l’influence des cinq membres permanents ne fait pas de lui leur employé. La Charte lui interdit de recevoir des instructions gouvernementales et lui reconnaît la faculté d’alerter le Conseil de sécurité sur une menace contre la paix. Les contraintes sont réelles. Elles ne suffisent pas à définir la fonction par la servilité.


Les précédents méritent également davantage de précision. Vaira Vīķe-Freiberga fut candidate en 2006 alors qu’elle était encore présidente de la Lettonie. Elle n’était donc pas une ancienne présidente, au sens strict de ta formule. Mais une cheffe d’État européenne en exercice ne voyait manifestement aucune déchéance à briguer cette responsabilité.


Michelle Bachelet, deux fois présidente du Chili, fut elle aussi candidate. Le Chili se situe, certes, hors des continents que tu énumères. Son exemple répond néanmoins au fond de ton raisonnement : avoir dirigé un État n’interdit ni de vouloir servir l’ONU ni d’y voir une haute mission.

Ensuite, où sont les preuves ?
Le parrainage du Burundi pouvait être discuté. Son coût diplomatique méritait d’être étudié. Mais affirmer que Kigali aurait empêché un soutien africain compact exige davantage que de « bonnes sources ». Quels États ont changé de position ? Quelles démarches ont été entreprises ? Quels faits permettent d’établir ce lien ?


L’hypothèse mérite examen. Elle ne devient pas un fait par la seule assurance de celui qui l’énonce. La même exigence vaut pour les accusations visant le Présidennt Donald Trump. Le qualifier de « receleur » suppose une démonstration précise. Et déduire de ses propos injurieux que tout candidat africain était condamné d’avance revient à confondre un préjugé avec une décision diplomatique.

Une formule peut frapper juste. Elle peut aussi frapper à côté.
Enfin, pourquoi qualifier les concurrents d’« obscurs » ministres ou fonctionnaires ? Leur moindre notoriété les rendrait-elle moins compétents ? Une élection présidentielle donne un mandat pour gouverner un pays. Elle ne délivre pas un brevet de supériorité pour toutes les fonctions internationales.


On ne grandit pas Macky Sall en rapetissant ses concurrents.
Et, pourquoi faire porter au Sénégal et à l’Afrique entière le résultat d’une candidature ? Où est l’humiliation collective ? Dans le fait de concourir ? De rencontrer des résistances ? De se retirer ?


Un continent ne perd pas sa dignité parce qu’un de ses fils n’obtient pas une fonction.
Il reste le vrai débat ; le fond du problème : la préparation, les alliances, le choix controversé du parrainage, la solidité des soutiens, l’évaluation sans complaisance des chances. Sur ces points, une critique documentée serait utile. Elle permettrait de comprendre les erreurs diplomatiques et d’en tirer des leçons.


Mais ouvrir le procès par Saddam Hussein et le refermer sur l’humiliation de l’Afrique donne au texte une ampleur que ses preuves ne soutiennent pas.
Cher Babacar, ta ponctuation est sans tâche, ta plume a du souffle, ton verbe est fleuri, mais sur un tel sujet, nous attendions aussi qu’elle apporte des faits.
Tu voulais établir la démesure d’une candidature. Tu as surtout donné à lire la démesure d’un procès.

Dr Cheikh Omar DIALLO
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