Canaries : inquiétude et colère après l’arrivée du bateau touché par un foyer d’hantavirus

Dimanche 10 Mai 2026

Le navire de croisière MV Hondius, où a été détecté un foyer d'hantavirus, est arrivé tôt ce dimanche matin sur l'île espagnole de Tenerife, dans les Canaries. L'évacuation de passagers et membres d'équipage doit être organisée dans la foulée.


Le MV Hondius est entré vers 07H00 (05H00 GMT) dans le petit port de Granadilla de Abona, dans le sud de Tenerife, île de l'océan Atlantique. Une partie de l'équipage restera à bord du navire, qui poursuivra sa route vers les Pays-Bas. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) recensait ce dimanche matin six cas confirmés d'hantavirus parmi huit cas suspects, comprenant les trois personnes décédées de ce virus connu mais rare, pour lequel il n'y a ni vaccin ni traitement. Cette maladie peut notamment provoquer un syndrome respiratoire aigu, mais l'OMS a beau marteler que ce n'était « pas comme le Covid », la précédente épidémie est encore dans toutes les têtes.


Les cinq Français à bord du navire seront rapatriés « par un vol sanitaire ce jour » en France, ont annoncé dimanche les ministères français de la Santé et des Affaires étrangères. Ce transfert se fera « dans le respect des protocoles sanitaires en vigueur et en conformité avec les recommandations de l'OMS », ont souligné les deux ministères, qui se coordonnent pour organiser ce rapatriement.

Inquiétude de la population
Sur l’île de Tenerife, la plupart des Canariens témoignent de la défiance vis à vis d’une décision dans laquelle ils n’ont pas été consultés. Les autorités espagnoles ont certes expliqué que les passagers seront amenés par zodiac par groupes de cinq puis acheminés par bus vers l’aéroport international, d’où ils s'envoleront immédiatement vers leur pays d’origine. Cela ne suffit pas pour rassurer les gens, dont beaucoup ont la sensation d’avoir été floués. Ce nouvel épisode leur rappelle l'épidémie de Covid durant laquelle ils avaient eu le sentiment d'être abandonnés par la péninsule. Ils craignent également que cet accostage fasse fuir les touristes : le tourisme assure un tiers de la richesse de l'archipel.


L’Espagne est un pays quasiment fédéral, où les 17 régions ont beaucoup de prérogatives, un exécutif, un parlement. Chacune a aussi des compétences sanitaires importantes, rappelle François Musseau. Et c’est en partie ce qui explique le bras de fer entre le gouvernement central à Madrid et le le gouvernement régional aux Canaries.

Le premier s’est entendu avec l’Organisation mondiale de la Santé pour qu’accoste le bateau de croisière dans le port de Tenerife. L’idée étant alors chaque passager rejoigne son pays et que les 14 Espagnols infectés par l’hantavirus soient transportés dans un hôpital militaire à Madrid.

Mais aux Canaries, le chef de l’exécutif local affirme que dans l’archipel il n’y a pas les protocoles adéquats et pas de places hospitalières adaptées. Dans le fond, les autorités locales ne veulent pas prendre le risque d’une quelconque contagion sur l'archipel. La tension entre Madrid et les Canaries, dirigés de surcroît par des partis politiques de bords opposés, est très forte.
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