Canada : un Sénégalais sans statut accusé d’avoir fraudé près de 200 000 $ d’aide sociale

Mercredi 26 Aout 2026

Un Sénégalais de 45 ans est au cœur d’une importante affaire de fraude présumée à l’aide sociale au Québec. Omar Ndiaye est accusé d’avoir utilisé de multiples identités et de faux documents pour obtenir plus de 180 000 dollars d’argent public. Incarcéré depuis son arrestation le mois dernier, il s’est vu refuser sa remise en liberté dans l’attente de son procès.

Selon Le Journal de Montréal, les faits reprochés se seraient déroulés entre août 2024 et mars 2026. Omar Ndiaye fait face à des accusations de fraude envers le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), ainsi que de fabrication et d’utilisation de documents contrefaits.

D’après la thèse présentée par la poursuite, le suspect aurait effectué 55 demandes d’aide de dernier recours, principalement sur internet, en utilisant l’identité de différents bénéficiaires et en créant de faux profils.

Sur ces 55 demandes présumées frauduleuses, 37 auraient été acceptées par le ministère. Le stratagème aurait ainsi permis d’obtenir plus de 180 000 dollars d’argent public.

Sa propre photo sur de fausses identités

Un détail particulier aurait attiré l’attention des enquêteurs. Malgré l’utilisation présumée de différentes identités, plusieurs dossiers contenaient des photographies présentant « une très grande ressemblance » avec Omar Ndiaye.

Cet élément a été évoqué par le procureur de la Couronne, Me Julien Beaulieu, lors de l’enquête sur la remise en liberté de l’accusé devant le palais de justice de Montréal.

La poursuite affirme également disposer d’images de vidéosurveillance montrant le Sénégalais effectuant des retraits avec des cartes bancaires établies au nom de trois autres personnes.

Les policiers l’auraient par ailleurs observé récupérer du courrier dans plusieurs boîtes postales à une adresse différente de celle qu’il avait déclarée comme domicile.

Plus de 140 lettres découvertes

L’enquête aurait connu un tournant après une découverte effectuée par un ancien propriétaire de l’accusé. Plus de 140 lettres provenant notamment du ministère québécois de l’Emploi et de la Solidarité sociale, du gouvernement fédéral et d’un établissement bancaire auraient été retrouvées.

Ces correspondances étaient adressées à plusieurs personnes différentes.

Pour la Couronne, la multiplication présumée des identités utilisées constitue également un élément important dans l’évaluation du risque que l’accusé ne se présente pas devant la justice.

« M. Ndiaye multiplie l’utilisation de différentes identités, si bien qu’il constitue un risque de fuite imminent », a soutenu Me Julien Beaulieu devant le tribunal.

Au moment de son arrestation, les enquêteurs auraient également découvert un passeport de la République démocratique du Congo établi sous une autre identité, mais portant une photographie de l’accusé.

« Vivre au Canada représentait pour lui un rêve »

Omar Ndiaye a demandé à être remis en liberté en attendant son procès. Devant la justice, il a assuré ne pas avoir l’intention de fuir et a expliqué que vivre au Canada représentait pour lui « un rêve ».

Le Sénégalais ne disposerait actuellement d’aucun statut légal au Canada. Il aurait affirmé travailler sans autorisation comme plongeur dans un restaurant de Montréal. Selon les informations présentées devant le tribunal, il aurait vécu en Espagne entre 2005 et 2023 avant son arrivée au Canada.

Ses arguments n’ont cependant pas convaincu la juge Sonia Mastro Matteo, qui a ordonné son maintien en détention.

La magistrate a notamment considéré que le lieu de résidence de l’accusé au Canada était « difficilement identifiable ». La proposition d’un dépôt de garantie de 4 000 dollars n’a pas suffi à lever ses inquiétudes.

« Le dépôt de 4 000 $ (qui constitue une somme importante) est insuffisant pour garantir que M. Ndiaye se présenterait au Tribunal et qu’il respecterait les conditions de mise en liberté », a conclu la juge.

La défense évoque une possible usurpation d’identité

L’affaire reste toutefois au stade des accusations et Omar Ndiaye bénéficie de la présomption d’innocence. Sa défense conteste la thèse de la poursuite et avance une tout autre hypothèse.

Selon elle, les éléments de preuve disponibles permettraient d’envisager qu’une autre personne soit à l’origine des 55 demandes frauduleuses. Omar Ndiaye aurait ainsi pu être lui-même victime d’une usurpation d’identité, une tierce personne ayant pu utiliser ses renseignements personnels.

La poursuite estime pour sa part que le Sénégalais pourrait encourir une peine de trois à cinq ans de pénitencier s’il était reconnu coupable des infractions qui lui sont reprochées.
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