Cameroun: l’opposant Anicet Ekane inhumé à Bomono, son village natal

Dimanche 10 Mai 2026

L’opposant camerounais Anicet Ekane a été inhumé, ce samedi 9 mai, à Bomono, son village natal. Opposant au régime et combattant pour la liberté et le multipartisme au début des années 1990, son soutien à Issa Tchiroma, principal challenger de Paul Biya dont il contestait la victoire à la dernière élection présidentielle, lui aura valu d’être arrêté, fin octobre 2025. C’est en détention qu'il est mort, début décembre dernier.



La levée de corps a eu lieu tôt, ce samedi matin 9 mai, en présence de ses enfants, de ses amis et d’une partie de sa famille politique.En début d’après-midi, le corps d’Anicet Ekane a quitté l’esplanade de l’école  publique de Bomono où une cérémonie émouvante s’est déroulée en présence de plusieurs hommes politiques, que ce soit Joshua Osih, le président du Front social-démocrate (FSD), parti d’opposition, ou encore Célestin Djamen qui a préféré être présenté aujourd’hui comme un de ses proches puisqu’ils ont été ensemble à l’université, en Europe, et qu’ils ont milité dès leur jeunesse pour le Cameroun. Il a d’ailleurs déclaré qu’« Anicet Ekane était un homme debout, un homme de mission, un homme de compromis mais jamais de compromission. »

Jacques Bertrand Mang, un militant de l’opposition, salue la mémoire d’un baobab de la lutte contre le néocolonialisme et en faveur de l’alternance : « Nous prenons l'engagement de continuer le combat de la libération du Cameroun, le combat de la souveraineté populaire. »

De son côté, Joshua Osih, président du Front social-démocrate (FSD), regrette le départ précipité d’une voix forte des partis de gauche : « Il ne faut pas oublier que le FSD et le Manidem sont de la gauche. Nous avons eu plusieurs combats ensemble. Et je pense qu'aujourd'hui, nous combattrons avec plus d'ardeur qu'hier ».

Maître Alice Nkom était présente notamment pour porter un message d’Issa Tchiroma Bakary, ancien candidat à l’élection présidentielle, actuellement en exil. Pour lui, « Anicet est un héros de la nation, mort en martyr. »

Henriette Ekwe, journaliste et camarade de lutte d’Anicet Ekane, assure pour sa part que la flamme allumée par Anicet Ekane trouvera un autre porteur : « Quand un révolutionnaire tombe, un autre reprend le flambeau. Donc ne vous inquiétez pas, la lutte continue. » À signaler également l’absence très remarquée de Maurice Kamto, président du MRC, qui n’a pas fait le déplacement à Bomono.

Absence de plusieurs proches
La cérémonie s’est tenue en l’absence de plusieurs proches, dont la veuve d’Anicet Ekane. L’un des fils du défunt leader de l’opposition, Bomono Ekane, l’a d’ailleurs regretté, car il sait que ceux qui ne sont pas présents « portent la même douleur ». Les trois enfants regrettent que les divisions aient persisté jusqu’à l’enterrement de leur défunt père. Mais pour les proches d’Anicet Ekane, ce dernier est mort en détention « pour ses convictions politiques. Il a prouvé de la plus belle des manières qu’il n’était pas à vendre », c’est ce que l’on devrait retenir.



Une veillée d’hommage au domicile d’Anicet Ekane
Vendredi 8 mai, une veillée d’hommage, peu courue, a eu lieu à son domicile de Bomono-gare. Un moment de recueillement pour la famille, les amis et le voisinage d’Anicet Ekane, entre chants en langue douala et tradition mpongo. Dans son homélie, le pasteur célébrant a parlé du sacrifice consenti par Anicet Ekane pour ses idées. Peu avant 19h30, les premiers sons émanant des baffles installés dans la cour de la maison d’Anicet Ekane se font entendre, au lieu-dit Bomono-gare. Deux jeunes du village, vêtus de feuilles de bananier et de coquillages, pénètrent dans la cour du deuil. L’un d’eux souffle dans une corne… Concentré, les bras croisés, le regard hagard, Joris, un voisin d’Anicet Ekane, a tenu à être présent lors de cette soirée d’hommage : « Je ne suis ni de la famille ni de la politique. Je suis juste un fan d’un monument qui s’est battu pour la liberté, pour la démocratie. »

Dans sa prédication, le pasteur a rappelé qu' « Anicet Ekane avait faim et soif de justice, comme le veut la parole. » Muna Ekane, fils du défunt, a récemment invité les différentes voix dissonantes autour de l’organisation à taire leurs querelles. Mais au sein de son parti, le Manidem, les divisions ont persistés. Un communiqué du parti a annoncé l’exclusion de l’unique élu du parti pour avoir participé aux obsèques : Isaac Ebanda Songue. « La base militante du Moungo sud a voulu que l'on soit présent aux obsèques de leur frère, indépendamment de la position que la direction du parti a prise », explique cet élu.
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