Bouba Ndour : "J'ai l'impression que nous sommes tous musulmans au Sénégal"

Samedi 18 Septembre 2021

Il a décidé de faire son come-back dans la production. Et pas de n’importe quelle manière ! Bouba Ndour a produit le nouveau projet musical de la star planétaire Youssou Ndour. Après qu’il a décidé d’observer une petite pause dans sa carrière, le chroniqueur de «Diakarlo» a réussi à le convaincre d’entrer en studio. Autant dire que ce sera du lourd, puisque Bouba assure que l’album, dans son intégralité, sera composé de hits. Petits secrets d’une collaboration de haute facture.



Nous avons eu vent d’un projet musical que vous avez réalisé avec le roi du Mbalakh, Youssou Ndour. Que pouvez-vous nous en dire ?
Depuis un certain temps, j’avais mis en stand by ma carrière de producteur pour me consacrer à mes engagements à la TFM (Télé Futurs Médias). J’étais obligé de la mettre de côté pour assurer pleinement ma mission. N’empêche, la musique reste une passion et elle a fini par refaire surface. Par conséquent, j’ai décidé de revenir, peut-être pas au rythme d’avant, mais au moins, je serais présent sur des projets importants.



 
Outre cette passion qui vous anime, y a-t-il un déclic qui vous a poussé à renouer avec la production ? Après tout, même avant la télé, vous aviez décroché ?   
J’ai fait 10 ans à la télé mine de rien. En plus, il faut avouer que j’avais d’autres priorités, même s’il m’arrivait de temps à autres de faire des séances de studio. Avec le recul, je me suis rendu compte que ça me manquait. Ce que je vois aussi dans la musique sénégalaise, j’ai eu envie de me remettre en selle. Seulement ce qui m’a le plus motivé dernièrement, c’est quand Youssou Ndour a annoncé qu’il n’allait plus monter sur scène pendant un moment. Ça m’a beaucoup fait réfléchir et j’ai eu l’idée de le convaincre d’entrer en studio. Je lui ai mis la pression et il a fini par céder. Comme il avait dit qu’il allait mettre à profit ce répit pour écrire, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais. C’est dans ce cadre que nous avons concocté un projet d’album et c’est moi qui en suis le producteur. 





A quoi doit-on s’attendre avec ce come-back de Bouba Ndour,  avec en toile de fond un nouvel album de la star planétaire Youssou Ndour ? 
Youssou Ndour en avait besoin, car c’est une personne très occupée. Il a ses activités, parallèlement à sa musique. Je peux vous dire que c’est un album frais et nouveau. A coup sûr, ses fans et tous les mélomanes sénégalais ne seront pas déçus. C’est un nouveau tournant dans sa carrière et l’objectif à chaque fois, c’est de mettre la barre plus haute, surtout en innovant. Cela coïncide justement avec ma philosophie. J’ai essayé, à travers cet album, d’apporter un coup de frais. Même si ce n’est pas aussi évident avec Youssou Ndour qui n’a plus rien à prouver. Il y aura un petit plus par rapport à ce qui se faisait. La direction a un peu changé et on va retrouver un Youssou Ndour au meilleur de sa forme. Le projet en tant que tel est très large et il y a plein de choses qui seront définies dans le temps. Retenez tout de même que, sous peu, un single va sortir sur le marché. C’est imminent. Je ne peux en dire plus.



Cela n’a pas dû être facile de convaincre Youssou Ndour de revenir en studio après l’annonce de sa décision ? 
Disons que ma position en tant que Directeur artistique de l’artiste Youssou Ndour et mon influence sur ses choix musicaux ont facilité les choses. Il faut dire que c’est lui qui a écrit en grande partie le projet. Moi je n’ai fait que mettre tout ça en boîte, en collaboration avec d’autres professionnels du secteur, comme mes frères Ibou et Ndiaga Ndour. Il y a également un jeune musicien bourré de talent qui y a participé. Il s’appelle Balla Diabaté et c’est le frère de Sidiki Diabaté. Je peux d’ores et déjà vous assurer qu’il y a une fraicheur qui se dégage. Evidemment le mythique Super-Etoile est de la partie. Ce sera donc un album bien sénégalais. Nous allons prendre le temps de l’étaler, car tous les morceaux sont, pour moi, des tubes. Je veux que les gens le découvrent et le savourent au mieux. Etant donné que la scène, pour Youssou Ndour, n’est pas encore d’actualité, les amateurs de musique pourront patienter avec ça sous la dent. 


«Dans les prochains jours, le pays va bouger»


Vous me semblez euphorique à l’idée de vous lancer à nouveau dans la production ?
Avoir l’opportunité de travailler avec Youssou Ndour n’est pas donné à tout le monde. Le fait qu’il m’ait fait confiance me rend particulièrement fier. Je m’estime assez chanceux et privilégié et cela me pousse à me surpasser. J’ai aussi une réputation à sauvegarder. L’énergie qui se dégage sur le plan musical est très positive. Dans les prochains jours, le pays va bouger, je vous le garantis. 


Après ce projet, allez-vous produire d’autres artistes et pourquoi pas révéler de nouveaux talents ?
Tout est possible ! On verra avec le temps, mais pour le moment, je me donne à fond sur ce projet. D’ici la fin de l’année, je serais sans doute édifié. Pour le moment, je suis plus emballé par des expériences et de grands projets. Il ne s’agit pas pour moi de mettre en place un nouveau label. Vous savez, faire un album, ce n’est pas qu’aller au studio. C’est tout un processus, il y a la promotion à faire et ce n’est pas une mince affaire. Financièrement, c’est lourd. D’ailleurs, pour ce projet, nous allons nous y mettre. Je sais que cela ne sera pas  être facile, car Youssou Ndour n’est pas l’artiste le plus disponible, mais il y aura toujours des subtilités pour assurer la promotion. Quitte à ce que je la porte moi-même. D’aucuns se demandaient quand est-ce qu’il va remonter sur scène. Je considère que c’est déjà un pas en avant, puisque j’ai réussi à décrocher un album. Le reste viendra avec le temps.


Même si vous ne produisiez pas, vous avez toujours l’oreille musicale. Quel est votre avis sur ce qui se fait actuellement dans la musique ?
Il y a des choses qui sont en train d’être faites. Je ne peux pas dire que ce qui se fait n’est pas bien, ce serait, à la limite, prétentieux. Seulement, j’ai mon point de vue là-dessus. Je pense qu’il nous faut une musique à nous, que nous pouvons revendiquer partout. J’ai toujours travaillé avec d’autres influences, mais je faisais en sorte de garder ce côté sénégalais. Je pense que de plus en plus, des artistes ont tendance à le délaisser et à verser dans autre chose. Dans les productions musicales, il y a beaucoup plus de machines, d’influences venues d’ailleurs comme le Nigeria. Notre musique est complètement en train de migrer vers ça. 



Ne pensez-vous pas que ce soit de bonne guerre, dans le souci de mieux exporter la musique sénégalaise ? 
Je ne pense pas que cela ait un impact. Qu’est-ce qu’on a exporté en copiant les autres ? La musique, ce n’est pas que des rythmes, mais aussi la langue. C’est un état d’esprit et il faudrait qu’on se pose les bonnes questions : Moi, je suis qui ? Qu’est-ce qui me ressemble ? Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce qui me plait ? Qu’est-ce qui plait à mes concitoyens ? Rien que la barrière linguistique reste un obstacle de taille. Ici, la plupart du temps, on chante en wolof. Il faudrait que l’on fasse attention sur ce que l’on copie, histoire de garder notre identité. 
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