Bissau : qui a tué Vigário Luís Balanta ?

Jeudi 2 Avril 2026

Ce mardi, les radios privées bissau-guinéennes ont annoncé la mort de Vigário Luís Balanta, militant de 35 ans et président du Mouvement « Pó di Terra ». Selon les médias, son corps a été retrouvé près de la rizière de N’Dam, à une trentaine de kilomètres de Bissau, la capitale.

D’après les radios, le militant a été battu à mort. Des photos prises sur le lieu de la découverte du cadavre montrent Luís Balanta sans chaussures, avec une blessure ouverte au pied, ses vêtements déchirés et couverts de sang. Depuis le coup d’État contre le président Umaro Sissoco Embaló en novembre dernier, Vigário Luís Balanta protestait régulièrement contre le haut-commandement militaire, dirigé par le général Horta N’Tam, président de la transition.

En début d’année, sur RFI, il dénonçait l’interdiction des manifestations, exigeait la libération des prisonniers politiques et demandait la publication des résultats de la dernière présidentielle, qu’il estimait avoir été remportée par l’opposant Fernando Dias. Malgré des menaces et un passé marqué par une disparition temporaire suivie de sa libération, Luís Balanta n’a jamais cessé de s’exprimer contre la junte. Sa dernière vidéo sur les réseaux sociaux date de la veille de la découverte de son corps.

Réaction des autorités

Ce mardi après-midi, après l’annonce de sa mort par les médias, les autorités de transition ont suspendu les radios privées pour défaut présumé de licence, pour une durée de sept jours « prorogeable si nécessaire ».

Mercredi, la Police judiciaire (PJ) a promis d’identifier les auteurs de l’assassinat de Vigário Luís Balanta, dont le corps a été retrouvé près de Nhacra. Cette assurance a été donnée à l’issue d’une réunion entre le chef de l’Exécutif et les instances du ministère de l’Intérieur, notamment des représentants de la PJ, au lendemain de la découverte du corps dans les rizières de Ndan Lero, à environ 30 kilomètres de Bissau.

Dans une déclaration diffusée par Rádio TV Voz de Povo, la directrice adjointe de la PJ, Cornélia Vieira Té, a assuré que tous les moyens juridiques, techniques et logistiques étaient mobilisés pour faire la lumière sur cette affaire.

« L’objectif est de traduire les auteurs de ce crime en justice et de contribuer à endiguer définitivement les homicides dans le pays. » Elle a également appelé à une plus grande implication des structures de recherche, soulignant l’importance de la collaboration pour garantir des résultats concrets et la condamnation des véritables coupables. Également présent à la réunion, le commissaire national adjoint de la Police de l’ordre public, Ndjaiba Dafé, a exprimé sa volonté d’apporter son soutien à l’enquête par l’intermédiaire des services compétents du ministère de l’Intérieur.



Selon le militant Olivio Barreto, « Le régime d’Horta N’Tam, anciennement associé à Umaro Sissoco Embaló, a pris le pouvoir après la victoire de Fernando Dias aux élections de novembre dernier. À ce jour, Fernando Dias n’a toujours pas été autorisé à entrer en fonction. Vigário Luís Balanta a été assassiné pour avoir défendu les droits des sans-voix, pour avoir exercé les droits que lui conférait la Constitution de Guinée-Bissau. Enlevé par des hommes armés après une conférence de presse, il a été emmené dans un commissariat, puis transféré au Palais de la République. Mardi matin, son corps a été retrouvé aux abords de la capitale. D’autres meurtres ont eu lieu car le monde a abandonné le peuple bissau-guinéen. Ce meurtre est de la responsabilité de la CEDEAO, de l’Union africaine, de l’Union européenne, du CPLP et des Nations Unies. »



Vigário Luís Balanta était le leader du Mouvement révolutionnaire de la Terre, un collectif de jeunes de la société civile s’opposant au coup d’État et demandant la publication des résultats des élections. Après la défaite de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, les militaires ont pris le pouvoir, empêchant la divulgation des résultats de la présidentielle de novembre 2025. Un gouvernement militaire de transition a été installé, dirigé par Horta N’Tam et Ilídio Vieira Té.

De nombreux opposants ont été arrêtés, dont le président du PAIGC, Domingos Simões Pereira, ainsi que Marciano Indi et Mario Roberto M’Bésba. Fernando Dias da Costa, candidat contestataire, a dû se réfugier à l’ambassade du Nigeria à Bissau. Les observateurs internationaux, dont l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, ont dénoncé la prise de pouvoir comme un coup d’État déguisé, permettant à Embaló et ses alliés militaires de contrôler le pays. Après plusieurs tentatives de trouver refuge au Sénégal et au Congo-Brazzaville, Umaro Sissoco Embaló a finalement obtenu l’asile au Maroc.



Les funérailles de Vigário Luís Balanta ont eu lieu aujourd’hui, dans le secteur Nhacra, à environ 30 kilomètres de Bissau. Il a été sauvagement battu à mort et abattu par deux coups de feu de Kalachnikov. Mardi, le gouvernement a condamné « avec la plus grande fermeté et sans aucune réserve » la mort du militant. L’exécutif a qualifié ce crime d’acte barbare, choquant la conscience nationale, portant atteinte à la dignité humaine et offensant les valeurs fondamentales de la coexistence civilisée.
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