Bénin : Patrice Talon élu président du Sénat

Jeudi 6 Aout 2026

L’ancien chef de l’État béninois prend la tête de cette nouvelle institution parlementaire, instaurée par une réforme constitutionnelle qu’il a impulsée dans les derniers mois de son second mandat présidentiel.

Un peu plus d’un mois après avoir laissé le fauteuil présidentiel, Patrice Talon en a retrouvé un autre. L’ancien chef de l’État béninois a été élu, ce 6 août, à la tête de la chambre haute du Parlement, devenant ainsi la troisième personnalité du pays après le président et la vice-présidente de la République, mais avant le président de l’Assemblée nationale.

Le nom de ce dernier circulait parmi les personnalités pressenties pour la fonction. Deux jours plus tôt, sur sa page Facebook, Iréné Agossa, le porte-parole de l’Union progressiste, le Renouveau (UPR), le principal parti du pays avait appelé à élire à la tête de la nouvelle institution, Patrice Talon, « le seul parmi ses prédécesseurs à avoir véritablement incarné l’autorité de l’État et redressé notre pays ».

Patrice Talon présidera, pour un mandat de cinq ans renouvelable, un bureau composé de deux autres membres : un vice-président et un rapporteur. Ces deux derniers postes sont respectivement revenus à l’ancien président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou, et à l’ancien ministre de l’Intérieur, Alassane Seïdou. L’ex-ministre du Travail Mathys Adidjatou a par ailleurs été élue rapporteure suppléante.

Au total, 25 sénateurs siègent au sein de cette deuxième chambre parlementaire dont une dizaine de membres de droit, un statut conféré aux anciens présidents de la République, de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle. Le Sénat avait été instauré en novembre dernier à la faveur d’une réforme constitutionnelle controversée intervenue à six mois de la fin du second mandat présidentiel de l’ancien chef de l’État.

Du fait de ce timing et de l’opacité dans laquelle il avait été conçu, le texte législatif avait été vivement critiqué par l’opposition. La loi avait surtout été perçue comme une volonté de Patrice Talon de continuer à influencer la vie politique dans l’ombre de son successeur, qu’il a lui-même désigné comme dauphin, et de se protéger d’éventuels conflits.

« La manière dont cette réforme est arrivée sans véritables consultations laisse à penser que le Sénat a été créé pour qu’il se garantisse une immunité » s’est inquiété un acteur de la société civile. « Les membres du Sénat ne sont pas intouchables. Et un ancien président de la République a déjà de fait une immunité. Le Sénat ne lui en confère pas davantage » rétorque un proche collaborateur de l’actuel chef de l’État, Romuald Wadagni.

Le défi de la neutralité politique
Alors à la tête des Démocrates, le principal parti d’opposition exclu de la présidentielle d’avril, l’ancien chef de l’État Thomas Boni Yayi avait refusé de siéger au Sénat, avant de revenir sur sa décision quelques mois plus tard après l’élection de Romuald Wadagni, avec qui ses enfants entretiennent de bonnes relations.

Le véritable défi de cette nouvelle chambre sera de trouver sa place au milieu d’institutions bien établies comme l’Assemblée nationale ou la Cour constitutionnelle, et de lever tout doute auprès de l’opinion sur son véritable intérêt. Le Sénat dispose de prérogatives importantes sur le plan législatif. Il peut imposer une seconde lecture de toutes les lois votées par l’Assemblée nationale, à l’exception des lois de finances et des lois programmatiques.

Par ailleurs, les lois constitutionnelles, électorales et celles portant sur l’organisation de la vie politique, doivent obligatoirement obtenir l’imprimatur de la chambre haute pour être promulguées. « La Cour constitutionnelle va marcher sur des œufs pour éviter le conflit d’attribution. Et parmi les sénateurs, il y a des personnalités politiques qui ont été de farouches rivaux. Vont-ils du jour au lendemain renoncer à leur conviction alors qu’ils ont désormais une obligation de neutralité politique ? » s’interroge l’acteur de la société civile.

« Nous avons l’honneur d’être les premiers au sein de cette institution nouvelle dotée de pouvoirs importants. Elle suscite des interrogations, des appréhensions, des besoins de clarification au sein de notre population en général et de notre classe politique en particulier », a reconnu Élisabeth Pognon, doyenne d’âge en second du Sénat qui présidait, le 30 juillet, la cérémonie d’installation de l’institution avant d’ajouter : « Il nous revient dans l’exercice quotidien des activités du Sénat [de faire en sorte] qu’il inspire confiance à nos concitoyens par l’objectivité dans ses démarches et décisions ».
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