La récente visite officielle à Banjul du chef d’état-major général de la Guinée-Bissau, le général Tomás Djassi, qui a débuté le mardi 13 octobre 2026, marque un tournant stratégique majeur en Afrique de l’Ouest. Sur le papier, la Gambie et la Guinée-Bissau ont annoncé le renforcement de leur coopération de défense lors d'une rencontre bilatérale clé le mercredi 14 octobre 2026 : partage de renseignements, exercices combinés et formations linguistiques.
Pourtant, une réalité géographique saute aux yeux : ces deux nations ne partagent aucune frontière commune. Séparés par la région sénégalaise de la Casamance, les deux pays s'unissent dans un partenariat dont le véritable architecte en coulisses n'est autre que le Sénégal, habilement déterminé à asphyxier définitivement la rébellion casamançaise.
Pour comprendre la logique de cet accord, il faut regarder une carte. La Gambie au nord, et la Guinée-Bissau au sud, prennent en tenaille la Casamance, cette province sénégalaise en proie depuis des décennies à un conflit indépendantiste mené par le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).
Pendant des années, la géographie a joué en faveur des Independantistes. Dakar estime que les „rebelles“ profitaient de la porosité des frontières pour trouver refuge en Gambie ou en Guinée-Bissau, utilisant ces territoires comme des bases arrière logistiques et économiques. En favorisant un rapprochement militaire direct entre Banjul et Bissau, Dakar orchestre le verrouillage des deux issues de secours du MFDC.
L'héritage de Macky Sall : Faiseurs de rois à Banjul et Bissau
Cette stratégie de tenaille n'est pas nouvelle ; elle est le fruit d'une doctrine géopolitique agressive théorisée sous la présidence de l’ex Président Macky Sall au Sénégal. Pour Dakar, la sécurité en Casamance a toujours imposé un contrôle strict de la politique intérieure de ses deux voisins.
C'est précisément cette obsession sécuritaire qui avait poussé Macky Sallvà mener le bras de fer militaire et diplomatique pour chasser l'ex-président gambien Yahya Jammeh du pouvoir en 2017. Dakar a en effet toujours accusé Yahya Jammeh d’instrumentaliser le MFDC à son propre profit et d'en faire un levier de chantage permanent contre le Sénégal.
De la même manière, les autorités sénégalaises ont activement soutenu et parrainé l'ascension politique de Mbalo en Guinée-Bissau. Pour ses détracteurs, le lien va bien au-delà de la diplomatie : disposant de la nationalité sénégalaise et ayant travaillé pour les intérêts de Dakar, Embaló a été perçu par l'opposition comme un relais d'infiltration directe du Sénégal à Bissau. Une proximité qui a nourri les soupçons lors des bouleversements politiques de fin 2025 : lorsque les militaires ont renversé Embaló en novembre 2025, plusieurs observateurs l'ont accusé d'avoir fomenté un "faux coup d'État" pour bloquer des résultats électoraux défavorables, avant qu'un avion militaire sénégalais ne l'exfiltre vers Dakar.
Bien que les visages aient changé à la tête de l'État sénégalais, la doctrine profonde reste identique : Dakar cherche continuellement à étendre son influence, voire à dicter la ligne politique des dirigeants à Banjul et Bissau, afin qu'aucun régime hostile ne puisse instrumentaliser la crise casamançaise.
Entre communication politique et guerre larvée : la réalité du maquis
L'alliance d'aujourd'hui s'appuie sur un accord-cadre de coopération militaire initialement signé en février 2025. Cependant, contrairement aux discours officiels, le conflit en Casamance est loin d’être réglé, et encore moins terminé. Le MFDC en lutte n'a en effet jamais été impliqué dans les négociations, ni associé aux signatures des accords de paix à Bissau.
Pour de nombreux observateurs du terrain, ce partenariat entre Bissau et Banjul parrainé par Dakar est avant tout une opération de communication destinée à faire croire à l'opinion internationale que la guerre est finie en Casamance. La réalité du terrain est tout autre : même si la branche armée Atika a perdu le contrôle de certaines de ses bases avancées sous la pression militaire, le cœur de la rébellion reste actif. En poussant ses voisins à harmoniser leurs patrouilles, le Sénégal tente d'asphyxier un mouvement qu'il n'a pas réussi à intégrer dans un véritable processus de paix global.
Un partenariat sous surveillance
Si le Sénégal est l'ingénieur en chef de cette dynamique pour tenter de pacifier son territoire, la Gambie et la Guinée-Bissau y trouvent un intérêt économique et sécuritaire immédiat. La persistance des tensions doit également permettre de neutraliser certains individus et groupes armés criminels, totalement étrangers au MFDC, qui profitent de l'instabilité pour perpétrer des vols, des braquages à main armée et des coupures de route, dans le but délibéré d'en faire porter la responsabilité aux indépendantistes. Cependant, derrière les poignées de main officielles entre Banjul et Bissau, se dessine la réalité d'un espace sous protectorat sécuritaire sénégalais, où la crise non résolue en Casamance continue de dicter l'agenda diplomatique de toute la sous-région
Pourtant, une réalité géographique saute aux yeux : ces deux nations ne partagent aucune frontière commune. Séparés par la région sénégalaise de la Casamance, les deux pays s'unissent dans un partenariat dont le véritable architecte en coulisses n'est autre que le Sénégal, habilement déterminé à asphyxier définitivement la rébellion casamançaise.
Pour comprendre la logique de cet accord, il faut regarder une carte. La Gambie au nord, et la Guinée-Bissau au sud, prennent en tenaille la Casamance, cette province sénégalaise en proie depuis des décennies à un conflit indépendantiste mené par le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).
Pendant des années, la géographie a joué en faveur des Independantistes. Dakar estime que les „rebelles“ profitaient de la porosité des frontières pour trouver refuge en Gambie ou en Guinée-Bissau, utilisant ces territoires comme des bases arrière logistiques et économiques. En favorisant un rapprochement militaire direct entre Banjul et Bissau, Dakar orchestre le verrouillage des deux issues de secours du MFDC.
L'héritage de Macky Sall : Faiseurs de rois à Banjul et Bissau
Cette stratégie de tenaille n'est pas nouvelle ; elle est le fruit d'une doctrine géopolitique agressive théorisée sous la présidence de l’ex Président Macky Sall au Sénégal. Pour Dakar, la sécurité en Casamance a toujours imposé un contrôle strict de la politique intérieure de ses deux voisins.
C'est précisément cette obsession sécuritaire qui avait poussé Macky Sallvà mener le bras de fer militaire et diplomatique pour chasser l'ex-président gambien Yahya Jammeh du pouvoir en 2017. Dakar a en effet toujours accusé Yahya Jammeh d’instrumentaliser le MFDC à son propre profit et d'en faire un levier de chantage permanent contre le Sénégal.
De la même manière, les autorités sénégalaises ont activement soutenu et parrainé l'ascension politique de Mbalo en Guinée-Bissau. Pour ses détracteurs, le lien va bien au-delà de la diplomatie : disposant de la nationalité sénégalaise et ayant travaillé pour les intérêts de Dakar, Embaló a été perçu par l'opposition comme un relais d'infiltration directe du Sénégal à Bissau. Une proximité qui a nourri les soupçons lors des bouleversements politiques de fin 2025 : lorsque les militaires ont renversé Embaló en novembre 2025, plusieurs observateurs l'ont accusé d'avoir fomenté un "faux coup d'État" pour bloquer des résultats électoraux défavorables, avant qu'un avion militaire sénégalais ne l'exfiltre vers Dakar.
Bien que les visages aient changé à la tête de l'État sénégalais, la doctrine profonde reste identique : Dakar cherche continuellement à étendre son influence, voire à dicter la ligne politique des dirigeants à Banjul et Bissau, afin qu'aucun régime hostile ne puisse instrumentaliser la crise casamançaise.
Entre communication politique et guerre larvée : la réalité du maquis
L'alliance d'aujourd'hui s'appuie sur un accord-cadre de coopération militaire initialement signé en février 2025. Cependant, contrairement aux discours officiels, le conflit en Casamance est loin d’être réglé, et encore moins terminé. Le MFDC en lutte n'a en effet jamais été impliqué dans les négociations, ni associé aux signatures des accords de paix à Bissau.
Pour de nombreux observateurs du terrain, ce partenariat entre Bissau et Banjul parrainé par Dakar est avant tout une opération de communication destinée à faire croire à l'opinion internationale que la guerre est finie en Casamance. La réalité du terrain est tout autre : même si la branche armée Atika a perdu le contrôle de certaines de ses bases avancées sous la pression militaire, le cœur de la rébellion reste actif. En poussant ses voisins à harmoniser leurs patrouilles, le Sénégal tente d'asphyxier un mouvement qu'il n'a pas réussi à intégrer dans un véritable processus de paix global.
Un partenariat sous surveillance
Si le Sénégal est l'ingénieur en chef de cette dynamique pour tenter de pacifier son territoire, la Gambie et la Guinée-Bissau y trouvent un intérêt économique et sécuritaire immédiat. La persistance des tensions doit également permettre de neutraliser certains individus et groupes armés criminels, totalement étrangers au MFDC, qui profitent de l'instabilité pour perpétrer des vols, des braquages à main armée et des coupures de route, dans le but délibéré d'en faire porter la responsabilité aux indépendantistes. Cependant, derrière les poignées de main officielles entre Banjul et Bissau, se dessine la réalité d'un espace sous protectorat sécuritaire sénégalais, où la crise non résolue en Casamance continue de dicter l'agenda diplomatique de toute la sous-région